La fin approche pour Duchesne

Les difficultés financières du moteur économique de Yamachiche étaient connues depuis janvier. L’entreprise de 140 employés s’était alors placée sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies dans le but de parvenir à une restructuration financière.
Une crise de liquidité frappait la compagnie durement touchée par l’imposition par le gouvernement états-unien de droits de douane et une baisse du carnet de commandes.
«On a annoncé aux employés une fermeture graduelle des opérations. Certaines opérations demeurent pour la prochaine semaine et on devait avoir la confirmation le 24 avril que l’entreprise va être liquidée.»
— Christian Dauphinais, membre de la direction de Duchesne
Quelque 90 personnes ont été licenciées jeudi. Les 50 autres demeurent en poste jusqu’au 24 avril pour assurer l’expédition de marchandise, soit jusqu’au dépôt attendu par le contrôleur Ernst & Young d’un avis de liquidation devant la Cour supérieure, ce qui signifiera la fermeture de l’entreprise en raison d’une faillite.
Unifor surpris
Les employés syndiqués de Duchesne sont représentés par Unifor. Daniel Cloutier ne s’attendait pas à une telle nouvelle. Mais il a su que l’entreprise avait reçu l’ordre d’arrêter toutes les commandes de matières premières. L’annonce jeudi de la mise à pied de 90 travailleurs rend la situation désastreuse, selon lui.
«Ça nous alerte énormément. Le dossier prend une tournure qui ne semble pas celle qu’on voyait venir. On veut comprendre la dynamique qui mène à cette décision. On tente de joindre le contrôleur, sans succès.»
— Daniel Cloutier, directeur québécois d’Unifor
Ce dernier rappelle que des offres de rachat ont pourtant été déposées au cours des dernières semaines. Unifor va éclaircir cette situation dans les prochains jours.
M. Cloutier souhaite toujours un revirement de situation, notamment avec le soutien des gouvernements supérieurs, car il rappelle que l’avis de liquidation n’a toujours pas été autorisé par la Cour supérieure.
Créances de plus de 30 millions
La Banque de développement du Canada et la Banque Royale du Canada sont les deux principaux créanciers de Duchesne et leurs créances combinées dépassent les 30 millions de dollars.
Trois offres auraient été examinées par le contrôleur, mais refusées par les deux prêteurs financiers. Disant sentir que le processus allait dans le mauvais sens, Christian Dauphinais a concocté une offre alternative avec sa participation financière, celle d’amis et de membres de sa famille.
«L’équipe de management en place a fait une offre pour racheter la dette afin de tenter de sauver l’entreprise. L’offre a été refusée par les créanciers. On demandait aux deux créanciers de rester avec nous. Il fallait que les créanciers actuels restent avec nous, mais ce n’était pas leur intention», explique M. Dauphinais, lui qui affirme ne pas avoir senti une ouverture des deux institutions pour faciliter le sauvetage de l’entreprise.
L’homme d’affaires se dit déçu de la tournure des événements, car il estime que Duchesne mérite de fêter ses 100 ans en 2027. Les récentes mesures prises pour redresser la compagnie ont commencé à porter leurs fruits.
«On tire notre épingle du jeu. Les choses vont mieux depuis janvier. On a amélioré les opérations, le marché semble remonter, on voit des signes positifs.»
L’annonce aux employés de jeudi matin n’a pas été une partie de plaisir, on s’en doute. M. Dauphinais se dit fâché et frustré de mettre en place la stratégie du contrôleur «via les états d’âme des créanciers».
Il conserve malgré tout un certain espoir de maintenir Duchesne en vie, mais cela va prendre de l’aide via d’autres partenaires financiers privés et publics. Et vite.
«On a commencé dès l’été dernier à mettre notre plan de transformation en place. On n’a pas eu la chance de l’implanter à 100 % […] Est-ce qu’il y a des subventions pour aider 140 familles dans la MRC de Maskinongé?»
«Minuit moins une»
Simon Allaire se dit bien au fait de la situation critique de Duchesne. Le député de Maskinongé affirme avoir contacté le ministre délégué au Développement économique régional, Éric Girard, et avoir discuté avec son collègue Jean Boulet, ministre régional.
«Je veux m’assurer qu’on a fait tout ce qu’il est possible de faire pour aider l’entreprise. On essaie de se mettre en mode solution.»
Le député Allaire admet volontiers que tous les intervenants sont dans une course contre la montre pour espérer barrer la route à la liquidation des actifs de Duchesne. Peut-être qu’aucune solution ne sera possible, prévient-il.
«Le contrôle, ce sont les deux banques qui l’ont. Compte tenu du dossier, ce n’est pas évident. C’est un niveau d’endettement relativement élevé. Des solutions, il n’y en a pas des tonnes. Il faut s’assurer que ça marche avec les programmes qu’on a.»
«Il est minuit moins une. Et si le plan de relance avait séduit de nouveaux investisseurs pour convaincre les deux institutions financières, on n’en serait pas là aujourd’hui.»
— Simon Allaire, député de Maskinongé
M. Allaire assure que le gouvernement sera présent avec un comité de reclassement pour soutenir les employés licenciés, si aucune relance ne survient.
Impact sur l’économie
À l’instar de Simon Allaire, Réjean Carle se désole de cette nouvelle qui affecte sérieusement l’économie de la MRC de Maskinongé et qui éliminera 140 emplois.
«J’ai parlé au maire de Yamachiche. On va s’asseoir avec le député et avec notre service de développement économique pour voir s’il y a des avenues. Mais il faut être réaliste en regardant la dette. C’est de valeur. On perd une entreprise, des gens vont au chômage. Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour les familles? Reclasser les travailleurs?», s’interroge le préfet de la MRC de Maskinongé.
Steeve Boulanger se dit attristé de cette annonce qui aura un impact majeur au sein de sa communauté. Mais, comme le rappelle le maire de Yamachiche, les moyens locaux de renverser la vapeur sont limités.
«C’est plus au gouvernement à se lever, à faire quelque chose, à tenter de faire quelque chose. Je ne sais pas jusqu’à quel point les plus hautes instances ont brassé la soupe.»




