Des chauffeurs du RTL se mobilisent contre leur propre syndicat

Les tensions augmentent encore au sein du syndicat représentant les chauffeurs du Réseau de transport de Longueuil (RTL). Plusieurs membres songent à traîner leur propre syndicat devant le tribunal. Surtout depuis le retour au sein de l’exécutif d’un certain Marc Gingras, qui se serait fait élire en empêchant d’autres membres de présenter contre lui.
«Si tu ne fais pas partie de la clique, ils ne t’aident pas. Ils s’en câlissent», affirme un membre du syndicat.
Depuis la diffusion d’un premier reportage sur la situation au RTL, de nouveaux témoignages indiquent que la situation est encore pire qu’initialement indiqué. Plusieurs personnes s’estiment lésées au point qu’elles sont prêtes à s’adresser au Tribunal administratif du travail avec un «47.2» pour redresser la situation.
L’article 47.2 du Code du travail permet à un syndiqué de porter plainte contre son propre syndicat si celui-ci fait preuve de mauvaise foi, de décisions arbitraires, de discrimination ou de négligence.
Toutes les sources qui se sont confiées à Métro ont demandé l’anonymat par peur de représailles.
Parallèlement, des graffitis dénonçant l’exécutif sont apparus dans les locaux du syndicat.
Des graffitis dénonçant l’exécutif du syndicat des chauffeurs d’autobus du RTL.
Élu en bloquant d’autres candidatures
Une des nombreuses doléances des chauffeurs concerne l’élection récente de Marc Gingras à l’exécutif du syndicat. M. Gingras a déjà été président par le passé et, selon nos informations, fait partie intégrante de la clique qui cause tant de remous.
Selon plusieurs chauffeurs, M. Gingras se serait fait élire en bloquant physiquement les autres candidatures. Il serait resté debout devant la boîte où étaient déposées les candidatures pour s’assurer que personne d’autre n’y mettrait son formulaire.
Lorsqu’il devait quitter, certains de ses collègues se seraient relayés pour surveiller constamment la boîte.
«Vous savez les petits bullys dans la cour d’école? Il y en a qui ne sortent jamais de cette phase-là. Lui, c’en est un», affirme une source.
Métro a tenté de contacter Marc Gingras via les communications du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), la centrale syndicale à laquelle les chauffeurs sont affiliés. Sans succès. Selon le SCFP, M. Gingras nie l’allégation.
Cette affaire s’ajoute aux autres histoires d’intimidation. Plusieurs chauffeurs ont notamment vu d’autres membres de la clique entourer des candidats qui se présentaient contre eux aux élections syndicales et les suivre jusque dans le stationnement.
Mises en demeure pour une erreur dans la convention collective
Les problèmes au RTL ont eu un impact sur la renégociation de la convention collective. Entérinée cet automne par une maigre majorité de 56% contre 44%, la convention collective comporte une erreur.
L’article 25.5 de la convention collective permet à l’employeur de redresser une gaffe en ajustant l’ordre de priorité lorsqu’un trajet doit être assigné à un chauffeur. Mais une erreur a été insérée dans le texte de sorte que, au final, l’employé lésé se retrouve sans réparation réelle.
Selon nos informations, l’erreur s’est glissée dans le texte après la présentation de l’entente aux membres. Ceux-ci ont donc voté pour autre chose que ce qui apparaît dans la convention collective.
Dans un groupe Facebook, un chauffeur a fait circuler un projet de plainte contre le syndicat, réclamant que l’erreur soit corrigée. Au lieu de recevoir une promesse d’action, le chauffeur a reçu des mises en demeure de la part de membres de l’exécutif lui demandant de retirer sa publication.
Finalement, le chauffeur en question a retiré sa plainte sous la pression, nous dit-on.
Contacté par Métro, le SCFP affirme que le syndicat corrigera l’erreur prochainement.
Des dizaines de plaintes au SCFP
Avant de se tourner vers le Tribunal administratif du travail, de nombreux chauffeurs ont déposé des plaintes au SCFP demandant à la centrale syndicale de redresser la situation. Le SCFP possède d’ailleurs un bureau destiné à gérer les plaintes de ce type, le Bureau d’intervention et de prévention du harcèlement et des conflits (BIPH)
Selon nos informations, des dizaines de plaintes ont été envoyées au BIPH, sans succès.
Le président en arrêt s’explique
Comme nous l’indiquions la semaine dernière, le président actuel du syndicat, Jean-François Lussier, a lui aussi été victime de la clique d’intimidateurs. Depuis, la sortie du reportage initial, il a dénoncé la situation dans un groupe Facebook destiné aux chauffeurs du RTL.
«La quasi-totalité de l’équipe syndicale m’a clairement dit qu’ils ne voulaient pas de moi comme président. […] On m’accueille le matin en me lançant qu’on est surpris de me voir rentrer au local une journée de plus, que je n’ai pas encore lâché. En agissant ainsi, on cherche délibérément à me décourager de rester en poste», écrit M. Lussier dans une longue publication obtenue par Métro.
«Depuis mon entrée en poste, j’ai eu de nombreux collègues qui m’ont contacté pour me faire part de comportements qu’ils subissent par des membres de l’équipe syndicale parce qu’ils ont osé dire qu’ils avaient voté pour moi. On me dit qu’on les ignore, les dénigre, les ridiculise, les menace verbalement ou même physiquement», ajoute-t-il.
Le syndicat nie tout
Ni le syndicat des chauffeurs ni le SCFP n’avaient donné suite à la demande d’entrevue de Métro avant la diffusion du reportage initial la semaine dernière. Depuis, le syndicat local a diffusé un message sur son site web réfutant l’ensemble des allégations.
«Devant la circulation rapide d’informations incomplètes ou inexactes, il nous apparaît essentiel d’apporter des clarifications factuelles afin de rétablir la situation envers l’ensemble des travailleuses et travailleurs que nous représentons», écrit le syndicat.
De l’échauffourée à l’exclusion de M. Lussier aux gestes d’intimidation, tout est nié en bloc. Idem pour l’allégation diffusée par le FM 103,3 comme quoi un chauffeur d’origine haïtienne est régulièrement traité de «mangeux de pigeon».
Le syndicat affirme aussi que l’ex-président Marc Rudd a démissionné en 2019 pour un désaccord «sur les orientations et les méthodes de travail» plutôt que pour le climat toxique qui régnait déjà au sein de l’exécutif. Or, la lettre de démission de M. Rudd, obtenue par Métro est claire. Il a quitté à cause du climat toxique.
«Depuis quelques jours, on ne m’adresse pas la parole et on m’ignore carrément et [le travail se fait derrière] les portes fermées, quelle belle ambiance de travail», écrivait à l’époque M. Rudd. «Dans cette situation, je ne vois pas d’autre alternative que de démissionner de la présidence parce que, à ce rythme-là, nous allons vers une tutelle […]»
Dans la même publication, le syndicat confirme que le SCFP a reçu des plaintes et procède actuellement à leur analyse.
Le syndicat ajoute toutefois que le RTL n’a reçu aucun signalement. Contacté par Métro en amont du reportage initial, le RTL affirme au contraire avoir bel et bien reçu été mis au courant de «certaines préoccupations générales liées au climat de travail».



