Trop « s’écartiller » expose une zone de vulnérabilité

Vouloir garder la faveur du vote anglophone et racoler ostensiblement celui du Québec francophone est une stratégie qui a aujourd’hui ses parts de risques.
Publié hier à
6 h 00
Le Parti libéral du Québec (PLQ) a déjà joué dans cette tentative d’écartèlement à l’époque où Dominique Anglade cherchait à lui donner un virage nationaliste pour le reconnecter avec le vote des régions. Après les années Couillard qui avaient largement érodé la confiance des Francophones envers le PLQ, la barre était haute.
Si j’évoque ici le passage de Mme Anglade à la tête du PLQ, c’est parce que Charles Milliard semble marcher sur le même chemin, devenu aujourd’hui bien plus risqué. Lorsque M. Milliard a présenté sa première position sur la loi 96 en disant vouloir renouveler la clause dérogatoire tout en se réservant le droit d’y modifier certaines dispositions, il s’est fait rapidement rappeler à l’ordre. Par qui ? Certainement par une partie de son caucus représentant la communauté anglophone.
Que voulez-vous ? Pour fidéliser une bonne partie de cet électorat, il faut éviter de parler d’anglicisation de Montréal et de défense musclée de la langue et de la culture francophone. Il faut aussi s’accrocher sans réserve à la Charte canadienne des droits et libertés et chanter les louanges de l’idéologie multiculturaliste. À force de marcher sur ce chemin, le PLQ est devenu captif des exigences sectorielles de cette indéfectible frange qui constitue sa base électorale.
Pourtant, s’il y a une certitude qui ne fait pas l’ombre d’une ambiguïté, c’est que vouloir ramener le vote des régions dans son giron ne peut se faire sans heurter les sensibilités d’une partie de son électorat anglophone. Il faudra donc un jour qu’un chef libéral ose dire clairement que le parti ne peut pas être le véhicule de la seule vision sociétale de cette base montréalaise de son électorat.
Ce virage est pressant, car Charles Milliard avance déjà vers ce point critique où il pourrait à la fois s’aliéner le vote anglophone et amener les francophones à douter de la sincérité de son nationalisme. Il risque ainsi d’apprendre à la dure que l’ambiguïté est un des plus grands dangers qui guettent un chef en campagne électorale.
Trop « s’écartiller » rend vulnérable aux coups de pied de l’opposition là où ça fait mal.
Le Parti québécois (PQ) a joué dans un film semblable avant l’arrivée de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP). Ici, croyant l’option souverainiste presque radioactive, on évitait d’en parler pendant les campagnes électorales en espérant remettre la main sur le pouvoir qui était presque devenu une propriété privée du PLQ.
Ainsi, au début de la campagne contre Philippe Couillard, Pauline Marois avait étouffé si fort le mot « référendum » qu’on ne l’entendait plus respirer dans son discours. Du moins jusqu’à ce que Pierre Karl Péladeau exhibe son puissant poing qui voulait un pays. On se souviendra à quel point sa déclaration musclée allait faire déraper la campagne péquiste.
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
Pierre Karl Péladeau lorsqu’il s’est présenté pour le Parti québécois en 2014
Puis, convaincu qu’il avait perdu cette élection en grande partie à cause du mot tabou associé à son option, le PQ a choisi de s’éloigner encore plus du discours référendaire décomplexé. Du moins, jusqu’à ce que PSPP débarque dans l’arène politique avec un indépendantisme assumé, une proposition qui a le mérite d’être un chemin clairement balisé. À tort ou à raison ? L’histoire nous le dira dans quelques mois. Mais en attendant, ceux qui le choisissent savent exactement à quoi s’attendre pendant que M. Milliard tente de ménager la chèvre et le chou.
Si le PQ est indissociable de son option souverainiste, le Parti libéral est presque « attaché » à une option multiculturaliste qu’il ne peut pas balayer sous le tapis ou réduire au silence sans en payer le prix dans le vote anglophone.
Or, aujourd’hui, pour l’électeur qui ne veut pas de référendum, on n’est plus dans le scénario qui avait largement profité à Jean Charest et à Philippe Couillard. Je parle de cette époque où la Coalition avenir Québec (CAQ) était moins musclée et où le simple fait de brandir la menace référendaire pouvait valoir aux libéraux une énorme prime à l’urne.
Aujourd’hui, après deux mandats de M. Legault et ses lois 21 et 96, une grande majorité des francophones qui ne veulent pas d’un référendum refuse l’aplaventrisme comme méthode de cohabitation avec Ottawa. Ils désirent donner leur confiance à un chef qui leur promet de défendre de toutes ses forces l’exception québécoise à l’intérieur du Canada.
Autrement dit, ces électeurs qui se réfugiaient par défaut au PLQ pour éviter un référendum ont désormais la CAQ et le Parti conservateur du Québec (PCQ) qui leur promettent clairement ce compromis. Même si ces propositions dites autonomistes ont leurs détracteurs, elles ont le mérite de proposer cette approche revendicative que ces francophones exigeront aussi de M. Milliard avant de mordre à son hameçon.
Cela dit, si les bottines du nouveau chef du PLQ ne veulent pas suivre ses babines nationalistes, il peut se simplifier la tâche et sécuriser sa base électorale en faisant de son parti une photocopie du Parti libéral du Canada (PLC). Ce serait certainement bien mieux qu’essayer douloureusement de garder ses fesses en équilibre sur la clôture séparant les deux solitudes, une position inconfortable qui pourrait lui coûter électoralement la peau des fesses avant le mois d’octobre.




