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Fusillade dans Côte-des-Neiges | Un système d’alerte efficace, malgré des critiques

Deux alertes ont été déclenchées en lien avec l’attentat qui s’est conclu par trois morts dans Côte-des-Neiges lundi, l’une annonçant un « suspect armé et dangereux », l’autre proclamant la fin de la « menace immédiate ». Québec a reçu une trentaine de signalements en 24 heures concernant le système d’avertissement, a appris La Presse, mais ceux-ci semblent davantage découler d’un manque d’informations que d’une défaillance technique. Explications.

Qui reçoit les messages de Québec En Alerte sur le réseau sans fil ?

Bien que la majorité des Montréalais aient reçu les deux alertes lundi, dans les faits, seules les personnes situées dans un rayon d’environ 2 km dans Côte-des-Neiges étaient réellement visées par un appel à l’action à 12 h 34. « Abritez-vous à l’intérieur, verrouillez les portes, éloignez-vous des fenêtres, suivez les directives des autorités locales. »

IMAGE TIRÉE DU SITE QUÉBEC EN ALERTE

Zone de l’alerte en lien avec l’attentat dans Côte-des-Neiges

« Le but principal est vraiment de s’assurer que les gens dans le secteur visé reçoivent l’alerte d’urgence et puissent prendre les mesures nécessaires pour rester en sécurité », explique Martin Bélanger, directeur et chef du service des alertes au public chez Pelmorex, l’entreprise qui gère l’infrastructure technique au Canada.

En vertu des règles du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), des organisations bien précises sont autorisées à déclencher des alertes par l’entremise du réseau cellulaire. Il revient à chacune d’elles de déterminer le périmètre visé par un message d’urgence.

Au Québec, Environnement Canada est chargé des avertissements d’orage violent ou de tornade, tandis que la Sûreté du Québec ou le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont le pouvoir de déclencher des alertes AMBER.

Pour les autres types d’urgence couverts par le programme Québec En Alerte – comme la « crise civile » de lundi –, c’est le ministère de la Sécurité intérieure (MSI) qui est l’ultime responsable, bien qu’il ait agi à la demande du SPVM.

Y a-t-il eu des problèmes techniques lors de la fusillade de lundi ?

Rien, pour l’instant, ne le laisse penser. Parmi les dizaines de récriminations observées par La Presse dans les réseaux sociaux, une seule était le fait d’un citoyen qui se trouvait dans le périmètre visé par l’alerte. La vingtaine de résidants que nous avons sondés autour de la scène de crime avaient tous reçu l’alerte.

Vingt-quatre heures après l’attentat, le MSI avait reçu 31 signalements pour des problèmes techniques et avait enregistré deux plaintes.

Si l’analyse est toujours en cours, « les personnes indiquant ne pas avoir reçu l’alerte se trouvaient à l’extérieur du secteur visé par la diffusion », indique le ministère de la Sécurité intérieure dans un courriel à La Presse. « Dans ce cas, le comportement observé est conforme au fonctionnement attendu du système. »

Pourquoi certains ont-ils reçu le message un peu partout à Montréal ?

Québec En Alerte utilise la technologie de diffusion cellulaire LTE ou 5G. Celle-ci « ne repose pas sur la géolocalisation des téléphones, mais sur l’activation des antennes cellulaires desservant le secteur visé », explique le MSI.

Les alertes peuvent ainsi « être captées au-delà de la zone concernée par la situation d’urgence », ajoute-t-il.

Pourquoi mon voisin a-t-il reçu l’alerte sur son téléphone et moi non ?

Au lendemain de la fusillade, des lecteurs de La Presse et des internautes s’inquiétaient de ne pas avoir reçu l’alerte, contrairement à d’autres personnes à proximité.

Explication de Martin Bélanger, de Pelmorex : des fournisseurs de réseau sans fil partagent les mêmes tours, mais d’autres, comme Bell et Rogers, possèdent leur propre infrastructure. Un citoyen d’Hochelaga ou de Ville-Marie a donc pu recevoir un message d’alerte parce qu’il était connecté à une tour émettrice située dans le périmètre de la menace, tandis qu’un autre n’en a pas reçu parce qu’il était relié à une tour située en dehors de ce périmètre.

« Et même deux téléphones qui ont le même fournisseur pourraient être connectés à deux tours différentes selon la configuration du réseau », note le responsable des alertes publiques.

J’ai reçu la première alerte deux fois. Il y a donc eu un « bogue » ?

Non. Les tours concernées par une alerte active communiquent avec tout nouvel appareil qui se connecte à leur réseau. Un utilisateur qui rallume son téléphone après l’avoir éteint, qui désactive le mode avion ou qui termine un appel pourrait recevoir l’alerte en différé.

Des Montréalais qui sont passés d’une zone non couverte à une zone couverte lundi après-midi – par exemple parce qu’ils se rapprochaient du lieu de l’attaque – ont aussi pu avoir l’impression de recevoir le message d’avertissement en retard.

« Il est d’ailleurs possible qu’une personne capte l’alerte plus d’une fois sur son appareil sans fil si elle est en déplacement, ou si elle se trouve à la limite des zones desservies par des tours de diffusion cellulaire différentes », souligne le ministère de la Sécurité intérieure.

Combien de temps faut-il pour déclencher l’alerte ?

Une fois que l’organisme responsable communique un message d’alerte à l’entreprise Pelmorex, celle-ci met « quelques secondes » à la transmettre aux diffuseurs télévisuels et radiophoniques ainsi qu’aux fournisseurs de réseau sans fil, explique Martin Bélanger, chef du service des alertes au public.

Le SVPM a demandé de lancer l’alerte environ une heure après le premier appel au 911 au sujet de coups de feu. Des passants rencontrés dans Côte-des-Neiges auraient aimé recevoir le message plus tôt. « Ç’a pris beaucoup trop de temps », déplore Renee Vanderwal, une résidante du secteur. « On aurait dû nous avertir dès qu’on a su qu’il y avait un tireur actif. » C’est le déploiement policier autour de la scène de crime qui l’a d’abord alertée.

Dès l’envoi de la première alerte à 12 h 34, le suspect avait été abattu ; la menace avait déjà été jugulée, mais les autorités ne le sauront qu’a posteriori. Le SPVM a longtemps pensé qu’il y avait un deuxième tireur.

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