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François Legault, un bouquet de roses et des épines

C’était le 13 février dernier, veille de la Saint-Valentin.

J’arrive au comptoir de fleurs du Provigo de l’Île-des-Soeurs où un homme costaud me laisse passer seulement après m’avoir toisé des pieds à la tête. C’est le garde du corps du premier ministre François Legault. Celui-ci attend au comptoir, carte de crédit en main. L’une des fleuristes est à retenir par un large ruban argenté le plus gros bouquet de roses que j’aie jamais vu.

Le premier ministre l’observe tout en parlant avec quelqu’un que je ne reconnais pas tout de suite car il me fait dos. M’autorisant d’une longue conversation agréable que j’avais déjà eue avec Pierre Curzi et M. Legault, je m’approche dans l’intention de lui dire que sa femme Isabelle n’aura jamais eu pareil bouquet.

Il me reconnaît aussitôt et réplique sèchement : « Vous, je ne vous parle pas. Je ne parle plus aux journalistes du Journal de Montréal. Tous des péquistes ! »

Puis je reconnais mon camarade John Parisella qui vient chercher des fleurs pour sa femme. Il s’interpose et dit gentiment à M. Legault qu’il sait très bien que je n’ai pas de parti pris. Son intervention ne calme pas le premier ministre. Il en remet, accusant Le Journal « d’être responsable que “l’aiguille” des sondages ne bouge pas », ajoutant même que la firme de sondages Léger est suspecte. « Sinon, comment expliquer que l’aiguille ne bouge pas malgré tout ce que fait mon gouvernement ? »

Tous pareils, les politiciens !

M. Legault est donc comme ses prédécesseurs. Lorsqu’ils perdaient la faveur du public, Jean Charest, Philippe Couillard et même Pauline Marois accusaient aussi les journalistes et Le Journal d’en être responsables.

Dans l’espoir d’amadouer M. Legault, je lui rappelle gentiment que j’ai écrit au moins deux ou trois chroniques pour souligner les importantes sommes que son gouvernement a consacrées à la culture, sans compter le travail remarquable de son ministre Mathieu Lacombe. Le premier ministre hausse les épaules et, pour toute réponse, il grogne et soupire d’impatience. John Parisella me fait un air me signifiant que je ne devrais pas insister.

Je me tais. François Legault pose sa carte de crédit contre le terminal Interac que lui tend la fleuriste, prend le bouquet assez modeste qu’elle lui remet en le remerciant. Il quitte sans nous regarder.

Et les belles roses rouges ?

Mais le fabuleux bouquet de roses rouges ? Il est pour la PDG d’une grande société, me confie la fleuriste. Ce n’est donc pas pour la femme de M. Legault ! J’ajoutai que les épines étaient pour moi, par exemple…! Elle pouffa de rire.

Je garderai longtemps le souvenir de cette rencontre fortuite, car elle montre bien à quel point il est irritant de se voir contraint de quitter le pouvoir.

Bonne retraite quand même, monsieur Legault !

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