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Une secrétaire du privé doit épargner près d’un million pour une retraite digne d’une fonctionnaire

Au Québec, la retraite n’est pas la même pour tous. Tandis qu’une minorité profite de régimes garantis et stables, la majorité devra composer avec un maigre revenu public ou les aléas des marchés boursiers. Selon un sondage Le Journal/Leger, plus de la moitié des Québécois de 50 ans et plus craignent de manquer d’argent à la retraite.

À salaire égal, une secrétaire du secteur privé sans fonds de pension de son employeur devrait terminer sa carrière avec près d’un million de dollars d’épargne pour espérer toucher des revenus de retraite équivalents à ceux d’une secrétaire du secteur public.

C’est ce qui ressort d’une analyse effectuée par une planificatrice financière de la Banque Nationale, Stéphanie Castonguay, à la demande du Journal.

Notre objectif était de comparer les revenus de retraite d’une personne travaillant au privé et d’un employé du secteur public, afin de mesurer l’impact du régime de retraite à prestations déterminées des employés du gouvernement, le fameux RREGOP.

Pour ce faire, nous avons choisi de confronter deux profils fictifs très similaires, en réduisant les différences au minimum.

C’est donc l’histoire de deux secrétaires de 65 ans, Johanne et Marie-Josée. Toutes les deux sont à l’aube de la retraite, après une carrière de 35 ans, chacune au service d’un seul et même employeur. Dans notre scénario, aucune des deux n’avait commencé à épargner avant l’âge de 30 ans.

Leur salaire respectif a été établi à partir des données de l’Institut de la statistique du Québec, dans son étude sur la Rémunération des emplois repères au Québec en 2025.

Johanne, qui travaille au public, est syndiquée et elle cotise au RREGOP chaque année. Marie-Josée, qui travaille au privé, n’est pas syndiquée et elle n’a pas de fonds de pension. Elle dispose donc d’un montant légèrement supérieur sur sa paye, lequel peut être consacré à l’épargne.

Un écart ? Non. Un abîme

Selon les calculs de Stéphanie Castonguay, notre secrétaire du privé devrait, dans cette situation, avoir accumulé un patrimoine d’au moins 896 241 $ au cours de sa carrière, pour avoir des revenus de retraite équivalant à ceux de sa consœur du public, soit environ 50 000 $ après impôt.

– Presqee un million ! Et ça se peut ?

– Oui… mais avec de la discipline ! répond la planificatrice, le sourire en coin.


Stéphanie Castonguay est planificatrice financière à la Banque nationale.

Pour donner une idée, voici ce à quoi ressemble la discipline dont il est question ici : Marie-Josée devra avoir consacré 29,3 % de son salaire à l’épargne pendant l’ensemble de sa carrière.

Cela représente, en moyenne, plus de 15 350 $ par année, dont un peu plus de la moitié ira dans un REER avec un rendement moyen conservateur de 3,8 %, et le reste, dans un CELI.

Pendant ce temps, Johanne aurait quant à elle consacré à peu près 10 % de son salaire à ses cotisations au RREGOP, du moins si on se fie au taux de cotisation annuel moyen des dix dernières années (9,82 %).

Bref, ça crée une différence pour toute la vie, et non uniquement pour la retraite.

La leçon de la fable

« S’il y avait une leçon à tirer de cet exercice, c’est que ceux qui n’ont pas de régime de retraite doivent bien jouer leurs billes. Ça passe par une bonne planification et par un bon accompagnement », dit Stéphanie Castonguay.

Une bonne façon de commencer, ajoute-t-elle, est d’accepter d’adhérer à un programme d’épargne-retraite volontaire, comme le RVER, que les entreprises de 5 employés et plus doivent proposer à leurs employés depuis 2013.

Deux classes de retraités

Johanne, 65 ans, secrétaire dans la fonction publique, section santé et services sociaux :

  • Salaire en 2025 : 72 608 $
  • Salaire en début de carrière : 36 000 $
  • Âge de la retraite : 65 ans
  • Nombre d’années de service : 35 ans
  • Régime de retraite : RREGOP
  • Aucun actif d’investissement

Calcul des revenus annuels de Johanne à la retraite :

  • Rente de retraite annuelle RREGOP (montant réduit en raison de la coordination avec le RRQ) : 37 758 $
  • Pour une carrière de 35 ans, cette rente correspond en gros à 70 % du salaire admissible moyen des cinq années de service les mieux rémunérées. À l’âge de 65 ans, la rente est réduite en fonction du montant reçu via la Régie des rentes du Québec. La rente de la RREGOP est aussi réduite, de façon générale, de quelques points de pourcentage, mais les retraités qui cumulent 35 ans de service ont droit à une rente sans réduction (à part la coordination avec le RRQ), ce qui est le cas ici.
  • Régie des rentes du Québec (RRQ): 11 398 $ par année à 65 ans
  • Pension de la Sécurité de vieillesse (PSV): 8916 $
  • Total avant impôt : 58 072 $
  • Total après impôt : 44 938 $ (indexé à l’inflation)

Marie-Josée, 65 ans, secrétaire dans une entreprise privée dans le secteur de la santé :

  • Salaire en 2025 : 72 098 $
  • Salaire en début de carrière : 36 000 $
  • Âge de la retraite : 65 ans
  • Nombre d’années de service : 35 ans
  • Régime de retraite : REER et CELI
  • Taux de rendement annuel moyen sur ses investissements : 3,8 %*

* Nous avons établi que Marie-Josée avait un profil d’investisseur « conservateur », d’où ce taux plutôt bas.

Calcul des revenus annuels de Marie-Josée à la retraite :

  • Régie des rentes du Québec (RRQ): 11 398 $
  • Pension de la Sécurité de vieillesse (PSV): 8916 $
  • REER : cela dépend du niveau d’épargne.
  • Total après impôt : 44 938 $* (si elle a accumulé 896 241 $)

Comment combler l’écart ?

  • Pour obtenir un revenu disponible à la retraite équivalent à celui de Johanne, Marie-Josée devrait avoir accumulé 533 929 $ dans ses REER. Il s’agit du maximum qu’elle pourrait y avoir placé si elle a utilisé la totalité de ses droits de cotisation pendant 35 ans. Cela correspond à une cotisation annuelle de 9322 $, auquel on ajoute un rendement annualisé de 3,8 %.
  • Pour combler le reste de l’écart, elle devra donc également utiliser un CELI.

Voici la répartition des actifs de Marie-Josée dans ce scénario :

  • REER : 581 995 $ (cotisation annuelle moyenne : 9322 $)
  • CELI et comptes non enregistrés : 362 312 $ (cotisation annuelle moyenne : 6032 $)

Total de l’épargne : 896 241 $ (incluant le rendement généré)

Cela correspond à un taux d’épargne moyen de 29,3 % du salaire de Marie-Josée tout au long de sa carrière. Ce scénario repose sur l’hypothèse que son salaire moyen avant impôt était de 52 392 $.

Source : calculs de Stéphanie Castonguay, planificatrice financière à la Banque Nationale.

NDLR : Une erreur s’est glissée dans la version de cet article paru dans l’édition papier du 25 avril. Nous y affirmions que l’épargne nécessaire de Marie-Josée pour rattraper Johanne était de 1,1 M$, parce que nous avions oublié de considérer la coordination du RREGOP avec le RRQ à partir de 65 ans. Nos excuses.

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