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Industrie de la construction au Québec | Assaut contre les comportements toxiques sur les chantiers

« J’te dis que les apprentis que j’ai, c’est pas les pogos les plus dégelés. » « C’est sûr que ça va prendre du temps, c’est un importé qui fait la job. » « Elle devrait être à la maison à faire des lunchs. » Ensemble, les leaders patronaux et syndicaux de la construction lancent une campagne pour que cessent ce genre de remarques et pour assainir le climat sur les chantiers.


Publié à
5 h 00

Au total, pas moins de six associations patronales et cinq syndicats – dont la FTQ-Construction et la CSN – s’associent à cette initiative qui coûtera 1 million de dollars. Elle se déclinera dans différents médias sur trois ans pour favoriser des changements de comportement durables sur les chantiers.

En entrevue, Audrey Murray, présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec (CCQ), explique qu’une campagne de cette envergure, qui sera audacieuse, a été jugée nécessaire parce que de toute évidence, la discrimination, l’intimidation et le harcèlement sont aussi répandus qu’inacceptables sur les chantiers. « Chacun a droit à un climat de travail sain », rappelle-t-elle.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, Audrey Murray

Or, c’est loin d’être le cas, selon un sondage Léger réalisé en 2023 : 9 % des répondants ont indiqué avoir été victimes de discrimination, d’intimidation ou de harcèlement dans l’industrie de la construction, ce qui représente plus de 20 200 victimes ; 61 % ont dit y avoir été confrontés, d’une manière ou d’une autre.

Toujours selon ce sondage, 79 % des victimes et témoins ne font pas de signalement, la peur de représailles ou de perdre son emploi étant la principale raison invoquée.

En outre, le tiers des entreprises ne disposeraient pas de politiques et de pratiques claires en gestion de cas de discrimination, d’intimidation ou de harcèlement.

Un climat délétère qui fait fuir trop de gens. Selon une précédente étude demandée elle aussi par la CCQ, en 2021, 7,4 % des gens qui abandonnent le milieu de la construction disent l’avoir fait en raison du climat de travail.

« Choc de culture »

À l’heure où la main-d’œuvre est précieuse et où « on a devant nous un carnet de commandes historique », l’industrie ne peut pas se permettre de perdre autant de monde, plaide Mme Murray.

Souvent, « les jeunes qui arrivent sur les chantiers ont un choc de culture » et s’étonnent des comportements et des valeurs qu’ils constatent dans ce milieu fortement homogène composé à 96 % d’hommes.

Mme Murray fait observer au demeurant qu’en étant à ce point minoritaires, les femmes se sentent souvent isolées. Les autres groupes sous-représentés – Autochtones, membres de communautés culturelles – sont aussi trop souvent visés.

Comme il est question d’adultes et de façons d’agir bien implantées, « ça n’est pas facile » d’obtenir un changement de culture, mais Audrey Murray a bon espoir d’y arriver. Un grand nombre de leaders de la construction – des hommes, fait-elle remarquer – ont accepté de prendre part à la campagne.

Si des cas de violence sur les chantiers ont aussi été rapportés dans les médias, Mme Murray souligne que dans ces situations, c’est la police qu’il ne faut pas hésiter à contacter.

Par contre, pour toute situation de discrimination, d’intimidation ou de harcèlement, une ligne téléphonique est en place pour répondre à toute victime ou tout témoin, au 1 833 333-8003 ou par écrit à [email protected].

La campagne qui s’amorce vise donc tout autant à combattre les mauvais comportements qu’à sensibiliser les victimes à leurs droits et aux ressources disponibles.

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