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L’actrice Nathalie Baye est morte à l’âge de 77 ans

DISPARITION – Icône du cinéma français, l’actrice Nathalie Baye a marqué plusieurs générations de téléspectateurs et de spectateurs.

L’actrice française multi-césarisée Nathalie Baye est morte à l’âge de 77 ans à Paris, ont annoncé samedi à l’AFP ses proches. Malade et dans un état de santé préoccupant depuis l’été dernier, l’actrice française, qui a joué dans des films de François Truffaut, Xavier Dolan, Bertrand Blier ou Claude Chabrol, est morte «vendredi soir à son domicile parisien de la maladie à corps de Lewy », a indiqué sa famille, dont sa fille Laura Smet.

Cinquante ans durant, elle a rayonné sur la vie cinématographique française avec ses traits dont la douceur évoquait la beauté d’un portrait de Vermeer. Elle voit le jour le 6 juillet 1948 à Mainneville, un village de Normandie. Fille de peintres bohèmes, enfant sensible, souffrant de dyslexie, elle arrête ses études à 14 ans pour suivre la voie de son cœur. Elle s’inscrit dans une école de danse à Monaco. Puis trois ans plus tard, elle part à New York pour parfaire la maîtrise de cet art dans une compagnie de ballets russes.

Le coup de foudre improbable avec Johnny Hallyday lors d’un sketch pour les Carpentier surprendra car tout les oppose. Leur idylle ne durera qu’un temps, et se terminera quelque mois après la naissance de leur fille Laura.
/ Bridgeman Images

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La Nuit américaine de Truffaut

À 18 ans, elle revient à Paris. Elle se sent une vocation pour le théâtre. Elle suit l’enseignement du cours Simon, où ont étudié Michèle Morgan, Michel Serrault, Louis de Funès. Sur scène, elle se sent comme un poisson dans l’eau. Elle sort diplômée du Conservatoire en 1977. Afin de payer ses études, elle sert de lectrice à la femme de l’académicien Paul Morand, devenue aveugle. Durant le temps de son apprentissage, en 1972, le destin a déjà frappé à sa porte. François Truffaut, qui a un œil sûr pour remarquer les jeunes talents, l’engage pour jouer une scripte dans La Nuit américaine. Une première expérience au cinéma dans un film qui parle de cinéma, c’est un adoubement que Nathalie Baye ne pourra jamais oublier. Sur le plateau, elle côtoie des étoiles du 7e art comme Jean-Pierre Léaud, Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Aumont et l’inévitable Jean-Pierre Léau, le comédien fétiche de Truffaut.

Sa carrière est lancée sur une orbite qu’elle ne quittera plus jamais. Dans les années qui suivent La Nuit américaine, la débutante douée apparaît dans des films dirigés par des cinéastes à la forte personnalité aussi différents que Claude Sautet (Mado), Marco Ferreri (La Dernière Femme), Maurice Pialat (La Gueule ouverte). Dès ses débuts, elle montre son penchant pour l’éclectisme. Son goût pour le contre-emploi est sûrement né là.

Nathalie Baye, une carrière sous le signe de l’éclectisme

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Cinq ans ont passé depuis La Nuit américaine mais Truffaut ne l’a pas oublié. Se souvient-il qu’elle a lu pendant deux ans des romans à Hélène Morand ? Peut-être. Sûrement puisqu’il lui demande de prêter sa voix à la mystérieuse narratrice dans l’un de ses films les plus inspirés L’homme qui aimait les femmes (1977). C’est sa voix douce, posée, miroir de la douceur de son visage, qui accompagne l’obsession de Bertrand Morane (Charles Denner) pour ces « jambes de femmes, ces compas, qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie ».

