Nouveaux droits de douane américains | Une réplique précipitée serait « contre-productive », dit Carney

(Ottawa) « Tout est sur la table », mais montrer ses cartes trop tôt pourrait coûter cher. Le premier ministre Mark Carney a déclaré jeudi que la réplique canadienne à la nouvelle surtaxe américaine de 50 % sur des centaines de produits canadiens « dépendra du résultat des négociations » avec Washington.
Publié à
9 h 38
Mis à jour à
16 h 36
« Si ces droits de douane ou autres mesures entrent en vigueur, il n’est pas nécessaire de réagir en avance. En fait, je pense qu’il serait contre-productif, à ce stade, de réagir prématurément », a déclaré M. Carney, lors d’un point de presse au terme de la rencontre des premiers ministres canadiens.
Dans les derniers jours, certains premiers ministres provinciaux, dont l’Ontarien Doug Ford, ont revendiqué une réplique canadienne féroce et que le premier ministre leur montre un plan pour éviter que d’autres droits de douane soient mis en place par la Maison-Blanche.
Mark Carney a souligné que le Canada dispose « de tout un éventail de possibilités » s’il souhaitait répliquer aux Américains.
Ce qui est évident, c’est que l’administration américaine remarque que le Canada est en train de créer des relations plus étroites avec d’autres économies comme l’Union européenne, les Anglais et les grandes économies de l’Asie.
Mark Carney, premier ministre du Canada
L’administration du président Donald Trump a annoncé plus tôt cette semaine une nouvelle surtaxe de 50 % sur près de 28 milliards de dollars d’importations en provenance du Canada, soit 5 % des exportations de marchandises vers les États-Unis et environ 0,8 % du produit intérieur brut (PIB) canadien. Ces droits de douane, qui pourraient entrer en vigueur le 19 août, s’appliqueraient aussi à des produits qui étaient jusqu’ici protégés par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
Les Américains disent avoir procédé en guise de riposte aux interdictions visant l’alcool américain qui a disparu des tablettes dans une majorité de provinces canadiennes en réponse à la guerre tarifaire lancée par le président Trump contre le Canada à l’hiver 2025. Washington en a également contre système canadien de gestion de l’offre dans le secteur laitier et aux quotas imposés sur certains véhicules américains.
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a dit avoir demandé au premier ministre Carney un accès au plan de négociation commerciale du fédéral avec les États-Unis.
PHOTO DARREN CALABRESE, LA PRESSE CANADIENNE
Mark Carney et Christine Fréchette à Charlottetown, jeudi
« Les décisions qui vont être prises par le gouvernement canadien vont avoir un impact important sur notre économie, alors je demande que le Québec soit informé et associé à la stratégie canadienne », a-t-elle déclaré dans une vidéo diffusée en ligne.
Mais au terme de cette rencontre des premiers ministres à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, un message d’unité – encore – a été entonné par M. Carney et ses homologues.
Le premier ministre, qui a réitéré que son gouvernement allait augmenter la cadence dans ses négociations commerciales avec les États-Unis, soutient que la priorité dans la réplique canadienne demeure de bâtir une économie nationale plus forte et plus résiliente aux chocs des décisions en provenance du sud de la frontière.
Les investissements annoncés ici au Canada, c’est 500 milliards de dollars. C’est énorme. Ce sont de vrais projets que nous avons créés pendant les 18 derniers mois et nous venons de commencer.
Mark Carney, premier ministre du Canada
Les premiers ministres canadiens se sont targués d’avoir abaissé des barrières interprovinciales au commerce et d’avoir augmenté par milliards de dollars l’activité économique au pays. Mais la menace américaine a occupé la plupart des conversations. Il s’agissait d’une cinquième rencontre des premiers ministres en personne et d’une quatorzième au total depuis mars 2025.
Il devait être question d’accords commerciaux et notamment des éventuels traités de libre-échange avec l’Inde, la Thaïlande, les Philippines et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE). Mais la réplique canadienne face aux nouveaux droits de douane était sur toutes les lèvres.
M. Carney a d’ailleurs évoqué une aide du fédéral aux travailleurs et entreprises touchés par les droits de douane américains, ce que demandait d’ailleurs la première ministre du Québec, Christine Fréchette.
Les prochaines semaines seront importantes. Mon gouvernement sera au rendez-vous pour protéger notre économie, nos travailleurs et nos emplois.
Christine Fréchette, première ministre du Québec
Par ailleurs, si le Canada n’a pas conclu d’entente à ce jour avec les Américains, c’est que le gouvernement canadien souhaite que Washington retire tous les droits de douane qu’il applique aux industries canadiennes comme l’acier, l’aluminium, le bois et l’énergie.
« Nous intensifions nos négociations avec les États-Unis en vue de parvenir à un accord global qui couvre tous les secteurs concernés par les droits de douane », a dit M. Carney.
Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a dit dans les derniers jours qu’il aimerait présenter « avant la fin de l’année » des options aux dirigeants américain, canadien et mexicain pour en venir à d’éventuelles ententes « intérimaires » au sujet de l’ACEUM. Cela signifie qu’un accord sur le renouvellement de l’ACEUM d’ici 2027 semble improbable. Le gouvernement canadien répète depuis des mois qu’il souhaite avoir un accord « global » et non plusieurs petits accords.



