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Itinérance à Montréal | Le flânage restera interdit dans le métro

Le flânage demeurera interdit dans le métro de Montréal au moins jusqu’au 30 avril 2027 afin d’empêcher les sans-abri de dormir sur les quais et dans les couloirs. La Société de transport de Montréal (STM) affirme que la mesure porte ses fruits, mais les ressources en itinérance disent en encaisser les contrecoups.


Mis à jour le
28 avril

« Pour continuer d’améliorer l’achalandage du métro, nous devons continuer d’améliorer le sentiment de sécurité de la clientèle dans le réseau et nous agissons en ce sens », a fait valoir mardi le président du conseil d’administration du transporteur montréalais, Aref Salem, en confirmant la nouvelle.

Flâner dans le métro sans se déplacer n’est plus toléré depuis mars 2025 en raison de l’explosion de la présence de sans-abri. Les constables spéciaux n’ont donc plus à être témoins d’un délit pour demander à une personne de sortir du réseau.

La mesure, qui prend la forme d’une « obligation de circuler », avait initialement été annoncée comme « temporaire », mais a depuis été renouvelée deux fois. Elle était encore en vigueur l’hiver dernier bien que de nombreux sans-abri aient été visibles sur les quais.

L’interdiction a été appliquée « près de 2500 fois par mois », selon un bilan diffusé par la STM.

Cela s’est traduit par une baisse des interruptions de service. Entre novembre 2025 et mars 2026, le nombre d’arrêts de service de 5 minutes et plus causés par des méfaits volontaires a diminué de 22 % par rapport à l’année précédente.

Autre signe que les itinérants étaient moins nombreux dans le métro : la STM dit avoir observé une baisse de 36 % du nombre de raccompagnements vers l’extérieur à la fermeture du métro. Les interventions de constables pour des incivilités ont quant à elles baissé de 2 %.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Des sans-abri dormant dans le métro de Montréal

Mais surtout, après avoir observé une forte hausse des agressions contre ses employés, la STM dit que la situation s’est stabilisée. En 2024, les agressions contre le personnel avaient bondi de 6 %, forçant l’organisation à déclencher une campagne d’affichage pour exiger davantage de respect.

Une méthode controversée

L’obligation de circuler continue néanmoins d’être fortement critiquée par le milieu communautaire. Selon des travailleurs de rue, la détresse des personnes en situation d’itinérance et la fréquence des comportements agressifs ont même augmenté dans les ressources d’aide depuis son implantation.

« Ça a eu des répercussions vraiment importantes dans la dernière année », affirme Andrew Marrocco, directeur général de la Mission St-Michael, qui offre une halte-chaleur de 60 places au centre-ville.

L’automne dernier, son organisme a accueilli 180 personnes en une journée, un record surpassant largement sa capacité d’accueil de 60 places. « Quand il fait froid, mais que ces mesures restent en vigueur et qu’il n’y a pas de tolérance hivernale, c’est là qu’on voit vraiment l’impact », résume M. Marrocco.

Ça contribue à déstabiliser encore davantage les personnes itinérantes. Leur rythme de vie et leur état de stabilité psychologique sont encore plus perturbés. Et au final, leur insécurité empire, on le voit.

Andrew Marrocco, directeur général de la Mission St-Michael

Même son de cloche au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

« Chaque semaine, des centaines de personnes sont expulsées du métro sans qu’on soit en mesure de leur offrir une alternative réelle. On les pousse d’un endroit à l’autre, mais on ne répond jamais à la question fondamentale : où sont-elles censées aller ? », dénonce la directrice et porte-parole du RAPSIM, Annie Savage.

Pas le seul outil

« Nous sommes conscients que l’obligation de circuler ne peut être le seul outil », a répondu mardi l’élu Aref Salem à ce sujet. Le tout « s’inscrit dans un ensemble de mesures que la STM met en place pour assurer la sécurité et le sentiment de sécurité dans le réseau, et nous continuerons de les bonifier », soutient-il.

Le cabinet de la mairesse Soraya Martinez Ferrada réitère avoir promis de rehausser le sentiment de sécurité des usagers. « Comme administration, on continue de travailler avec la STM, mais aussi le SPVM et les organismes communautaires pour accompagner les personnes en situation d’itinérance vers des ressources et, ultimement, les sortir de la rue », avance-t-on.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal

Au début du mois d’avril, la STM avait déjà fermé plusieurs entrées de métro pour contrôler l’itinérance, la consommation de drogues et les problèmes d’incivilités.

La STM a également mis sur pied un service de messages textes pour permettre aux usagers de signaler des cas d’incivilités, en plus d’augmenter la surveillance dans plusieurs stations. Seuls 52 % des usagers affirment présentement se sentir en sécurité dans le métro et les autobus. Il y a deux ans à peine, c’était 62 %.

Dans un rapport publié à la fin de février, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a par ailleurs ordonné à la STM de prendre plus de mesures pour que ses agents de station et employés d’entretien n’interviennent plus en solo dans les stations « chaudes » du métro. Depuis, la direction du transporteur assure avoir réorganisé ses équipes afin de mieux assurer leur sécurité.

En savoir plus

  • 12 000
    Plus de 12 000 personnes vivent dans la rue au Québec, soit une hausse de 20 % par rapport à octobre 2022. Montréal demeure le secteur le plus touché avec 230 sans-abri par 100 000 habitants, en hausse de 6,7 %, mais l’augmentation est plus importante dans les régions, où elle se chiffre à 30 % en moyenne.

    source : DÉNOMBREMENT DE L’ITINÉRANCE

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