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Québec va affilier chaque citoyen à un CLSC pour améliorer l’accès aux soins

Chaque Québécois sera désormais affilié à un centre local de services communautaires (CLSC) de son territoire afin d’avoir une prise en charge près de son domicile. C’est ce qu’a fait savoir vendredi matin la ministre de la Santé en annonçant la Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne.  


Publié à
10 h 27
Mis à jour à
16 h 20

Katrine Desautels

La Presse Canadienne

« Pour concrétiser notre vision d’une première ligne proche de la communauté, nous allons faire en sorte que les CLSC puissent redevenir une porte d’entrée physique pour l’accès en première ligne pour toutes les personnes qui en auront besoin », a déclaré en point de presse la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, ajoutant que « les CLSC sont une fierté québécoise, une idée fondatrice de notre système public ».

Quant à savoir ce qui va changer concrètement dans l’accès aux soins dans les CSLC, Mme Bélanger a eu de la difficulté à formuler une réponse claire, puisque c’est Santé Québec qui s’occupera d’opérer le tout et que le ministère de la Santé annonce surtout une vision.  

Un patient qui avait l’habitude de se tourner vers l’urgence pour ses problèmes de santé ne pourra vraisemblablement pas se présenter au CLSC dans l’espoir d’être soigné plus rapidement. Au mieux, il sera évalué et redirigé vers un autre point de services de santé.  

Pour les problèmes psychosociaux, ce sera différent. Mme Bélanger a dit que les CLSC seront là pour accompagner les personnes. « Les GMF vont être là pour faire de la prise en charge, du rendez-vous et du sans-rendez-vous. Les CLSC, on est dans autre chose. De façon générale, un CLSC est un centre local de services communautaires. Ne l’oublions pas. Ce n’est pas une clinique d’urgence. Un CLSC, c’est vraiment là pour l’organisation des services de santé primaire, santé mentale, soutien à domicile, jeunesse, santé maternelle, infantile, etc. », a expliqué Mme Bélanger.  

Les lacunes des GMF

Le document de la nouvelle politique gouvernementale dresse un portrait plutôt critique des groupes de médecine de famille (GMF), indiquant que le taux d’inscription des patients aux GMF a plafonné à 82 % en 2019 et n’a cessé de diminuer depuis. Le modèle d’inscription collective a été instauré en 2022. « Ce modèle a élargi l’accès aux soins pour ces patients, mais sans garantir le même niveau de suivi, entretenant une certaine iniquité selon le statut d’inscription », peut-on lire dans la politique.

On ajoute que « le modèle des GMF apparaît aujourd’hui peu adapté à certaines réalités régionales. Il demeure également largement structuré autour de la capacité d’inscription des médecins de famille, plutôt que sur les besoins réels et évolutifs de la population. »

Or, le gouvernement reconnaît dans sa politique que les médecins de famille « ne peuvent plus assumer seuls la responsabilité de répondre à tous les besoins des Québécois ni d’assurer un accès en temps opportun à des services de première ligne globaux ». Avec les CLSC et les autres lieux de services, comme les pharmacies, la responsabilité doit être mieux partagée.

Le Collège des médecins du Québec (CMQ) voit d’un bon œil que l’accès ne reposera plus uniquement sur les médecins de famille et que le travail interprofessionnel sera valorisé. Cependant, il se dit « très déçu » que « la politique ne prévoie pas une association spécifique entre le patient et un médecin ou une IPS », expliquant que cela facilite « une continuité relationnelle et pour les besoins médicaux qui relèvent de leurs compétences professionnelles ».

De passage à Saint-Hyacinthe pour une annonce d’aide à une entreprise, le premier ministre François Legault a souligné que depuis une vingtaine d’années, tous les rapports en santé indiquent que régler les problèmes du réseau doit passer par la première ligne. « Les CLSC devraient être la porte d’entrée de la première ligne et ça n’empêche pas aussi d’avoir des GMF », a commenté M. Legault.

