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Je déteste Donald Trump

Je n’aurais jamais pensé détester autant les Américains.

Publié hier à
16 h 00

Je m’interdis de traverser la frontière. J’évite encore d’acheter des produits américains, autant que faire se peut. J’annule les parties d’échecs qui me sont proposées par Chess.com quand l’adversaire est américain.

Lundi soir, j’ai commencé à visionner ce que j’appelle un « film de gars », avec hélicoptères, mitraillettes, gros bras et tout ; une fois n’est pas coutume. Or, j’ai tout abandonné, après quelques minutes, quand l’ex-chef militaire à l’écran vantait le système américain et sa démocratie pour défendre la patrie. Pu capable du drapeau américain.

Oui, je sais, ce ne sont pas les Américains, c’est Donald Trump. Mais Trump, c’est tout de même les républicains, qui sont plus de 80 % à appuyer leur monarque. Et les républicains, c’est beaucoup d’Américains.

Je déteste la manière de parler de Trump, ses publications en majuscules, sa pseudo-façon de négocier, sa négation de la science, notamment en environnement, son narcissisme, son enrichissement éhonté en contournant les règles, sa volonté d’écraser les autres, ses décisions qui font souffrir des millions de personnes, que ce soit à Cuba, à Gaza, en Iran ou en Afrique.

Oui, je sais, ce ne sont pas les Américains, c’est Donald Trump et ses acolytes, qu’ils s’appellent Vance, Lutnick, Rubio ou Kennedy. J’ai même de bons amis américains qui détestent Trump et sa gang autant que moi, comme ils détestent cette moitié du peuple américain qui a rendu possible leur élection. Ils ont honte. Affreusement honte.

Mais si Trump est au pouvoir, c’est tout de même grâce au système démocratique que vénèrent les Américains, grâce à sa constitution qui confère aux citoyens le droit de porter une arme et qui normalise donc la violence, grâce à son système d’éducation qui produit moins de diplômés postsecondaires (51 %) qu’au Canada (63 %) et beaucoup d’adolescents faibles⁠1.

Plus le temps passe, plus Trump et les Américains se font ridiculiser, partout sur la planète, comme la fois où les joueurs de foot belges, après avoir planté l’équipe américaine, ont imité Trump en train de danser.

Au cours des derniers mois, l’administration américaine a d’ailleurs été humiliée comme jamais. Rappelez-vous ce voyage de la délégation américaine en Chine, au mois de mai, auquel plusieurs patrons de multinationales américaines ont été forcés de participer. Résultat des courses : aucun gain réel, que de faux sourires chinois.

Trump pensait-il vraiment que les fiers Chinois, après des mois d’invectives, seraient ravis de conclure des ententes avec les Américains, ravis de lever les obstacles de leur grand marché ? Le rendez-vous a plutôt eu l’air d’un gros pied de nez du président chinois, Xi Jinping. Allez vous faire foutre.

Scénario différent en Iran, mais avec le même résultat humiliant : plutôt que d’anéantir facilement l’Iran, les Américains se sont englués dans ce conflit, gaspillant 37,5 milliards de dollars américains, si bien que l’inflation reste élevée aux États-Unis – qui s’ajoute à l’effet des droits de douane – ce qui fait souffrir le peuple.

Et dimanche, nouvelle séance d’humiliation publique pour les Américains, quand Donald Trump s’est fait éjecter du cadre de la photo par les joueurs espagnols et par le président de la FIFA, Gianni Infantino. Gros malaise vu par des milliards de téléspectateurs.

Je déteste Donald Trump. Je déteste sa bêtise quand il attribue nos incendies de forêt à notre mauvaise gestion, alors que l’intensité accrue de telles catastrophes, c’est archi documenté, s’explique par le réchauffement climatique.

Sa menace d’imposer des droits de douane pour nous punir de la boucane m’a d’autant plus dégoûté que Trump a abrogé l’essentiel des mesures de lutte contre le réchauffement. Et que selon un tout récent livre choc, Trump a manigancé avec les dirigeants d’ExxonMobil, Chevron et autres dirigeants pétroliers, en mars 2025, pour bafouer les règles et polluer davantage⁠2.

Et voilà que lundi, Trump annonce de nouveaux droits de douane de 50 % sur une multitude de produits canadiens, qui auront pour effet d’affamer nos entreprises et de nuire aux Américains. À l’évidence, l’utilisation d’une nébuleuse loi de 1930 pour imposer ces nouveaux droits a pour objectif de faire plier le Canada dans les négociations de renouvellement de l’ACEUM.

Je déteste Donald Trump, vous l’avez compris. Heureusement, le règne du dictateur de 80 ans ne durera pas éternellement. Les élections de mi-mandat, l’automne prochain, pourraient faire dégonfler ses pouvoirs, espérons-le.

Il faudra toutefois plusieurs années pour réparer les dégâts mondiaux que causent Donald Trump et son équipe, et de nombreuses années pour que les Américains retrouvent la confiance de leurs opposants dans les relations internationales.

1. Chez les 25-64 ans, les États-Unis comptent moins de diplômés postsecondaires que le Canada (51 % contre 63 %), notamment en raison du moins grand nombre de diplômés d’enseignement tertiaires de cycle court qu’au Canada. Le système américain produit aussi plus d’élèves très faibles au secondaire (14,8 %) que le système canadien (8,1 %). Pour ce qui est des diplômés universitaires de baccalauréat ou de cycle supérieur, la proportion est de 41 % aux États-Unis contre 37 % au Canada, selon les plus récents chiffres de l’OCDE.


2. Lisez l’article « An Extraordinary White House Meeting » du New York Times (en anglais ; abonnement requis)

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