News CA

Entrevue avec Jean Leloup | « Salut, je suis là ! »

Quelques heures avant la première représentation du spectacle hommage du Cirque du Soleil à Jean Leloup, le roi Ponpon en personne a pris le temps de discuter avec La Presse. Est-ce qu’il sera présent à l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières pour la première de Paradis perdus ? « Je sais pas, ça va dépendre… », nous dit Leloup, qui laisse planer le mystère.

Publié hier à
19 h 23

« Salut, je suis là ! » C’est par ces quelques mots que Jean Leloup amorce la discussion. Avec cette voix si familière qu’on a l’impression de retrouver un vieil ami après des années d’absence… En ce mardi au ciel fâché, l’auteur-compositeur-interprète nous parle en faisant « une grande marche » dans les rues de Québec.

Avant de parler cirque ou musique, on n’a qu’une envie : prendre de ses nouvelles. Or donc, comment ça va, la vie, Jean Leloup ?

La vie tranquille, ça fait 15 ans à peu près que j’ai pas consommé. C’est tranquille, tranquille. Je compose de la musique, je joue de la guitare, je prends ça cool et je donne un coup de main à ma vieille mère. Santé tranquille, mais je fais pas d’exploits non plus.

Jean Leloup

Il reste que depuis sa série de spectacles donnés en 2015 et en 2016, après la sortie de Paradis City, on n’a plus vu Jean Leloup sur scène. Et c’est à peine si on l’a aperçu dans les rues de Montréal ou de Québec. Une absence qui n’a fait qu’alimenter le mythe entourant l’artiste aujourd’hui âgé de 65 ans. Comment l’artiste occupe-t-il son temps à présent ?

« Ça me tentait d’étudier plus la musique, répond-il. J’avais jamais fait ça, fallait que je gagne ma vie, que je fasse des shows, tout ça. Finalement, j’ai pris du temps, j’ai travaillé la guitare classique, j’ai appris la contrebasse, et puis je me suis mis à écrire des contes, avec des dessins, donc plein de petits projets que j’avais depuis très longtemps, mais que j’avais jamais le temps de faire. »

Résultat : des caisses de papier et des tonnes de musique, nous dit Leloup. « Mais j’ai pas réussi finalement, dit-il en riant. C’est difficile d’apprendre à jouer sur ces instruments, ça prend des années pour devenir bon. J’ai évolué, mais c’est dur. »

Hommage du Cirque

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le spectacle hommage du Cirque du Soleil lui fait plaisir. « C’est stressant, admet-il, mais ça me fait plaisir. J’ai entendu l’entrevue de la metteure en scène [Marie-Ève Milot] qui parlait d’un monde de marginaux, j’ai trouvé ça bon. Donc oui, je suis curieux de voir ce que ça va donner, mais comme un enfant qui regarde en mettant ses mains devant pour ne pas regarder… »

Il est donc possible qu’il soit présent à la première de ce mercredi soir, mais il n’est pas encore décidé. « Sinon, j’irai à un autre moment, c’est sûr. Les premières, c’est parfois un peu overwhelming… »

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Jean Leloup ne savait toujours pas s’il serait présent à la première de Paradis perdus, mercredi soir, au moment de parler à La Presse, mardi.

Jean Leloup a déjà vu le Cirque du Soleil en spectacle, mais aux débuts de la compagnie. « Les grosses foules, c’est pas pour moi », tranche-t-il. N’empêche. Il associe le cirque à l’enfance. Quand il avait 8 ans, il faisait du camping avec ses parents dans le sud de la France. Ils s’étaient arrêtés pour voir un spectacle de cirque ambulant, comme il s’en faisait en Europe, avec les grosses remorques.

Je me souviens d’un géant qui portait une fille magnifique sur ses épaules, pis qui la lançait dans les airs. Je me disais : c’est donc ben le fun leur vie, eux autres. J’en revenais pas.

