Bilan du Canadien | Les attentes et les JO ont « joué dans la tête » de Samuel Montembeault

Le 11 mars dernier, Samuel Montembeault a reçu un appel qu’aucun gardien ne veut recevoir.
Publié hier à
16 h 49
Il n’était pas échangé, puisque la date limite des transactions était passée depuis quelques jours. Il apprenait plutôt de la bouche de son directeur général que l’organisation venait de rappeler Jacob Fowler du Rocket de Laval, ce qui le reléguait jusqu’à nouvel ordre au statut de troisième gardien.
Ni Montembeault ni personne d’autre ne pouvait prédire, à ce moment, quand le Québécois jouerait de nouveau. On l’a simplement intimé de se mettre au travail et de se tenir prêt à toute éventualité.
On connaît la suite. Fowler est devenu l’adjoint de Jakub Dobeš, et celui-ci a connu une fin de saison du tonnerre avant de transporter son équipe jusqu’en finale de l’Association de l’Est. Montembeault, lui, n’a plus vu d’action.
Plutôt que de babouner, le Bécancourois a pris le taureau par les cornes et fait la seule chose qui était en son pouvoir : s’entraîner plus fort que jamais, sur la glace comme au gymnase, et épauler ses deux jeunes coéquipiers du mieux qu’il le pouvait.
« C’est sûr que c’était frustrant ; la situation n’était pas idéale », a avoué le principal intéressé, lundi, à sa première apparition médiatique en presque trois mois, un changement radical pour celui qui était l’un des principaux porte-parole du Tricolore il y a un an à peine.
« C’est la personne que je suis, aussi : je n’allais pas me renfermer et arriver à l’aréna avec une mauvaise attitude, ou chialer. Si je pouvais aider les gars, j’allais le faire. »
Il y a beaucoup du Montembeault que l’on connaît dans cette affirmation. Celui qui, avec Fowler, a manigancé l’entartage de Dobeš après la victoire au septième match contre le Lightning de Tampa Bay au premier tour. Celui aussi qui, depuis la tribune de la presse, agitait sa serviette blanche avec les partisans pendant les matchs à domicile de son club au cours de son surprenant parcours en séries éliminatoires.
PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, ARCHIVES LA PRESSE
Samuel Montembeault et Jakub Dobeš
Il [Montembeault] est incroyable. Trois gardiens, c’est étrange, mais tout le monde s’appuyait, tout le monde riait… On a eu beaucoup de plaisir ensemble.
Jakub Dobeš
Le directeur général Kent Hughes n’a pas tari d’éloges, lui non plus, au sujet du gardien de 29 ans, qu’il a décrit comme un coéquipier « exceptionnel ».
« Je lui ai demandé de continuer à se battre, a raconté le gestionnaire. Je n’ai que de bonnes choses à dire à son sujet. Je pense qu’il est dans la meilleure forme de sa vie, ça démontre tous les efforts qu’il a investis. »
Serein
Très serein dans les circonstances, Montembeault insiste : il n’a pas l’impression d’avoir été traité injustement par ses patrons. Il a dit avoir apprécié l’appel de son DG pour lui expliquer la situation avant que le rappel de Fowler soit officialisé.
« C’était une bonne discussion. Il m’a donné l’exemple de Jeremy Swayman [des Bruins de Boston], qui a connu une mauvaise saison, mais qui est aujourd’hui finaliste pour le trophée Vézina. Il m’a aussi dit qu’il ne m’aurait pas donné un contrat comme ça [3 x 3,15 millions] si je n’avais pas joué du bon hockey. Je devais tourner la page, travailler fort et m’assurer que ce soit une année isolée. »
La campagne de Montembeault, de fait, aurait difficilement pu aller plus mal. Il semblait si égaré, en décembre, qu’il s’est retrouvé dans la Ligue américaine pour un séjour de « conditionnement ». Il a retrouvé sa superbe à son retour dans la LNH, compilant une fiche de 5-2-1 de la fin du mois de décembre au début du mois de février. Au retour de la pause olympique, deux départs difficiles de suite, dont un particulièrement pénible à Anaheim, ont toutefois sonné le glas de sa saison 2025-2026.
Le gardien a reconnu que dès les premières semaines du calendrier, quelque chose clochait.
Je suis peut-être arrivé avec le mauvais état d’esprit, je me mettais trop de pression. Quand ç’a commencé à mal aller, je suis trop tombé dans ma tête. En tant que gardien, je pense que c’est la pire chose qu’on peut faire.
Samuel Montembeault
Conscient des attentes qui avaient augmenté envers son équipe et lui-même, il a aussi laissé la possibilité de participer aux Jeux olympique lui « jouer dans la tête ».
Cette fragilité a fait en sorte que « dans les matchs, mes habiletés ne ressortaient pas ». Conséquemment, les buts douteux se sont accumulés. Au moment de sa rétrogradation chez le Rocket, le 10 décembre, seulement 30,8 % de ses départs (4 sur 13) s’étaient conclus par un taux d’arrêts supérieur à ,900. La saison précédente, son rendement était de 53,3 %.
« Je pensais trop. Après ça, je n’entrais pas dans les matchs en pensant faire la différence, mais plutôt en espérant ne pas accorder de but. Quand tu approches les matchs comme ça, tu ne peux pas t’attendre à ce que ça aille bien. »
Rebelote
Au retour de Laval, il a eu espoir que ses ennuis soient derrière lui. Toutefois, malgré des ajustements, il s’est « remis à penser à ça ». La constance qu’il avait affichée la saison précédente n’était plus au rendez-vous, et il était le premier à le constater.
PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE
Samuel Montembeault
Après les Fêtes, il a consulté un psychologue du sport, qui l’a « beaucoup aidé ». Il s’est aussi entraîné à temps plein, ce qui lui fait dire qu’il ne prendra pas une longue pause estivale puisqu’il est essentiellement dans sa forme du camp d’entraînement. « Même si c’était une mauvaise saison sur le plan statistique, elle ne s’en va pas à la poubelle, assure-t-il. Il y a beaucoup d’apprentissages à faire de ça. Je veux revenir plus fort l’an prochain. »
S’il y parvient, est-ce que ce sera à Montréal ou ailleurs ? Rien n’est moins clair. Car avec trois gardiens sous contrat, le Canadien se retrouve encore avec un ménage à trois devant le filet. Fowler, malgré son inexpérience, apparaît comme l’élu, à moyen terme, pour devenir le prochain partant de l’organisation. Montembeault, lui, apparaît comme l’homme en trop, mais il pourrait aussi reprendre son rôle de grand frère avec Fowler si, d’aventure, la direction désirait maximiser la valeur d’échange de Jakub Dobeš après le printemps exceptionnel qu’il a connu, ce qui le ferait exactement marcher dans les traces de Jaroslav Halak en 2010.
Sans rien prendre à la légère, Montembeault rappelle que la décision sur son avenir ne lui appartient pas. Il est encore sous contrat pour un an et il ne demande rien d’autre que de continuer à défendre le filet montréalais.
« J’aime tellement ça, ici ! a-t-il lancé. Ça fait cinq ans que je suis là, je suis proche de la maison… J’adore représenter l’organisation et j’aimerais continuer à le faire, mais ce n’est pas moi qui prends la décision. On va voir ce qui va arriver. »




