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Le Togo prépare un nouveau rebasage de son PIB, attendu d’ici à fin 2026

(Togo First) – Le Togo s’apprête, une nouvelle fois, à redéfinir la mesure de son économie. En présidant, le mardi 30 juin à Lomé, la treizième session ordinaire du Conseil national de la statistique (CNS), la ministre Sandra Ablamba Johnson, secrétaire générale de la Présidence du Conseil, a confirmé un rebasage des comptes nationaux attendu d’ici à fin 2026. L’exercice actualisera l’année de base du calcul du produit intérieur brut (PIB) pour y intégrer des activités aujourd’hui mal captées. « Il n’y a pas de gouvernance crédible sans données fiables », a fait valoir la ministre, plaidant pour des statistiques « actuelles, désagrégées et de qualité » afin de piloter la Feuille de route gouvernementale 2026-2031 qui promet de doubler le niveau de vie réel des Togolais à l’horizon 2040.

Un deuxième rebasage en six ans

L’opération n’a rien d’inédit. En septembre 2020, le conseil des ministres avait déjà validé un premier rebasage, fruit de travaux lancés en 2018. Le Togo avait alors migré du Système de comptabilité nationale (SCN) 1993 au SCN 2008 et retenu 2016 comme nouvelle année de base, en remplacement de 2007. Le PIB de 2016 avait bondi de 2618,1 à 3597,8 milliards FCFA, soit une réévaluation finalement chiffrée à 37,4 % par l’INSEED. C’est cette base 2016 que la nouvelle opération, adossée au cinquième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5) mené fin 2022, doit à son tour remplacer.

Les standards internationaux ne disent pas autre chose.  Le SCN 2008 des Nations unies recommande d’actualiser l’année de base tous les cinq ans, afin que les comptes suivent les mutations de l’économie. « Avec une base 2016 désormais vieille de dix ans, le Togo accuse un retard sur cette périodicité et se trouve amplement fondé à remettre l’ouvrage sur le métier », confie un économiste togolais, proche du dossier. 

Ce que change un rebasage

Rebaser, c’est recalculer le PIB à partir d’une année de référence plus récente, en y incorporant des activités émergentes ou insuffisamment mesurées, à commencer par un secteur informel très présent dans l’économie togolaise. Mécaniquement, la richesse mesurée s’élargit, ce qui améliore les ratios rapportés au PIB.

La nouvelle mouture s’inscrit dans une vague de rebasage que connaît la sous-région. Les huit États de l’UEMOA ont tous rebasé leurs comptes, certains à plusieurs reprises. Le Bénin vient de récidiver en juin 2026, portant son PIB 2023 à 14 020 milliards FCFA (+25,2 %) sur une base 2023 qui remplace celle de 2015. Au-delà de l’Union, le Nigeria a rebasé deux fois en une décennie : de 89 % en 2014, un bond qui l’avait sacré première économie du continent, puis de 34,4 % en 2025, en faisant passer son année de base de 2010 à 2019.

L’effet sur les ratios est loin d’être théorique. Le rebasage togolais de 2020 avait fait passer le taux d’endettement du pays de 68,3 % à 51,9 % du PIB pour 2019, tout en dégonflant le déficit rapporté à la production. Le PIB béninois de 2015 avait de même été réévalué de 36,4 %, celui du Niger de 33,3 %, celui du Sénégal de 29,6 %. Selon une étude de la Commission de l’UEMOA, cette rénovation des comptes a partout réduit les ratios de déficit et d’endettement, tout en abaissant le taux de pression fiscale.

Un signal qui prolonge le reclassement du Togo

L’annonce tombe quelques jours après un basculement statistique majeur. Le 1er juillet 2026, la Banque mondiale a fait sortir le Togo du groupe des pays à faible revenu pour le classer parmi les économies à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, seul pays au monde à franchir ce seuil cette année. Ce reclassement, calé sur un plancher de 1136 dollars de revenu national brut par habitant, doit beaucoup au RGPH-5, qui a révisé la population à la baisse de 11,7 % et relevé d’autant la richesse par tête. Côté conjoncture, l’INSEED situe le PIB nominal au-dessus de 6919 milliards FCFA en dernière estimation, pour une croissance réelle de 6,3 %, tandis que le FMI a reclassé le pays parmi les États à « forte capacité d’endettement ».

Le revers de la médaille

Un PIB plus important flatte les ratios budgétaires mais en fragilise un autre.  Le taux de pression fiscale, déjà sous la norme communautaire de 20 %, avait chuté de 20,8 % à 13,6 % en 2019 après le précédent rebasage. II devrait donc reculer une nouvelle fois, alors que le Togo s’est justement engagé, dans le cadre de son programme avec le FMI, à renforcer la mobilisation de ses recettes intérieures. Le rebasage éloignera ainsi un peu plus, sur le papier, l’objectif communautaire de 20 %.

Mais surtout, le rebasage ne touche pas au nerf de la guerre : le service de la dette. S’il fait reculer le ratio dette/PIB, il ne change en rien ce que l’État doit rembourser.  Le pays n’a d’ailleurs amorcé que récemment la décrue de son endettement, revenu de 72 % du PIB en 2024 à 65 % à la mi-2025, avec un déficit ramené à 3,2 % en 2025 et un risque de surendettement réévalué de « élevé » à « modéré » par le FMI. Un desserrement obtenu par la consolidation réelle, non par un changement d’année de base, rappellent les autorités togolaises. 

Fiacre E. Kakpo

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