Désormais reconnu par la critique et le public, la décennie 1980 sera pour elle le temps des récompenses. Dès 1981, elle reçoit son premier César du meilleur second rôle pour sa remarquable interprétation de Denise Rimbaud dans Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard. La spirale du succès ne s’arrête pas là car dès l’année suivante, elle glane un deuxième trophée dans la même catégorie. Sous la direction de Pierre Granier-Deferre, son excellente composition dans Une étrange affaire convainc une nouvelle fois le collège électoral de l’Académie des arts et technique du cinéma.

Après les accessits, la récompense suprême ne tarde pas. Dans La Balance, de Bob Swaim, Nathalie Baye se transforme pour jouer une « pute au grand cœur », prête à tout pour sauver son souteneur interprété par le regretté Philippe Léotard. Romantique jusqu’à la violence, elle séduit avec ce rôle non seulement le grand public mais aussi le jury professionnel des César qui lui donne la récompense suprême de la meilleure actrice de l’année 1983.

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Quatre César

Récipiendaire de trois César en trois ans, la petite scripte de La Nuit américaine appartient au cercle restreint des actrices qui compte dans le cinéma français. Après avoir donné la réplique à Gérard Depardieu, dans Le Retour de Martin Guerre, et joué l’un de ses plus énigmatiques personnages dans J’ai épousé une ombre de Robin Davis, Nathalie Baye multiplie les collaborations prestigieuses et les succès. Comme avec Notre Histoire de Bertrand Blier, où elle côtoie Alain Delon. Ou encore La Baule-les-Pins de Diane Kurys, qui reste l’un de ses meilleurs films.

Son histoire d’amour dans les années 1970 avec l’acteur Philippe Léotard, frère à la ville de l’homme politique giscardien François Léotard, ne fera jamais la une des journaux people. Malgré elle, les choses changent en 1982 lorsqu’elle croise dans une émission de Maritie et Gilbert Carpentier, Johnny Hallyday. C’est le coup de foudre. L’idole des jeunes trouve enfin en elle une femme rassurante qui l’emmène en Creuse, loin des clameurs de la foule. De leur idylle de quatre ans naîtra une fille, Laura Smet. « Tout le monde se demandait ce que je foutais avec ce crétin, témoignera-t-elle des années plus tard. On ne fait pas une carrière comme la sienne si on n’a pas une véritable intelligence et un talent hors-norme. Johnny est intelligent et possède un énorme talent. »

Après une décennie 1990 plus en demi-teinte, Nathalie Baye revient force en 1999 dans la peau d’une esthéticienne dans la comédie de genre très originale de Tonie Marshall, Vénus Beauté (Institut). Nouvelle preuve que sa palette de jeu est désormais très riche, elle reçoit un quatrième César pour le rôle du commandant Caroline Vaudieu, policière minée par un drame familial, dans Le Petit Lieutenant (2006).

Vacances en Creuse, souvenirs de vacances heureuses pour Johnny Hallyday

Un film sous la direction de sa fille

Peu encline à jouer les stars, l’actrice ne s’est jamais étendue sur ses engagements, qu’ils soient sociétaux ou politiques. On retrouve sa signature au milieu de celles de Charles Aznavour, Pedro Almodovar, Josiane Balasko ou Jane Campion au bas d’une tribune alertant sur les dangers du réchauffement climatique, publiée par Le Monde en 2018 à l’initiative de Juliette Binoche. Dans un autre registre, elle comptait également parmi les signataires en 2023 d’une tribune publiée par Le Figaro en soutien à Gérard Depardieu, dénonçant le « lynchage qui s’abat sur lui », après la mise en examen pour viols et agressions sexuelles de l’acteur et la diffusion d’un reportage de l’émission Complément d’enquête .

Dans l’une de ses dernières apparitions à l’écran dans Thomas, sortie en 2018 quelques mois après la disparition de Johnny Hallyday, Nathalie Baye joue sous la direction de sa fille Laura Smet. La scène finale finit sur le regard de Nathalie Baye. Ici, comme un adieu, la caméra immortalisait le beau visage de cette actrice passionnée.

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