Le PDG de Cadillac F1 admet des performances décevantes de Bottas mais…

Towriss est tout d’abord très enthousiasmé par ce qu’il voit depuis jeudi dans les rues de Monaco. Comme un rêve qui se réalise pour lui ?
« Oui, c’est incroyable de courir à Monaco. Comme vous l’avez dit, c’est notre première course pour Cadillac Formula 1. Il y a une histoire si spéciale ici, c’est une course tellement à part dans le championnat de Formule 1. C’est une étape majeure pour l’équipe d’être enfin là pour courir, et pour Checo d’être de retour ici en tant qu’ancien vainqueur. Il se sent de toute évidence très bien, nous apprécions donc les progrès réalisés, nous sommes ravis d’être ici et très enthousiastes. »
Les performances de Cadillac semblaient en hausse en essais libres, surtout pour Sergio Pérez. Towriss pense aussi que son équipe pourrait être plus en vue que de coutume, sur un circuit pourtant typé châssis.
« Je le crois. Évidemment, nous devons continuer à exécuter notre plan et nous verrons bien. Quelque chose de magique peut toujours se produire ici. Mais honnêtement, de notre point de vue, nous sommes simplement concentrés sur la progression de l’équipe, pour continuer à faire mûrir cette organisation et rendre les voitures plus rapides. »
Depuis Melbourne, Cadillac semble en constants progrès, même si d’énormes lacunes demeurent, notamment sur le plan opérationnel, comme l’a dénoncé Sergio Pérez. Pour autant, l’apprentissage se déroule bien selon le PDG de TWG Motorsports.
« Oui, absolument. C’est un premier processus d’amener une Formule 1 sur la piste, de l’amener aux essais, aux tests de présaison. C’est un processus très différent de diriger une équipe quand on réfléchit aux évolutions et à tout ce qui se passe en course tout au long de l’année. Cette organisation mûrit donc sous nos yeux alors qu’elle continue d’apporter toutes les améliorations nécessaires. À chaque étape, que ce soit la performance de la voiture, les arrêts aux stands, l’organisation dans le garage, ou ce que nous faisons à l’usine. Tous ces axes de travail progressent simultanément. Je suis donc très heureux des progrès accomplis, mais en même temps, tout ne fonctionne pas encore à son maximum, il y a donc toujours du potentiel, il y a toujours plus à aller chercher. Il s’agit de trouver ce juste équilibre entre satisfaction et insatisfaction. »
Dan Towriss est-il satisfait de l’apport jusqu’ici de ses deux pilotes, Valtteri Bottas et Sergio Pérez ? Cadillac a choisi logiquement l’expérience pour faire progresser l’équipe, mais était-ce le bon choix ?
« Évidemment, leurs retours sont très importants pour le développement de la voiture. À mon avis, les deux pilotes font exactement ce que nous attendons d’eux. Nous voyons un Checo rajeuni en piste. J’admire vraiment le plaisir qu’il prend à piloter. On voit la confiance s’installer, les retours se multiplier. Les progrès ne sont pas toujours linéaires, Valtteri n’est donc de toute évidence pas sur le même rythme que Checo, mais il fait tout ce que nous lui demandons, et ses retours sont tout aussi utiles alors que nous cherchons à sécuriser l’arrière de la voiture, ce genre de choses. C’est donc génial, et encore une fois, tous deux jouent un rôle déterminant pour faire progresser cette monoplace. »
Towriss l’admet : Bottas est en retard par rapport à Sergio Pérez. Mais contrairement à ce que certaines rumeurs l’ont laissé entendre, la place du Finlandais n’est pas menacée.
« Graeme (London, le directeur d’écurie) a été très clair à ce sujet. Nous n’en sommes qu’à quelques courses et Valtteri fait tout ce que nous pouvons lui demander. Quand j’ai vu certaines de ces nouvelles pour la première fois, ma réaction a été : ’Wow, nous avons en fait montré assez de progrès pour que les gens commencent à s’en prendre à nos pilotes’. Apparemment, Checo s’en va et Valtteri va être licencié, et nous allons nous retrouver sans pilotes. En clair, nous sommes satisfaits de tous les deux, ils sont engagés envers nous et nous sommes engagés envers eux. »
« Nous sommes très confiants d’avoir Valtteri dans l’équipe. Nous avons le plus grand respect pour lui. Et pour être clair, il n’y a eu aucune discussion sur le fait que les performances de Valtteri puissent avoir un impact sur son avenir au sein de l’écurie. Nous sommes engagés envers Valtteri, comme je l’ai dit, et Valtteri est engagé envers nous. À mesure que cette voiture se développe, nous devons continuer à trouver plus d’appui aérodynamique, et chaque pilote ressent cela différemment. Les progrès ne sont pas toujours linéaires en ce sens. Ainsi, Checo sent aujourd’hui qu’il progresse, et je suis convaincu que Valtteri y parviendra très, très bientôt. »
Quant à Colton Herta, le troisième pilote, aujourd’hui englué en Formule 2, il ne semble pas casser des briques… mais Cadillac s’attendait à le voir souffrir quelque peu.
