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Montréal | Une policière visée par une pluie d’insultes misogynes

« Sale pute de merde », « sale chienne », « t’es mon esclave » : une policière de Montréal a été la cible de propos d’une extrême violence alors qu’elle intervenait auprès d’un automobiliste, l’été dernier. Or, elle n’avait aucun moyen légal de faire taire l’homme hargneux.


Publié à
13 h 34

La vidéo a refait surface sur le web dans les derniers jours. On y voit une policière se faire abondamment insulter par un automobiliste qu’elle vient d’arrêter. La femme demeure impassible devant ces propos qualifiés de « misogynes et dégradants » par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

C’est qu’elle n’avait pas d’autre choix que de les encaisser, dit le SPVM, tout comme la Fraternité des policiers et policières de Montréal.

Contrairement à ce qui a cours dans certaines villes de la province, il n’y a aucun règlement à Montréal qui interdit d’insulter des policières ou policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Si cette situation s’était produite dans une de ces villes – à Québec, par exemple –, la policière aurait pu donner une contravention pour ces insultes, puis arrêter l’homme s’il avait continué de tenir de tels propos, explique Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal.

Le SPVM dit qu’il sera en contact avec la Ville de Montréal « afin d’évaluer la suite appropriée pour l’avenir », et le syndicat des policiers de Montréal entend aussi faire des représentations en ce sens.

Montréal n’a jamais eu besoin d’un tel règlement et il est « trop tôt » pour dire si cela est nécessaire, a cependant déclaré en mêlée de presse la mairesse Soraya Martinez Ferrada. « Je pense qu’on est dans une police qui a une façon de travailler différente, avec ses comités de vigie, ses intervenants policiers qui sont presque des intervenants sociaux sur le terrain », a-t-elle ajouté.

Un homme connu des policiers

La policière savait à qui elle avait affaire, dit Yves Francoeur. L’homme qui l’insulte abondamment tout en la filmant tente « régulièrement » de se faire intercepter par les policiers, puis tient ce type de propos, « qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme ».

Dans la description sous la vidéo, Mohamed Bekkali, 24 ans, soutient qu’il se fait intercepter quotidiennement sans raison. Il estime être traité ainsi en tant que « Montréalais d’origine maghrébine qui roule régulièrement en voitures d’exception », ajoute-t-il dans une autre publication.

« À Montréal, tu peux insulter la police. Tu peux les remettre à leur place, faut juste être intelligent », a-t-il dit dans une vidéo en direct après les faits.

Il a lui-même publié la vidéo sur les réseaux sociaux. Son compte TikTok montre d’autres vidéos où des policiers l’interpellent alors qu’il est au volant de sa voiture. Il se filme aussi en train d’insulter des passants.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal

La policière, qui a deux ans de service, a agi avec professionnalisme, dit le président de son syndicat, Yves Francoeur.

« Elle n’est pas embarquée dans le jeu, sachant à qui elle avait affaire et sachant qu’elle était filmée, mais surtout qu’elle n’avait aucun moyen coercitif pour intervenir », juge-t-il. Sur le coup, en juin dernier, l’automobiliste s’en est tiré avec une contravention de 186 $ parce que les vitres de sa voiture étaient « munies d’une matière qui ne respecte pas les normes ».

« Nous tenons à saluer la retenue de la policière et son professionnalisme en complétant son intervention sans se rabaisser au niveau de l’automobiliste contrevenant », a indiqué David Shane, porte-parole du SPVM.

Il ajoute que le Module des incidents et des crimes haineux du SPVM fera un « suivi » auprès de l’automobiliste, « dans le but de prévenir tout autre incident haineux de la sorte de sa part envers d’autres femmes ». En 2024, 36 % des policiers de Montréal étaient des femmes.

La Fraternité des policiers et policières de Montréal a rencontré la policière lundi matin. « Elle trouve ça difficile en ce moment, l’aspect viral. C’est propagé un peu partout », dit son président Yves Francoeur, qui se dit préoccupé par la montée de la misogynie.

Les policiers sont-ils formés pour faire face à ce type de violence ? À l’École nationale de police du Québec, où doivent obligatoirement passer tous les aspirants policiers, on répond que « la gestion du stress est intégrée à la formation policière », notamment par des simulations qui enseignent aux futurs policiers à prendre des décisions sous pression.

« Des contenus liés à la résilience, à la santé psychologique et à l’adaptation aux réalités du métier sont également abordés », écrit Marie-Josée Blais, conseillère en communication.

Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse

Ce qu’il faut savoir

Une vidéo dans laquelle on voit une policière se faire invectiver par un automobiliste a refait surface dans les derniers jours.

L’homme tient des propos « misogynes et dégradants », dit le SPVM, mais il n’y a pas de règlement à Montréal qui aurait permis à la policière de l’arrêter.

C’est maintenant le Module des incidents et des crimes haineux du SPVM qui s’occupe de ce cas.

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