Cruelle vengeance dans Antigang

Honnêtement, je ne savais pas que ça irait jusque-là: faire exploser le bébé de la sergente Carolanne Daigneault (Karine Gonthier-Hyndman)! C’est une finale-choc – le mot est faible – que l’autrice Nadine Bismuth aura imaginée pour conclure la première saison d’Antigang, jeudi soir sur ICI Télé.
Un dernier épisode qui laisse entrevoir un infini désir de vengeance lors de la deuxième saison cet automne. J’ai peine à imaginer la colère de la mère éplorée et même de son entourage.
J’ai peine aussi à imaginer celle de Charbonneau (Olivier Gervais-Courchesne), le père de la petite Adèle, qui n’a jamais pu la prendre dans ses bras malgré des demandes répétées auprès de la mère.
Jusqu’à la finale, Carolanne se montrait triomphante, peut-être un peu trop, sur le point de coincer l’infâme Yahoub Farès (Samir Firouz) du clan des Arabs Warriors. Elle avait même fait arrêter la mère du suspect pour le faire sortir de son trou.
Piqué au vif, Farès a répliqué de la manière la plus violente. Carolanne avait visiblement sous-estimé la cruauté du criminel, en supposant bien sûr qu’il soit derrière l’attentat.
Parce qu’il ne sera pas le seul suspect.
«Ça faisait plusieurs mois qu’on savait que la saison allait se finir comme ça. Ça vient boucler la saison 1, qui a commencé avec les photos de la vie privée des enquêteurs. C’était une limite à ne pas franchir, et puis là, c’est comme s’il n’y avait plus de limite, parce qu’elle a vraiment été franchie.»
— L’autrice Nadine Bismuth
Nadine Bismuth avait déjà écrit une quinzaine d’épisodes avant d’apprendre l’année dernière que l’actrice Karine Gonthier-Hyndman était enceinte et attendait un garçon.
Après avoir remanié l’histoire pour accommoder la comédienne, l’autrice avait pris soin de donner une fille au personnage de Carolanne, pour ne pas interférer avec la réalité, sachant que le bébé fictif allait périr tragiquement.
Nadine Bismuth précise d’ailleurs qu’il n’a jamais été question d’éliminer le personnage de Carolanne, bien au contraire.
Le triomphe des méchants
Les méchants auront donc triomphé de cette première saison, presque sur toute la ligne, des Death Shadows aux Arabs Warriors.
«C’est une lutte à n’en plus finir entre le Bien et le Mal, mais ce ne sera pas toujours comme ça», prévient toutefois l’autrice, qui a entrepris l’écriture de la suite.
On a d’ailleurs déjà tourné la première semaine de la deuxième saison, qui repartira tout de suite après l’attentat. Le tournage des épisodes suivants reprendra en juillet.
Très souvent cette saison, les bandits avaient une bonne longueur d’avance sur l’antigang.
Là où les enquêteurs ont foiré le plus, c’est en laissant Leduc (Karl Farah) aller aux toilettes, lui donnant le loisir de se sauver par la fenêtre et d’aller rejoindre son vieux pote Marchand (Sébastien Ricard).
Du travail de junior.
Encore là, on n’avait pas vu venir cette trahison, quoiqu’on ne peut jamais faire confiance à Leduc, probablement le pire personnage de la série.
On sait maintenant de quoi est capable Geneviève (Guylaine Tremblay), l’épouse du clan Murphy, jusque-là très effacée et inoffensive dans l’histoire.
Elle a orchestré de main de maître un faux deal de drogue, laissant les enquêteurs déballer des vapoteuses et des sacs à main pendant que la vraie livraison de coke passait ailleurs.
Pour la saison 2, l’autrice annonce de nouveaux personnages et révèle qu’on ira davantage dans la vie personnelle des enquêteurs, question de les rendre plus attachants.
Alors que les enquêteurs tenaient le haut de l’affiche, ce sont les criminels auxquels le public s’est le plus attaché. Dans les conversations, ce sont les noms de Fanny, de Karine, de Marchand qui revenaient le plus souvent, moins ceux de Bégin, de Mathilde, de Tommy Nadeau.
L’autrice croit qu’on s’est attaché aux criminels parce qu’on allait plus dans leur intimité.
«Dans l’écriture, aller du côté des méchants, ça donne un élan. Les mauvais choix font les bonnes histoires et ce sont eux qui font les choix les plus discutables. L’histoire s’en nourrit d’une manière naturelle.»
— L’autrice Nadine Bismuth
Il faut dire aussi que Léane Labrèche-Dor ne donnait pas sa place dans le rôle de Fanny, certainement ma préférée. Mais malgré sa force de caractère, malgré le fait qu’elle ne se laisse jamais marcher sur les pieds, l’épouse de Marchand n’en reste-t-elle pas pour autant une victime, une femme manipulée?
«Je ne pense pas qu’elle a le contrôle. Mais je pense qu’elle a du pouvoir. Peut-être qu’un jour, elle va avoir le contrôle.»
Lorsque Fanny est à l’écran, j’imagine souvent qu’elle tiendra un jour sa vengeance et que ce ne sera pas beau à voir!
On ne sait jamais là où nous amèneront les auteurs. Marchand aurait pu vouloir éliminer Charbonneau. Bénédicte (Catherine St-Laurent) aurait pu périr de la même façon.
Mais c’est sur le bébé de Carolanne que le mauvais sort est tombé.
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