France | Le footballeur marocain Achraf Hakimi sera jugé pour viol

(Versailles) La justice a confirmé vendredi en pleine Coupe du monde le renvoi devant une cour criminelle du capitaine du Maroc et défenseur du Paris Saint-Germain pour le viol d’une femme en 2023, qu’il réfute.
Il s’agit d’une « victoire judiciaire » pour la plaignante et, pour le joueur, d’une occasion d’« enfin » pouvoir « parler ».
« Les investigations menées durant l’enquête et l’information judiciaire ont conduit la chambre de l’instruction à dire qu’il existe des charges suffisantes à l’encontre » d’Achraf Hakimi « justifiant sa mise en accusation devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine » près de Paris, a indiqué la Cour d’appel dans un communiqué, à l’issue d’une décision rendue à huis clos.
Le leader de l’équipe du Maroc, qui joue son deuxième match de Coupe du monde vendredi soir contre l’Écosse, a toujours dénoncé une « fausse » accusation. Il avait fait appel de l’ordonnance du juge d’instruction l’ayant renvoyé en février pour viol.
À peine la décision rendue par la cour d’appel, le joueur de 27 ans a déclaré sur X attendre le procès « avec impatience », assurant : « Enfin, je pourrai parler ».
La date du procès n’est pas connue à ce stade. Interrogée sur un éventuel pourvoi en cassation, l’avocate du double champion d’Europe avec le PSG, Me Fanny Colin, ne se prononce pas.
« Cette confirmation était attendue. Il n’est pas dit ici qu’il est coupable de quoi que ce soit, il est ferme dans sa défense », a rappelé Me Colin, qui précise que son client « a beaucoup de choses à dire ».
« C’est donc à ce stade un total de six magistrats qui a estimé que les éléments à charge dans ce dossier sont si nombreux qu’ils justifient la mise en accusation d’Achraf Hakimi devant une cour criminelle », a réagi à la sortie de la salle d’audience Me Rachel-Flore Pardo, qui défend la partie civile.
« Après plus de trois ans de combat judiciaire, après avoir été calomniée et traînée dans la boue par la défense d’Achraf Hakimi, cette décision suscite chez ma cliente soulagement et espoir », a-t-elle ajouté dans un communiqué.
S’il n’a pas fait de commentaire officiel, le club parisien entend en privé protéger son joueur, se reposant sur la présomption d’innocence, Hakimi ayant toujours nié les faits.
« Être entendue »
Selon une source policière à l’époque des faits, la jeune femme d’alors 24 ans avait raconté avoir fait connaissance avec Achraf Hakimi en janvier 2023 sur le réseau social Instagram et s’être rendue chez lui dans un VTC (voiture de transport avec chauffeur) commandé par le joueur. Elle expliquait ensuite que le joueur l’avait embrassée, puis touchée sans son consentement avant de la violer.
Elle ajoutait qu’elle était parvenue à le repousser et précisait qu’une amie, contactée par texto, était venue la récupérer.
La jeune femme s’était présentée en 2023 au commissariat pour dénoncer un viol.
Achraf Hakimi avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire quelques jours après, en mars.
Me Colin, à la sortie de l’audience, a dénoncé ce qu’elle qualifie de « justice de classe à l’envers ». « Cette enquête n’a été ouverte que parce qu’une main courante a été médiatisée par la presse », assure-t-elle, médiatisation due selon elle au fait « que M. Achraf Hakimi est une personnalité publique et qu’il est connu ».
Pour la jeune femme qui dénonce ces faits pourtant, la fuite de sa déposition dans le journal Le Parisien constitue « le plus gros traumatisme de (sa) vie ».
Jeanne (prénom d’emprunt) a déclaré à Mediapart jeudi, dans sa première prise de parole médiatique, vouloir « un procès pour (se) défendre, pour être entendue ». « J’ai envie de me justifier. J’ai envie qu’on me croie », a-t-elle ajouté.
« Ce n’est jamais agréable pour ma cliente de voir celui qu’elle accuse de viol être acclamé, ovationné », souligne Me Pardo, pour qui « il y a encore un long chemin à parcourir pour la lutte contre les violences sexuelles dans le monde du football masculin ».




