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Le choix triplement évident d’un jeune veuf

«Merci Robeeert!»

Robert m’a toutefois demandé de taire son vrai prénom, alors contentons-nous de lui dire «merci». Je vais quand même continuer d’utiliser son pseudonyme pour me faciliter la vie, si ça ne vous dérange pas.

Robert, donc. Un jeune veuf, au sens où il n’est pas très âgé, mais aussi du fait que sa perte est récente. Sa conjointe, qui était de quelques années son aînée, est décédée l’automne dernier. Elle avait passé le cap des 65 ans.

Notre lecteur, quant à lui, a fêté son 65e anniversaire quelques mois après le départ de son épouse. Il a donc eu droit pendant quelques mois à une rente de conjoint survivant du Régime de rentes du Québec (RRQ) de plus de 1070 $. C’est le point de départ des interrogations de notre abonné endeuillé.

Admissible à 100 % à sa propre prestation du RRQ depuis le début de l’année, il ne se demande pas tellement quoi faire, car il a choisi comme de plus en plus de retraités de reporter de quelques années le paiement de ses mensualités pour une rente bonifiée à vie.

En fait, il veut mieux comprendre les impacts de sa décision sur la rente de conjoint survivant. Sera-t-elle meilleure ou, au contraire, plus petite? Perd-il au change?

65 ans, l’heure des choix

Retraite Québec lui a envoyé un avis en novembre dernier pour lui exposer les choix qui se présentaient à lui.

En prenant son RRQ à 65 ans, Robert aurait eu droit à 1430 $ et des poussières par mois, lui a-t-on expliqué. Soit environ 1283 $ pour sa propre rente de retraite, et 147 $ comme prestation de conjoint survivant. J’arrondis.

En retardant sa prestation de retraite, Robert aura toutefois accès à une meilleure rente de veuf. Celle-ci s’élèverait à 765 $, indexée à l’inflation, selon la lettre de Retraite Québec.

Alors, résumons.

La rente de conjoint survivant de notre lecteur atteignait 1070 $. Une fois qu’il a passé le cap de 65 ans, le montant a été abaissé à 765 $. Si Robert avait demandé son propre RRQ, il ne toucherait plus que 147 $ à titre de conjoint survivant.

Pourquoi ces écarts?

Surtout, pourquoi est-il triplement avantageux pour Robert de patienter avant de réclamer sa rente de retraite du régime public?

La rente de conjoint survivant en trois temps

Retraite Québec distingue trois types de bénéficiaires de la rente de conjoint survivant, en fonction de l’âge. Celui de moins de 45 ans, celui de 45 à 65 ans et celui de 65 ans et plus. En bas de 45 ans, la prestation variera selon la présence ou non d’enfant à charge, concentrons-nous sur les deux autres scénarios dans lesquels navigue notre lecteur.

De 45 à 65 ans, la prestation en question est composée de deux morceaux. Le premier est fixe et s’élève à quelque 610 $ en 2026. Le second représente 37,5 % de la rente à laquelle aurait eu droit le défunt à 65 ans.

Quand le survivant atteint l’âge de 65 ans, il se présente deux cas de figure.

Dans le premier cas, il demande sa propre rente de retraite. Celle-ci remplace alors la composante fixe, qui disparaît. Quant à l’autre morceau, soit l’équivalent de 37,5 % de la pension du défunt, elle est loin d’être garantie.

Car la rente du conjoint survivant et la rente de retraite, ensemble, ne peuvent dépasser les mensualités auxquelles aurait eu droit un bénéficiaire qui aurait cotisé le maximum au RRQ durant sa carrière. Autrement dit, la prestation combinée est plafonnée au montant de la rente de retraite maximale.

Dans le cas de Robert, la rente de conjoint survivant est grandement réduite du fait qu’il n’est déjà pas très loin du plafond. En fait, on déduit que 147 $ l’en séparent.

Et s’il reporte plutôt son propre RRQ? Ça nous amène au deuxième cas de figure. Il perd encore la portion fixe de 610 $, mais la partie variable passe de «peut-être 37,5 %» à «60 % garanti» de la rente à laquelle avait droit sa défunte épouse, à 65 ans. Ce qui donne 765 $ par mois.

C’est toujours bien juste la moitié du montant qu’il pourrait toucher s’il encaissait sa propre pension du RRQ, alors pourquoi retarder?

J’ai évoqué le triple avantage, plus haut. Triple, comme dans «trois». Allons-y un par un.

1.Le même avec lequel je vous casse les pieds régulièrement. Chaque année de report améliore sa rente à vie de 8,4 % (jusqu’à 58,8 % à 72 ans). C’est même un peu plus, considérant que la promesse de rente pour celui qui patiente augmente plus rapidement que les revenus du rentier du régime.

La promesse évolue au rythme des salaires (3,1 % à long terme), et, une fois prise, la prestation est indexée selon l’inflation (2,1 % à long terme), les chiffres entre parenthèses sont ceux de l’Institut de planification financière.

2.Pendant qu’il retarde sa pension, le bénéficiaire reçoit une plus grosse rente de conjointe survivant. Dans le cas de Robert, c’est 765 $ au lieu de 147 $ par mois.

3.En repoussant son RRQ, Robert accroît aussi la rente de conjoint survivant à laquelle il aura droit lorsqu’il empochera les prestations combinées.

Les deux ensemble ne peuvent pas dépasser la rente de retraite maximale, mais le fait de retarder a pour effet d’augmenter ce plafond de 8,4 % chaque année, sans compter le jeu des salaires et de l’inflation, qui favorise encore plus celui qui patiente.

Un choix évident. Triplement.

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