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Incendie majeur à Bicolline | Beaucoup plus qu’un camping médiéval

L’incendie qui a dévasté 22 bâtisses de Bicolline, samedi soir dernier, a touché le cœur de cette communauté unique au monde, formée d’amateurs d’activités d’immersion médiévales fantastiques, à Saint-Mathieu-du-Parc, en Mauricie. Les bâtiments détruits représentaient bien plus que des clous et des planches ; ils étaient l’ancrage des groupes touchés par cette tragédie.


Publié à
7 h 00

Étienne Bariteau a contribué à fonder l’ordre de Notre-Dame-de-la-Rédemption en 1998. Samedi dernier, il a vu les flammes sauter de la toiture de l’immeuble où l’incendie s’est déclaré pour aller embraser le premier des cinq bâtiments de sa guilde. Quelques heures plus tard, il ne restait plus que quelques casques et pièces d’armure carbonisés étalés çà et là dans la cendre encore fumante. « Les bâtiments qui ont été détruits dans ce quartier-là, ce sont les premiers qui ont été construits à Bicolline, explique l’homme de 51 ans. L’âme de la vieille partie du village est née autour de ça. C’est donc comme si tu brûlais le début de l’histoire. »

Ces bâtiments s’inscrivent en effet dans une authentique histoire qui s’est développée au fil des années, à l’occasion de la semaine de la Grande Bataille, mais aussi lors des différentes activités de jeux de rôle grandeur nature organisées tout au long de l’année sur le site de 140 hectares. « Ce sont des souvenirs de vie, qui, année après année, se sont répétés, suggère de son côté le propriétaire de Bicolline, Olivier Renard. Et la construction de ces cabanes, peu importe qu’elles soient grandes ou petites, ça a toujours été des démarches importantes. Les gens matérialisent quelque chose que j’aime toujours décrire comme l’ambassade de leur imaginaire. »

PHOTO FOURNIE PAR ÉTIENNE BARITEAU

Il ne reste plus que quelques casques et pièces d’armure carbonisés étalés çà et là dans la cendre de l’incendie.

Étienne Bariteau a construit le premier bâtiment de sa guilde en 2002 – « exactement l’année de naissance de mon garçon, fait-il remarquer. Mon gars a 24 ans, il était aussi vieux que la bâtisse… » Les années qui ont suivi ont forgé la légende du camp de la Red – c’est comme ça que les habitués de Bicolline appellent cette guilde de chasseurs de démons qui n’ont pas le sourire facile. « Il y a beaucoup de monde qui a vécu des choses intenses dans ces bâtiments-là, on y a vécu des émotions, des évènements, de véritables scènes théâtrales absolument fantastiques, enchaîne M. Bariteau. Il y a eu des réunions, des conseils de guerre, des rencontres de dignitaires ; on est d’accord, c’est du vent, mais quand ça se passe, c’est vrai. »

C’est comme si tu perdais un membre de ton groupe. Le campement est aussi vivant que les membres qui l’habitent.

Étienne Bariteau, cofondateur de l’ordre de Notre-Dame-de-la-Rédemption

Les souvenirs sont donc étroitement associés aux lieux, mais les sinistrés ont aussi perdu des objets qui ont une valeur sentimentale inestimable. « Une des choses qui me fait le plus de peine dans tout ça, c’est que j’ai perdu une collection de gages remis par des guildes de qui j’étais membre honoraire », explique de son côté un vétéran joueur qui n’a pas voulu qu’on l’identifie pour des raisons de sécurité – il est enquêteur de police. « Un des objets que j’avais reçus était une corne sculptée ; ce sont des heures et des heures qui ont été nécessaires pour la sculpter ! »

« Aussi, je viens de perdre ce que je réservais à mes enfants », enchaîne le policier, qui a aussi perdu les nombreux écrits et récits de bataille qu’il avait réalisés au fil des années. « Mes enfants ont écouté Le Seigneur des anneaux, mais ce n’est pas ça qui les a bercés. Quand ils viennent à Bicolline, ils écoutent les chansons, ils lisent sur les batailles auxquelles mes amis et moi avons participé, je leur montre des endroits où il s’est passé tel ou tel évènement. Mais, tu sais, il y a beaucoup de ça qui est parti… »

PHOTO ERIC DUBÉ, FOURIE PAR BICOLLINE

Selon le propriétaire de Bicolline, Olivier Renard, un élan de solidarité de la part de la communauté est déjà en marche.

Les sinistrés sont encore en train de digérer leurs pertes, et beaucoup s’inquiètent pour la suite, bien que seulement 10 % des constructions de Bicolline aient été touchées par les flammes, samedi. Mais l’idée de reconstruire fait déjà son chemin. « Ce qui fait Bicolline, ce n’est pas juste les bâtiments. Ce sont les gens et la communauté », soutient pour sa part Frédéric Dalphond, qui lui aussi a tout perdu avec ses amis des guildes du Saint-Ordre-du-Poing-de-Fer et des Archivistes. « Et ça, c’est encore là. Donc la suite, ça va être de reconstruire, ensemble. »

L’élan de solidarité est effectivement déjà en marche. Et selon Olivier Renard, il sera irrésistible. « Les gens touchés vont avoir droit à une telle dose d’amour et d’empathie que ça va être quelque chose d’énergisant au plus haut point », affirme le propriétaire, qui songe déjà à installer des pavillons temporaires pour recréer à l’été les espaces de jeu des guildes de joueurs sinistrés. « Parce que tu le sens, toute cette énergie, tous ces sourires. Si je peux mettre sur pied ces pavillons-là, je crois qu’on ne peut même pas imaginer à quel point les gens vont embarquer dans le jeu ; il va y avoir des offrandes, des cadeaux vont être faits, des peintures qui vont être réalisées. Le grand feu, ça va devenir un fait historique en jeu ! »

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