Tour de France | Tadej Pogačar assomme déjà ses rivaux

Quelqu’un est-il surpris ? À la toute première occasion en haute montagne, Tadej Pogačar a assommé tous ses adversaires au Tour de France, remportant en solo la sixième étape après une autre attaque dévastatrice dans le fameux col du Tourmalet, jeudi.
Publié hier à
14 h 52
Cette 23e victoire à la Grande Boucle a permis au champion mondial de reconquérir le maillot jaune ayant brièvement appartenu au pauvre Norvégien Torsten Traæen (Uno-X), lâché tôt dans le Tourmalet et ensuite victime d’une sévère chute dans la descente après un contact avec un coéquipier.
Pogačar a surtout repoussé son meilleur ennemi Jonas Vingegaard à plus de deux minutes et demie au classement général. Les autres principaux favoris – dans l’ordre Remco Evenepoel, Paul Seixas et Florian Lipowitz – accusent désormais un retard dans une fourchette de 3 min 30 s à 4 min. Autant dire qu’un monde les sépare déjà du meneur.
Pour couronner le tout, le jeune Isaac del Toro, nouveau maillot blanc, pointe au troisième échelon après avoir lui-même mis la touche finale au travail de rouleau compresseur des UAE Team Emirates XRG. Le Mexicain de 22 ans avait lui-même déjà fait craquer les autres prétendants quand Pogačar s’est envolé à 4,7 km du sommet du Tourmalet et à 43 km de l’arrivée au majestueux cirque de Gavarnie. Le Slovène lui a même dit qu’il n’avait pas besoin d’aller si vite à ce stade de la course… Pour bien faire, del Toro a sprinté pour la troisième place afin de grappiller les quatre secondes de bonification aux dépens d’Evenepoel (Red Bull-Bora).
Manifestement, Pogačar n’avait rien à faire de cette version légère du programme pyrénéen, peut-être conçu ainsi pour éviter les trop grands écarts avant la traversée du Massif central et des Alpes. Dixième au général, le vaillant Tchèque Mathias Vacek (Lidl-Trek), que l’on a vu accompagner le champion mondial sur un bout d’étape au Tour de Suisse, a déjà concédé plus de sept minutes, du jamais vu à ce stade de l’épreuve en 20 ans.
Pour le suspense, on repassera. Peut-on pour autant reprocher à Pogačar, qui s’est réveillé à 7 h excité comme un gamin le matin de Noël, d’être trop… bon ? Ou trop gourmand ? L’occasion était là, il se sentait fort, il y a un cinquième Tour à gagner pour rejoindre Anquetil, Merckx, Hinault et Induraín.
À ce sujet, le grimpeur britannique Adam Yates, dernier à s’écarter devant del Toro après avoir pris le relais de Brandon McNulty et Felix Großchartner, a énoncé ce qui lui semblait un truisme :
« Si tu peux gagner sur le Tour de France, tu gagnes. Je pense qu’il n’y a pas une seule personne dans tout ce peloton qui ferait différemment, alors on essaye. La victoire n’est jamais garantie. Donc je pense qu’il faut saisir chaque occasion possible. Est-ce que vous, vous la donneriez [la victoire] ? Je sais à quel point c’est difficile de gagner. Je n’ai gagné qu’une seule fois sur le Tour, et vous le savez, si vous gagnez sur le Tour, ça peut faire votre carrière, alors on essaye quand on peut, et parfois ça paye, parfois non. »
Évidemment, Pogačar n’est pas à une victoire près au Tour, lui qui était justement trop heureux de céder sa première à Del Toro à la deuxième étape à Barcelone comme il l’avait fait au Grand Prix de Montréal au profit de McNulty en septembre dernier sur l’avenue du Parc. L’idée était surtout de commencer à tricoter ce qu’il souhaite être un cinquième maillot jaune à Paris le 26 juillet.
Il est encore tôt, mais aucune maille ne cède pour l’instant.
Vingegaard est là où il était attendu : bon deuxième en dépit d’une « journée très difficile ». Comme sa victoire sans trop forcer au Giro l’annonçait, le Danois affiche une excellente forme. Mais il doit déjà escompter une défaillance de Pogačar ou continuer d’essayer de trouver une façon originale de le faire vaciller pour espérer avoir une chance d’ajouter un troisième Tour à son riche palmarès. En l’absence du Belge Wout van Aert, resté chez lui pour soigner une grave infection du sang, les Visma-Lease a Bike ont tenté d’envoyer son volontaire compatriote Victor Campenaerts en éclaireur, mais la stratégie a fait patate.
