Un café avec… Marthe Laverdière | Une enfant qui rit et sonde les âmes

À 39 ans, Marthe Laverdière a cru qu’elle allait mourir. Près de 25 ans plus tard, elle est l’horticultrice la plus connue des réseaux sociaux, autrice, grand-mère et bien plus. Marie-Eve Fournier s’est entretenue avec cette attachante hyperactive qui ouvre les portes de son quotidien dans le nouveau docuréalité Marthe : ma vie « normale ».
Publié hier à
5 h 00
Marthe Laverdière n’est pas du genre à mentir pour bien paraître. « Ce que tu vas écrire dans La Presse, je ne le lirai pas. Jamais. Ton travail, pour moi, c’est secondaire. Mais ce qu’on vit là, c’est important. » Ses yeux étaient solidement ancrés dans les miens depuis plus d’une heure. Comme si elle tentait de comprendre à qui elle avait affaire.
Quand elle répète qu’elle est fascinée par l’humain, au point d’observer la démarche des inconnues pour l’analyser, on n’a pas le choix d’y croire.
D’ailleurs, l’horticultrice la plus connue du Québec ne soigne pas seulement les plantes, mais aussi les corps et les âmes. Dans son travail de massothérapeute, elle accueille les douleurs comme les confidences.
« Il y en a parfois qui me disent : “Marthe, je ne veux pas que tu me masses, je veux que tu m’écoutes.” OK, vas-y ! Dans ce temps-là, je ne les fais pas payer. Ce n’est pas un acte de massothérapie. Moi, je n’ai pas besoin de ça pour vivre, tu comprends. »
Si elle aime encore masser, malgré son horaire archichargé, c’est pour entrer en contact. Si on est le moindrement attentif, dit-elle, on ne ressent pas seulement les nœuds sous la peau, mais aussi la joie et les peines. Des patients se mettent à pleurer dès le contact de ses mains sur leur dos.
Cette délicatesse tranche avec le reste de sa personnalité extravertie, joviale, directe.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Marthe Laverdière
Moi, je suis hyperactive et j’adore l’être parce qu’à l’âge que je suis rendue, ça me donne des opportunités terribles. J’ai de l’énergie terrible.
Marthe Laverdière
Maintenant qu’elle se connaît et se comprend, elle se trouve chanceuse de faire deux choses en même temps. Car c’est efficace ! « Comme là, je vais faire l’entrevue, mais en même temps, je pense au livre que je suis en train de lire. Les deux vont très bien. Si je fais rien qu’une affaire, c’est de la marde. Excuse-moi le mot, mais c’est ça. Je ne suis pas capable. »
Elle l’a constaté en humour, lorsqu’elle a commencé à faire de la scène. Elle ne pouvait rester immobile derrière le micro. « Moi, j’étais rendue à faire mes impôts dans ma tête ! J’ai dit : “Si je ne bouge pas, c’est foutu.” »
Enfant, c’était une autre histoire. Marthe réalisait que son cerveau ne fonctionnait pas comme celui de ses cinq sœurs. Elle se mettait la tête dans l’eau glaciale d’un ruisseau près de la maison familiale dans l’espoir de le geler, de le ralentir. Son père lui avait plutôt suggéré de découvrir ses atouts. Aujourd’hui, elle mesure la portée de ce conseil judicieux.
Ce père, Antonin, qui s’est retrouvé seul à la mort de sa femme avec sept enfants – dont Marthe qui avait 2 ans –, elle s’y réfère souvent. Il lui a légué le goût du bonheur. Et de sages paroles qui la guident encore.
Sans le sou, la famille ne mangeait parfois que des patates et du beurre pour le souper. « Mon père disait tout le temps qu’être ensemble, c’est ce qui donne le goût au plat. » Cette enfance modeste a façonné sa vie, sa vision du monde et son rapport à l’argent.
« On était ensemble, on riait, on était heureux. On ne demandait rien. On n’avait pas de cadeaux à chaque Noël. Je n’ai jamais eu de cadeau à ma fête. Mon père me faisait un gâteau, et toute l’année, je pensais à ma fête parce que j’allais avoir des bougies à souffler. Quand il y a juste toi qui peux souffler les bougies, c’est merveilleux ! Pas besoin de cadeau. Je regarde les enfants d’astheure, et cette course effrénée vers le matériel a enlevé toute la joie d’être ensemble et de se faire chanter bonne fête. »
Aujourd’hui, malgré tous les « chèques avec des zéros » qui rentrent, Marthe Laverdière s’habille encore dans les friperies parce qu’elle aime les chasses au trésor. Elle préfère les livres d’occasion qui ont du vécu et ne fréquente pas les restaurants. Les voyages ? « Ça m’emmerde. J’aime mieux être à quatre pattes chez nous avec mes animaux, mes petits-enfants et jouer comme une folle dans le bois. »
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Marie-Eve Fournier et Marthe Laverdière
Quand on lui a diagnostiqué un cancer à 39 ans, Marthe Laverdière était certaine de mourir. Après tout, sa propre mère avait perdu la vie exactement à ce jeune âge.
J’ai eu mes enfants jeune, j’ai fait de l’argent jeune. Je voulais tout faire jeune. La mère de ma mère était morte jeune. Ma mère était la dernière de la famille. Moi aussi. J’ai cru que c’était une lignée, que ça allait continuer.
Marthe Laverdière
La vie en aura voulu autrement.
« Je n’avais jamais prévu vieillir, moi ! Ça fait que je suis tombée en dépression. » Sans rire, elle jure que c’est la plus belle chose qui est arrivée dans sa vie.
