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Mon amour, c’est pour le restant de mes jours | Cinéastes en liberté

Dans Mon amour, c’est pour le restant de mes jours, André-Line Beauparlant pose un regard intime sur la vie et l’œuvre de Robert Morin. La Presse s’est entretenue avec les deux réalisateurs.


Publié à
6 h 00

En couple depuis 30 ans, cinéastes indépendants, discrets de nature, André-Line Beauparlant (Trois princesses pour Roland, Panache, Pinocchio) et Robert Morin (Requiem pour un beau sans-cœur, Journal d’un coopérant, Le problème d’infiltration) ne sont pas du genre à fouler les tapis rouges les soirs de première. Dans Mon amour, c’est pour le restant de mes jours, tourné alors qu’ils traversaient une zone de turbulences, la première doutant de son couple, le second affrontant les affres de la création, tous deux nous font entrer dans leur intimité.

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« Moi, j’aime pas me faire reconnaître dans la rue. Quand André-Line m’a demandé ça, j’ai eu un instant d’arrêt avant de répondre “OK”. J’ai l’impression que j’ai pas tant de choses que ça à dire ; ce que j’ai à dire, c’est dans mes films. Si ç’avait pas été ma blonde, j’aurais refusé qu’on fasse un film sur moi ; on me l’a d’ailleurs souvent demandé », confie Robert Morin.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

La cinéaste André-Line Beauparlant

Directeur photo des films de sa conjointe, qui tourne des films sur les gens qu’elle aime, le cinéaste savait qu’il allait être en très bonnes mains. « J’allais aimer son film parce que je l’aime », dit simplement celui qui n’avait pas vu Mon amour, c’est pour le restant de mes jours avant sa première à la soirée d’ouverture du Festival international du film sur l’art (FIFA), où il a été chaleureusement accueilli.

Tu savais que tu ne pouvais pas m’empêcher de le faire. C’est la raison pour laquelle j’ai fait le film toute seule, sans caméraman, sans preneur de son, sinon ça n’aurait pas fonctionné.

André-Line Beauparlant

« Je ne voulais pas juste asseoir Robert puis le questionner sur son cinéma, je voulais le voir travailler. La chose parfaite à faire, c’était de le suivre pendant qu’il tournait Festin boréal. Comme je travaillais sur Festin boréal avec Robert, j’avais soit la caméra dans les mains, soit les deux mains dans la carcasse de viande pendant que je tournais mon film », raconte André-Line Beauparlant, également directrice artistique émérite.

Se raconter

Tandis qu’elle démontre l’opiniâtreté et la résilience de Robert Morin sur le terrain, qu’elle recueille à petites doses ses confidences, se dévoile elle-même à travers quelques images de ses propres films et une narration aux accents poétiques, la réalisatrice propose un montage plus qu’éloquent d’extraits d’œuvres de cet homme qu’elle tente de mieux cerner.

« Ce qui est bien, c’est que Stéphane Lafleur, qui a fait le montage, et André-Line ont gardé les silences qui parlent plus souvent que les paroles », révèle le principal intéressé.

Il y a plusieurs endroits dans le film où tu sens que j’ai pas le goût d’aller là, que ma face, ma grimace, en dit plus sur moi.

Robert Morin

« Je ne voulais pas que le film soit lisse. Je voulais qu’il ressemble à Robert dans sa façon de faire des films, dans sa façon d’être, que ça soit un peu échevelé, ludique. Je voulais qu’on joue avec ses films, qu’on raconte Robert à travers ses films, qu’on raconte son cinéma, qu’on se raconte, nous, qu’on raconte le tournage de Festin boréal, explique André-Line Beauparlant. Je voulais qu’on soit dans le cinéma et non pas juste dans une histoire de couple sur un gars qui réalise un film sur un orignal mort. C’était quand même intense et difficile pour moi de filmer un réalisateur, de faire la narration, ce que je n’ai pas fait souvent. »

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Le cinéaste Robert Morin

Dans sa volonté de se rapprocher du cinéma de Robert Morin, André-Line Beauparlant a rejeté l’idée d’indiquer les titres et dates de sortie des films sélectionnés et d’inviter amis ou spécialistes à venir témoigner de leur admiration pour l’un des cofondateurs de la Coop Vidéo de Montréal.

« Les têtes parlantes, je trouve ça tellement plate ! s’exclame-t-elle. Le film serait devenu un hommage, je ne trouvais pas ça intéressant. J’aurais eu l’impression de coller des bouts de films avec nos amis acteurs, dont Robin Aubert avec qui j’ai fait un test. Ça ne me ressemble pas. Je voulais qu’il y ait une personne, un héros, dans mon film, c’était Robert. À un moment donné, j’avais mis les titres et les dates, mais c’était tellement plate, lourd, didactique. Je pense que ça n’a pas tellement d’importance, même si on n’a pas vu les films de Robert ni les miens. J’espère que le film raconte au-delà de ça. »

« À mon sens, un portrait, ça ne peut pas être autre chose qu’impressionniste. Ton film, c’est ton impression de moi, alors ça va justement dans le floutage de détails qui sont secondaires. Le documentaire, c’est la forme ultime du cinéma, mais souvent, on a l’impression que les gens sont en mode reportage. Pour moi un documentaire, ça capture le temps, sinon, c’est un ratage. Les films d’André-Line capturent le temps », conclut Robert Morin.

En salle

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