Jean Leloup, à propos d’un cirque ambulant vu quand il était enfant

De Paradis perdus, il n’a rien vu ni entendu. Ni enchaînement ni extrait audio. L’équipe de création du Cirque avait carte blanche. Sa seule demande : la présence d’un corbeau. Un vœu qui a été exaucé. Mais pourquoi, au fait, un corbeau ? « Pour moi, ça évoque le souvenir d’une corneille apprivoisée qui avait passé la journée sur mon dos en camping, quand j’étais enfant… »

Dans son esprit, le cirque représente justement ça : « l’enfance et la liberté ». « L’humain est pas nécessairement fait juste pour être assis devant un computer, laisse tomber Leloup. Quand c’est poétique, c’est beau en maudit. » On ne le contredira pas.

Retour sur scène ?

À travers tout ce projet du Cirque, Jean Leloup nous parle de son affection pour les musiciens et de leur apport dans le processus créatif, que ce soit au cirque ou sur une scène musicale. « Moi, je suis pas un musicien, affirme-t-il, je suis un écriveux de chansons. J’ai le sens de la mélodie, mais la capacité d’entendre plusieurs sons en même temps, j’ai pas ce talent-là. »

Est-ce qu’il s’est glissé incognito sur la place des Festivals pour assister au spectacle hommage des Francos qui soulignait les 30 ans de son album Le dôme ? « Non, mais j’ai appelé mes chums, pis ils m’ont dit que c’était bon. Quand je regarde les gens chanter mes tounes, je viens stressé… »

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Jean Leloup est « l’hommagé » du nouveau spectacle du Cirque du Soleil à Trois-Rivières : Paradis perdus.

Après toutes ces années d’absence, est-ce que la scène lui manque ? « Non, pas vraiment, répond Leloup. Quand j’en fais, j’aime ça. Mais moi, mon vrai fun, c’est d’écrire des chansons, de jouer de la guitare, tranquille. Je m’installe dehors sur un balcon ou dans une forêt, du moment qu’il y a des arbres, c’est ça mon fun. C’est ça ma job. Faire des shows, c’est correct, mais quand ça fait 20 fois que je fais un spectacle, c’est correct, tsé… »

Pour expliquer son absence, il nous parle d’un problème d’acouphène, qui l’a longtemps empêché de chanter « juste ». « Mais là, ça va mieux, nous assure-t-il. C’est vrai que ça fait un bout… Je compose à mesure, pis à un moment donné ça va peut-être me pogner, un album pis des shows. Pour l’instant, ça m’a pas pogné. »

Et les quelques chansons qu’il a composées au cours des dernières années, de quoi parlent-elles ? Qu’est-ce qui interpelle Jean Leloup aujourd’hui ? « Les thèmes sont toujours un peu les mêmes, nous dit Leloup. Ce qu’on a à l’intérieur ne change pas. »

Il évoque l’amitié, le mystère de la vie et de la mort, la solitude aussi. « L’humain est pas compliqué, au fond. Des petites bêtes avec deux bras, deux jambes, pis on aimerait ça que la vie soit cool. Mais on vit dans un monde où tout est plus tough. Ça trahit quelque chose qui est important. Comment on fait pour garder la tête hors de l’eau ? Pour pas devenir une machine ? Pour garder ce qui est beau ? On est sur la terre, mais on comprend pas pourquoi. Il faut rester en contact avec notre nature. »

Malgré tout ce qu’il a écrit sur le thème de la mort, Jean Leloup est aujourd’hui attiré par la lumière. « C’est tellement beau, l’univers, illustre-t-il, que notre cœur essaie de nous parler pendant qu’on tente de survivre. C’est ce que je me souhaite pour la suite : de voir ce qui est beau. »

Paradis perdus est présenté du 15 juillet au 15 août à l’amphithéâtre extérieur Cogeco de Trois-Rivières.


Consultez la page de l’évènement

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button