Aujourd’hui, la sexagénaire à l’immense charisme est la preuve vivante que la thérapie fonctionne. « Mais il faut que tu veuilles ouvrir tous les petits tiroirs. Il est là, le détail ! »
Les premiers sont faciles à ouvrir, car il y a du monde dedans à blâmer pour ses malheurs : son conjoint, ses parents, son patron. Au fur et à mesure, on se retrouve seul, face à soi-même. C’est moins confortable, plus exigeant.
En ouvrant tous les tiroirs, l’horticultrice a compris qu’elle ressentait inconsciemment de la haine envers sa mère qui l’a abandonnée bien malgré elle. « Si je me raisonne, j’aime ma mère, elle m’a donné la vie. Ça devait être terrible de laisser un enfant de 2 ans. Mais le sentiment de l’enfant de 2 ans, c’est de la haine. Personne ne veut aller là parce que tu deviens un monstre… »
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« Je suis une enfant de 63 ans qui veut rire et avoir du plaisir », dit Marthe Laverdière.
Grâce à sa thérapie, elle a réussi à mettre ses masques aux ordures. Ceux de l’entrepreneure à succès qui sait tout, de la mère qui a toutes les réponses, de l’amante parfaite, et de la femme au-dessus de ses affaires. « Je les ai démolis et je suis restée la femme fragile, celle qui a la larme à l’œil facile, qui aime rire. Je suis une enfant de 63 ans qui veut rire et avoir du plaisir. »
Quant à ses années en prime, elles lui auront permis de devenir grand-mère, de créer du contenu viral sur les réseaux sociaux, d’animer une émission de télévision, de faire des spectacles d’humour, de donner des conférences, d’écrire des livres, notamment une trilogie historique et une biographie. Rien que ça !
Désintéressée des biens matériels, Marthe Laverdière raconte qu’elle voulait devenir une femme d’affaires pour « être vue », la mort de sa mère ayant provoqué un profond sentiment d’abandon. Elle a acheté des serres, réalisé des contrats de terrassement et de décoration de salles de mariage. « Tu veux prouver toute ta vie que tu ne méritais pas d’être abandonnée. J’en ai fait, de l’argent, mais ce n’était pas le but. C’est moi qui allais faire les contrats, les terrasses. C’était mon imagination, ma créativité. »
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Marthe Laverdière n’a plus l’intention de se compliquer la vie.
Cette personnalité attachante, assumée et directe, est à prendre telle quelle ou à laisser. Même pour les équipes de télévision habituées à respecter certaines normes. « Tu sais, à l’âge que je suis arrivée là, ma vie était pas mal faite. Je veux dire… L’argent que j’avais à faire pour ma survie personnelle était fait. » Pas question, donc, de passer au maquillage ou de se compliquer la vie avec ses choix vestimentaires.
Avec ses expressions colorées, son humour parfois grivois, sa casquette, ses lulus et un chandail parfois taché de terre à heure de grande écoute, il n’est pas difficile d’imaginer que Marthe Laverdière suscite un certain snobisme. Elle se fiche de ce que le monde pense. De toute manière, elle n’a pas de téléviseur et ne lit jamais ce qu’on a écrit à son sujet.
Pour elle, c’est ça, la liberté. On ne peut la contredire.
Questionnaire sans filtre
Le café et moi : Straight flush, tu sais, genre normal. Filtre avec du lait. J’aime les cafetières simples que tu plogues, avec juste un bouton on/off. Moi, j’en ai une vieille, je lui donne un coup de poing et elle part. Je l’adore !
Ce qui me fait pleurer : L’amour, ça me fait pleurer. Je trouve ça beau. Moi, je pleure autant de joie que de peine. C’est sûr que quand je rencontre des gens qui viennent d’apprendre que leur enfant est malade, ça me fait de la peine. La maltraitance des aînés me fait terriblement mal.
Ce qui me met en colère : Le manque de respect, je ne suis pas capable ! Je vais devenir hyper méchante.
Une personne que j’admire : Minou [son conjoint Sylvain Talbot]. C’est un homme qui est très tendre, qui est très présent pour sa famille. Quand je l’ai vu pour la première fois, j’ai vu une brume. Je suis tombée réellement en amour, un coup de foudre. Puis j’ai eu la certitude à ce moment-là, à 15 ans, que quoi qu’il arrive, il ne me laissera jamais tomber. Astheure, quand je le regarde, je me dis qu’il est exceptionnel.
Une recette qui me rend heureuse : Manger du spaghetti, mais quand c’est ma sauce. Je fais ma sauce quand je ferme le jardin. Je ramasse tout ce qui reste, donc ce n’est jamais la même recette. C’est fou, c’est comme si je prenais l’été, puis que je le mettais dans un pot Mason.
Qui est Marthe Laverdière ?
- Originaire de la région de Bellechasse, Marthe Laverdière a multiplié les emplois : agente de recouvrement, agricultrice (ferme laitière, érablière), femme d’affaires (propriétaire de serres, d’une table champêtre), aménagement paysager, décoration de salles de mariage, animation dans les terrains de jeux et les garderies, horticultrice, massothérapeute, animatrice de télévision, humoriste, autrice de romans historiques et de livres de jardinage, etc.
- Dans la cinquantaine, elle s’est fait connaître grâce à ses capsules en ligne humoristiques devenues virales.
- Elle a créé une fondation qui porte son nom pour venir en aide aux enfants handicapés et à leur famille après la naissance de sa petite-fille atteinte du syndrome de Rett. Son rêve est de recueillir assez de fonds pour bâtir une maison qui offrira des soins 24/7.
- En 2026, elle a été finaliste aux Olivier dans la catégorie « spectacle d’humour – meilleur vendeur de l’année ». En 2025, son spectacle a remporté trois distinctions.
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