PHOTO JEFF PACHOUD, AGENCE FRANCE-PRESSE
Jonas Vingegaard
Seixas, maintenant, le Français de 19 ans qui porte déjà tous les espoirs d’un pays en mal de champion depuis Hinault en 1985. Cinquième de l’étape, la recrue de Decathlon a fait très bonne figure dans le Tourmalet, au sommet duquel il a basculé en troisième place. À l’arrivée, il grommelait contre l’Américain Sepp Kuss, lieutenant de Vingegaard qu’il accusait d’avoir gâché son sprint, démonstration de son caractère ultra-compétitif.
Pogačar a récemment dit qu’il devait se dépêcher de gagner avant que Seixas ne le remplace à titre de glouton du peloton. Sa présence sur le Tour, dont il est le plus jeune coureur depuis 1937, a fait l’objet de tous les débats. Il est encore tôt dans cette première course de trois semaines pour lui, mais il a manifestement le niveau pour tenir son bout parmi les tout meilleurs.
Ses bandages aux coudes rappellent néanmoins sa récente chute à 70 km/h au Tour Auvergne-Rhône-Alpes qui a failli compromettre sa participation. Difficile de ne pas penser que sa mise à l’arrêt de quelques jours n’a pas affecté sa préparation. La victoire au sprint de son coéquipier Olav Kooij à Pau mercredi est peut-être la meilleure nouvelle qu’il pouvait recevoir : la pression a baissé de trois crans au sein de l’ambitieuse formation Decathlon.
Le non moins ambitieux Evenepoel ne peut se comparer à Pogačar ou Vingegaard dans les ascensions, mais le Belge a continué de se battre jusqu’à l’arrivée. Le bouillant double champion olympique s’est encore impatienté en houspillant Juan Ayuso et Mattias Skjelmose, les deux meneurs de Lidl-Trek dont il reprochait l’absence de contribution dans la poursuite sur Vingegaard.
Peut-être Evenepoel était-il aussi chatouillé par le fait que son coéquipier Lipowitz, troisième l’an dernier, s’était montré un poil supérieur dans le Tourmalet ? À l’arrivée, il s’est plutôt plaint à la chaîne que l’Allemand ne l’avait pas aidé à lancer son sprint, rappelant qu’il s’était mis à son service au Tour de Catalogne. Bonjour l’ambiance chez Red Bull, dont on ne sait pas qui d’Evenepoel ou Lipowitz est le véritable leader, du petit lait pour leurs rivaux.
Alors, on ferme les livres et on déplace toute notre attention vers le Tour d’Autriche, où Hugo Houle (Alpecin-Premier Tech) monte en régime ? Bien sûr que non. Trop de belles étapes encore au programme, plus de 40 000 mètres à escalader et un monumental champion à admirer en attendant son retour au Québec en septembre pour les Grands Prix et les Championnats du monde.
Le top 10 de la sixième étape
- 1. Tadej Pogačar (SLO/UAD) les 186,2 km en 4 h 32 min 7 s (moyenne : 41,1 km/h)
- 2. Jonas Vingegaard (DEN/TVL) à 2 min 38 s
- 3. Isaac del Toro (MEX/UAD) à 2 min 57 s
- 4. Remco Evenepoel (BEL/RBH) à 2 min 57 s
- 5. Paul Seixas (FRA/DCT) à 2 min 57 s
- 6. Florian Lipowitz (GER/RBH) à 2 min 57 s
- 7. Juan Ayuso (ESP/LTK) à 2 min 57 s
- 8. Mattias Skjelmose (DEN/LTK) à 2 min 57 s
- 9. Lenny Martinez (FRA/TBV) à 3 min 2 s
- 10. Sepp Kuss (USA/TVL) à 3 min 6 s
Le top 10 du classement général
- 1. Tadej Pogačar (SLO/UAD) 21 h 11 min 57 s
- 2. Jonas Vingegaard (DEN/TVL) à 2 min 42 s
- 3. Isaac del Toro (MEX/UAD) à 3 min 27 s
- 4. Remco Evenepoel (BEL/RBH) à 3 min 30 s
- 5. Juan Ayuso (ESP/LTK) à 3 min 34 s
- 6. Paul Seixas (FRA/DCT) à 3 min 55 s
- 7. Florian Lipowitz (GER/RBH) à 4 min
- 8. Lenny Martinez (FRA/TBV) à 4 min 21 s
- 9. Mattias Skjelmose (DEN/LTK) à 4 min 57 s
- 10. Mattias Vacek (CZE/LTK) à 7 min 10 s




