La comédienne Sophie Faucher s’éteint à l’âge de 68 ans

Sophie Faucher est allée rejoindre ses deux muses, Frida Kahlo et Maria Callas, au paradis des artistes trop tôt disparues. La comédienne s’est éteinte mardi à Montréal, entourée de ses proches, des suites d’une longue maladie. Elle avait 68 ans.
Sophie Faucher avait combattu un premier cancer, au milieu des années 2010. Malheureusement, au début de l’année, son état de santé s’est détérioré et le cancer a réapparu. En avril, la comédienne s’est retirée de la pièce Le duplex, qu’elle devait jouer cet été, aux côtés de Sylvain Marcel, Valérie Blais et François Massicotte.
Actrice flamboyante, pétillante, dotée d’un bel appétit de vivre… Sophie Faucher s’est spécialisée dans les tragédies au début de sa carrière. Mais, hors de la scène, elle était un vrai soleil ! Avec sa part d’ombre… Ses yeux s’embuaient lorsqu’on évoquait l’injustice, la souffrance humaine. « Je suis comme une éponge », disait-elle.
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En 2003, avec Denise Filiatrault, lors d’une conférence de presse de Juste pour rire
En quatre décennies de carrière, le public a pu la suivre dans de nombreux rôles : à la télévision (Le cœur a ses raisons, Dumas, Indéfendable), au théâtre et au cinéma. Mme Faucher a aussi fait beaucoup de doublage de films américains et des publicités à la télévision. La publicité de l’ange sur un nuage qui savoure du fromage Philadelphia est restée gravée dans nos mémoires.
Lorsque le téléphone ne sonnait pas, elle lançait ses propres projets. L’autrice a signé des pièces (Apasionada, la Casa Azul, créée par son ami, le metteur en scène Robert Lepage). Elle a publié des livres jeunesse, aux titres inspirés de ses muses : Je m’appelle Frida Kahlo ; Frida, la reine des couleurs ; Maria, Pita et l’opéra…
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En 2002, avec Catherine Florent, Marianne Moisan et sa mère, Françoise Faucher
Sous les feux de la rampe
Née à Montréal, le 10 avril 1958, Sophie Faucher est une enfant de la balle. Fille d’une comédienne (Françoise Faucher) et d’un réalisateur (Jean Faucher), deux artistes français arrivés au Québec, en 1951. « Par bateau avec 400 dollars en poche », rappelait-elle.
Devant et derrière la caméra, les Faucher ont marqué les débuts de la télévision au pays. Sophie a grandi sous les feux de la rampe, avec le désir de suivre les traces de ses parents. Non sans douter d’elle-même. « J’ai dû très vite me faire un prénom », disait-elle.
Après des études au Conservatoire, elle entame sa carrière à 20 ans… et par la grande porte des classiques. Tour à tour, elle joue Claudel, Marivaux, Musset. Elle incarne Antigone au Rideau Vert, avec Jean-Louis Roux en Créon ; puis Marie Stuart, reine d’Écosse, au Théâtre Denise-Pelletier, sous la direction de sa mère, Françoise Faucher. Mais elle ne boude pas les auteurs contemporains : L’actrice brille aussi dans Inventaires, de Philippe Minyana, à l’Espace Go.
À la télévision, elle excelle dans des comédies. Notamment, dans la série Le retour d’Anna Brodeur. Dans Le cœur a ses raisons, aux côtés de Marc Labrèche, elle incarne la milliardaire botoxée Crystale Bouvier-Montgomery. Une interprétation mémorable, récompensée d’un prix Gémeaux, en 2005.
Passionnément, Frida !
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Sophie Faucher et sa muse Frida Kahlo
Sophie Faucher nourrissait un amour fou pour Frida Kahlo ! Collectionnant des affiches, figurines, livres et objets consacrés à la peintre mexicaine. Elle l’a souvent interprétée. En 2013, elle a créé Frida Kahlo : correspondance, un spectacle inspiré des écrits intimes de l’artiste visuelle. « Frida et moi, c’est une longue histoire. Son monosourcil n’a plus de secret pour moi ! Elle me donne de l’élan dans ma vie, du courage, beaucoup de courage », a-t-elle confié au Journal de Montréal.
L’artiste était aussi une admiratrice de la Callas. Elle a coécrit, avec Anne Bryan, l’ouvrage Une voix pour être aimée : Maria Callas. Elle en a tiré un spectacle, mis en scène par Marc Hervieux. Les deux interprètes l’ont joué partout au Québec.
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Sophie Faucher et l’illustratrice Cara Carmina au lancement de leur troisième ouvrage sur Frida Kahlo
Relation mère-fille
Enfant, Sophie a souffert de l’emploi du temps chargé de sa mère. Françoise animait Femme d’aujourd’hui chaque jour à Radio-Canada, en plus de faire du théâtre le soir. Sans doute pour combler ce manque, les deux femmes deviendront très proches et complices tout au long de leur carrière. En plus de partager le même métier, elles font des spectacles et des lectures ensemble. Elles ont en commun leur amour de la langue française, et un rapport précieux avec les mots. Sans être en rupture avec le showbiz québécois. Elle a coanimé l’émission Les lionnes, et collaboré à la radio avec Pierre Brassard, à Parasol et gobelets.
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Sophie Faucher en 2001
Sophie Faucher était mariée au scientifique Michel Labrecque depuis près de 30 ans. Le couple a une fille, Clémentine Labrecque, qui travaille dans le domaine des relations publiques. L’actrice laisse aussi dans le deuil sa sœur et ses frères, ainsi que des centaines de camarades. Sans oublier sa mère, âgée de 96 ans.
En mai dernier, le directeur général du Conservatoire de musique et d’art dramatique, Marc Hervieux, annonçait la création d’une nouvelle bourse de la Fondation du Conservatoire : la Bourse Sophie Faucher. Cette bourse d’interprétation féminine rend hommage à « une grande actrice québécoise et diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, où elle a étudié de 1975 à 1978 ».
Flamboyante, Sophie Faucher aimait rire du destin et… d’elle-même. Chaque jour, elle voulait illuminer la grisaille du quotidien avec les couleurs de la poésie.
En 2001, elle m’avait confié en entrevue ce qui la bouleverse dans le destin de Frida Kahlo : « Vous savez, en répétition, j’ai pensé à une artiste québécoise qui avait la même vitalité que Frida : Marcelle Ferron. Elle a eu le cancer des os très jeune. Elle a connu bien des difficultés. Or, elle s’est battue pour créer de la beauté et de la lumière dans sa vie. »
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Lors de l’inauguration du Sommet à la Place Ville Marie, en 2015, avec sa fille Clémentine Labrecque
Tout comme Sophie Faucher… jusqu’à son dernier souffle.