Rappelons que dès leur ouverture dans les années 1970, les médecins ont boudé les CLSC. Encore aujourd’hui, on retrouve peu de médecins dans les CLSC, puisqu’ils privilégient les GMF.

En mêlée de presse, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Marc-André Amyot, a voulu mettre de l’avant que des médecins travaillent en CLSC. Lorsqu’on lui a demandé s’il y aurait plus de médecins dans les CLSC avec la nouvelle politique gouvernementale, il a répondu qu’il ne pensait pas que ça allait changer « l’orientation du lieu de pratique des médecins ».

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Dr Marc-André Amyot, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ)

« Dans les systèmes de santé qui fonctionnent le mieux dans le monde, on parle de gouvernance de proximité. On a l’air de vouloir aller dans ce sens-là, fédérer tous les acteurs communautaires, médicaux, pharmaciens, IPS, toutes les cliniques ensemble, de déterminer les bons soins en fonction des lieux », a ajouté le Dr Amyot.

En attendant les actions concrètes

Le Regroupement provincial des comités des usagers du Québec (RPCU) a réagi vendredi dans un communiqué de presse. Il estime que l’intention du gouvernement est bonne, mais dénonce l’échéancier qu’il s’est donné. « Les usagers du réseau ne peuvent pas se permettre d’attendre une décennie complète avant d’en voir les effets concrets. »

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) accueille favorablement l’intention de confier au CLSC un rôle central dans l’accueil, l’orientation et la coordination des services. Elle s’interroge toutefois sur la manière dont les objectifs du gouvernement seront atteints.

« Les CLSC ne doivent pas simplement devenir un nouveau guichet d’accès, souligne par voie de communiqué la présidente Julie Bouchard. Si on ne fait que référer les patients à des GMF ou les rediriger vers des autosoins, on perd l’essentiel de cette nouvelle vision. »

L’Alliance des patients pour la santé a affirmé que le rôle des CLSC a été dévalorisé au fil des années. « Bien que l’annonce ministérielle arrive en fin de mandat, l’Alliance demande à la ministre Bélanger des gestes immédiats qui concrétiseront rapidement la consolidation de la première ligne, à commencer par des investissements financiers dédiés », peut-on lire dans un communiqué. Mme Bélanger a soutenu que Santé Québec avait une enveloppe de 10 millions pour concrétiser la politique gouvernementale.

Quant à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), il a été plutôt élogieux dans ses commentaires. « Si on nous avait demandé d’écrire une politique sur les soins et services de première ligne, on aurait peine à faire mieux ! Bien sûr, nous avons encore beaucoup de questions quant à l’opérationnalisation de cette vision audacieuse, mais à ce stade-ci, il importe d’abord de reconnaître la richesse des orientations énoncées », écrit Luc Mathieu, président de l’OIIQ.

Huit nouvelles cliniques IPS

De plus, d’ici cinq ans, le gouvernement vise à ajouter une centaine de « portes d’entrée intégrées » pour un total de 205 dans toutes les régions du Québec.

La ministre Bélanger a également annoncé le déploiement de huit nouvelles cliniques IPS. D’ici 2030, on comptera donc 26 cliniques IPS au Québec.  

Du même souffle, Mme Bélanger a indiqué que la plateforme Votre santé serait bientôt déployée à plus grande échelle au Québec. Pour l’instant, deux projets pilotes de Votre santé ont été lancés dans la région du Bas-Saint-Laurent et la municipalité de Saint-Donat.  

« Nous sommes bien au fait que certains citoyens préfèrent utiliser des portes d’entrée numériques ou téléphoniques. C’est pourquoi j’annonce que nous allons déployer Votre santé qui est déjà lancée dans deux régions et qui deviendra bientôt la seule porte d’entrée numérique conviviale et efficace pour l’ensemble du Québec. Votre santé est une plateforme qui réunit l’ensemble des services en ligne, notamment le Carnet santé, Clic santé et Rendez-vous santé ainsi qu’un outil technologique pour les autosoins », a précisé Mme Bélanger.  

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

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