« Oui, nous nous attendions certainement à voir des hauts et des bas. Une grande partie de son parcours en Formule 2 consistait à apprendre les circuits et les pneus. En Formule 1, le rythme sur un tour est primordial, il faut être capable de préparer ses pneus, de sortir et de faire le tour parfait, comme l’a dit Pedro. Et ce sont des pneus très différents de ceux avec lesquels Colton a couru durant toute sa carrière. Il doit donc réapprendre cela, découvrir de nouveaux tracés au fur et à mesure, et c’est la première fois qu’il court à Monaco. Il sera intéressant de voir à quelle vitesse il apprendra à maîtriser le circuit. J’adore les progrès qu’il réalise, tout est sur la bonne voie et cela se passe vraiment comme nous l’avions prévu. »
Cadillac continue d’explorer toutes les options à long terme en tout cas. Interrogé sur ses projets concernant les pilotes pour 2027, Graeme Lowdon, le directeur de l’équipe, s’est gardé de donner des garanties.
« Avec tout ce que nous avons à faire au sein de l’équipe, la liste des tâches à accomplir est longue. Nous sommes extrêmement satisfaits de nos pilotes actuels et de leur travail. Je n’ai aucune nouvelle à faire concernant les pilotes. »
Colton Herta est manifestement pressenti pour une future opportunité en Formule 1. Bien que Lowdon ait récemment démenti les rumeurs selon lesquelles Herta pourrait remplacer Bottas immédiatement, il a confirmé que le pilote d’IndyCar suivait toujours un programme de développement dédié à la Formule 1.
« Il a clairement exprimé son désir de courir en Formule 1. Pour y parvenir, il faut apprendre, apprendre et encore apprendre, et c’est ce qu’il fait. »
Lowdon a confirmé que Herta participera aux essais libres de Formule 1 plus tard cette année.
« Il a son programme. Il sera au volant lors de quelques séances d’essais libres cette saison. On verra comment ça se passe. »
Le dilemme moteur de Cadillac pour 2029…
Cadillac et General Motors ont un chantier plus important à gérer que les pilotes : l’unité de puissance. Que faire si la F1 avance les nouveaux V8 à 2030 ? Voire avant ? Cela vaut-il vraiment la peine de développer un moteur General Motors seulement pour un an ou deux ? Dan Towriss reprend la parole, hésite aussi et appelle donc la F1 à vite se décider !
« Eh bien, le plus tôt sera le mieux. Et on parle aussi de les changer pour l’an prochain ! En regardant l’unité de puissance et en envisageant d’éventuels changements, il faut tenir compte de l’impact sur le châssis pour 2027. Les équipes espèrent certainement qu’il n’y aura pas de changements sur le châssis pour 2027, mais le temps presse de toute évidence dans ce domaine. Nous verrons ce qu’il se passera. Il y a beaucoup de travail à abattre. »
« Quant à la future unité de puissance, nous sommes sur la bonne voie pour un moteur V6 en 2029. Il est également question de l’arrivée d’un V8 plus tard, et comme GM l’a déclaré publiquement, nous serions très heureux de construire un moteur V8 également. Il reste donc beaucoup de travail et beaucoup de négociations entre les motoristes, et nous verrons bien ce qu’il se passera. »
Et quelle est la position de Cadillac sur le moteur 2027 ? Faut-il passer à une répartition 60 % thermique / 40 % électrique ? On sent une position prudente, conservatrice, alignée sur Ferrari…
« En ce qui concerne le moteur de 2027, là encore, c’est un travail en cours. Il y a beaucoup à faire. C’est une négociation complexe, comme vous pouvez l’imaginer. Un changement peut avantager une équipe ou un groupe plus qu’un autre, et il reste beaucoup de travail. L’essentiel est que nous ne pouvons pas aller trop vite, même si le temps presse. C’est très complexe. Il y a beaucoup de travail de modélisation à réaliser pour comprendre ce que ces changements peuvent apporter en piste pour les pilotes, sans pour autant rouvrir l’homologation ou trop modifier le châssis. Cela reste donc à voir. »




