Politique québécoise | Québec solidaire au pays des merveilles

Comme Alice au pays des merveilles, Québec solidaire (QS) a un grand cœur et beaucoup d’imagination.
Publié à
5 h 00
Il y a huit ans, le parti ne proposait rien de moins qu’une nationalisation de tous nos comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) pour financer les rénovations vertes.
Il y a quatre ans, il voulait taxer les « ultrariches » détenant un patrimoine de plus de 1 million de dollars, ce qui aurait visé beaucoup de travailleurs avec un bon régime de retraite et de propriétaires de plex. Cette « taxe orange » avait miné sa campagne.
À l’approche des élections d’octobre prochain, QS revient à la charge avec une batterie d’initiatives qui reposent à nouveau sur une plus grande intervention de l’État et davantage de redistribution de la richesse.
Or, ces mesures passent difficilement l’épreuve de la réalité.
Prenez l’idée de créer un Costco québécois public.
On souhaite tous l’arrivée d’un nouvel acteur pour brasser l’oligopole des épiciers. Mais aucune chaîne étrangère ne s’est montrée intéressée, malgré les appels de phares du ministre fédéral François-Philippe Champagne. Et ce n’est pas en plafonnant leur marge de profit, comme QS le propose, qu’on encouragera un ALDI ou un Carrefour à venir chez nous.
Mais les solidaires ont une autre solution : ils veulent mettre sur pied un réseau d’épiceries publiques, de style entrepôt, pour que l’État concurrence lui-même les grandes enseignes d’alimentation privées.
L’idée de QS est fondée sur des objectifs louables, mais contradictoires.
Par exemple, le parti veut mettre en valeur les produits locaux en offrant aux producteurs des prix suffisants pour leur permettre de vivre dignement. Mais du même coup, il promet de réduire le prix du panier d’épicerie pour les consommateurs.
Sans subvention, l’équation sera difficile à équilibrer, surtout que QS veut installer ses entrepôts principalement dans les déserts alimentaires où il n’y a pas de concurrence, probablement parce que ces régions sont moins rentables.
Dans ces conditions, on voit mal comment le gouvernement réussira à gérer ses entrepôts d’alimentation plus efficacement que Costco, alors qu’il peine à se débarrasser du fax dans les hôpitaux.
L’expérience ratée du Panier bleu durant la pandémie a prouvé qu’il n’est pas simple de concurrencer Amazon dans le commerce en ligne. Livrer bataille à Costco sur le plancher des vaches risque d’être encore plus difficile.
Québec solidaire veut aussi mettre les riches à contribution, en imposant le gain en capital au même niveau que le salaire.
À l’heure actuelle, seulement la moitié du gain est imposable, parce qu’on veut reconnaître la prise de risque, mais aussi parce que l’on considère que l’inflation fait partie intégrante du gain à long terme.
Or, cette exemption partielle du gain en capital profite de façon disproportionnée aux mieux nantis : 82 % des gains sont générés par les 10 % les plus riches et 57 %, par le top 1 %.
Même s’il peut y avoir une logique à relever le taux d’inclusion, Québec ne peut pas agir en solo. Le Parti québécois avait promis de le faire en 2012. Il a été forcé de reculer tout de suite après son élection.
C’est que le Québec ne vit pas en vase clos. Rien n’empêche un contribuable ayant amassé sa fortune au Québec de déménager dans une autre province l’année de la vente de son entreprise, pour limiter son gain.
En voulant récolter plus d’impôt, Québec se retrouve alors avec zéro.
Ce n’est pas pour rien que Québec a toujours harmonisé le traitement du gain en capital avec Ottawa et les autres provinces depuis 50 ans.
Mais il y a peu de chances que le fédéral bouge là-dessus à court terme, car le premier ministre Mark Carney vient de mettre à la poubelle la décision du gouvernement Trudeau de hausser le taux d’inclusion du gain en capital.
Québec solidaire veut aussi taxer les multimillionnaires qui devraient verser, chaque année, 1 % sur leur fortune dépassant 25 millions et 2 % au-delà de 100 millions.
Avec cette mesure, le parti espère récolter 5 milliards de dollars par année. Mais cette somme est bien théorique, car la mise en œuvre d’une telle taxe est semée d’embûches.
D’abord, il serait complexe et coûteux d’évaluer, chaque année, le patrimoine d’un individu qui possède des actifs illiquides, comme une entreprise qui n’est pas inscrite en Bourse.
Ensuite, les multimillionnaires ont la fâcheuse habitude de déménager quand on veut taxer leur patrimoine. On le voit en Norvège, qui est l’un des rares pays à maintenir une telle taxe.
Dans le cas du Québec, les contribuables visés n’auraient même pas à s’expatrier, juste à s’établir dans une autre province.
Bien sûr, les riches doivent fournir leur juste part d’efforts. Mais une taxe sur la fortune est-elle la façon la plus efficace d’y parvenir ? Pour l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il existe « peu d’arguments en faveur » d’un impôt sur la fortune, par-dessus d’autres modes de prélèvement bien conçus.
Ces dernières années, Québec a augmenté ses dépenses et diminué les impôts de la classe moyenne. Mais il y a une part de pensée magique à croire qu’on peut augmenter les services pour des millions d’individus en faisant payer la note à quelques milliers de contribuables seulement.
Les comptes publics ne sont pas un conte pour enfants.




