Dossier | Incendies de forêt en France | Alerte rouge feu (2 articles)

Au milieu de la fumée, les pompiers retournent frénétiquement le sol avec leurs pelles, pour venir à bout des braises encore fumantes. Çà et là, des flammes jaillissent encore de souches ou de troncs calcinés.
« Pendant que le temps n’est pas trop défavorable, on essaie de stabiliser le feu », explique le lieutenant Bruno Rolland, muni d’un masque FFP2 pour ne pas respirer de cendres. Il faut faire vite : dès ce mardi, une nouvelle canicule devrait s’abattre sur la France.
PHOTO RAFAEL MIRÓ, COLLABORATION SPÉCIALE
Bruno Rolland
Aidé par la chaleur, le feu pourrait rapidement reprendre de sa vigueur et continuer sa course, à trois kilomètres à peine de la banlieue de Bordeaux. Pour éviter de nouveaux départs de feu, il y a des dizaines de kilomètres de lisière à stabiliser.
« Avec la baisse de l’hygrométrie [l’humidité], je suis très pessimiste sur ce qui pourrait se passer dans les prochains jours », craint Rémi Malet, commandant des pompiers de la banlieue de Cestas, où se trouvent les hommes de Bruno Rolland. « Ça ne brûlera pas jusqu’au centre de Bordeaux… mais dans la périphérie, comme ici, il y a de vrais risques. »
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Rémi Malet
Dimanche, c’est à cause d’un « orage de feu » que l’incendie a brusquement changé de direction et s’est rapidement rapproché du sud de Bordeaux, fonçant vers la banlieue pavillonnaire de Cestas.
C’est la première fois qu’un feu si dangereux se rapproche autant de la ville de Bordeaux.
Rémi Malet
Six jours après son départ, l’incendie historique qui a brûlé 42 000 hectares en Gironde n’a toujours pas été fixé.
Quelque 2750 pompiers sont mobilisés pour lutter contre l’incendie, la plupart dépêchés d’autres départements, en plus des policiers et des militaires déployés pour aider à évacuer les villes touchées.
Pas moins de 220 000 civils ont déjà dû être évacués et relogés d’urgence, soit davantage que la population de villes québécoises comme Trois-Rivières ou Sherbrooke. Selon la formule du journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, il s’agit du « plus grand exode [en Europe de l’Ouest] depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».
Des pins devenus une poudrière
Autour des pompiers, les pins se serrent en rangs parfaitement droits : depuis le XIXe siècle, ils sont cultivés dans la région pour leur résine et leur bois. Mais aujourd’hui, avec les canicules qui se multiplient, ils forment autour de Bordeaux une véritable poudrière.
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Un pompier en action
Près de Cestas, le feu est passé en brûlant seulement la végétation au sol, laissant les aiguilles des pins desséchées, mais intactes – ce qui pose un risque. « Si le feu parvient à embraser les aiguilles des pins, ça crée un feu particulièrement puissant », explique Rémi Malet.
Ces « feux de cimes », comme celui qui a donné du fil à retordre aux pompiers de Cestas dimanche, sont si intenses qu’ils peuvent entraîner des « orages de feu ». « Le feu crée son propre vent, il peut avancer à 4000 mètres par heure », détaille Rémi Malet, qui a lui-même combattu ce phénomène dans les derniers jours.
« On voyait les flammes passer au-dessus de nos têtes, on a dû se réfugier dans nos camions, raconte le commandant. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est de voir les maisons prendre feu d’un coup… on ne pouvait rien faire. »
Jusqu’ici, 240 habitations ont été détruites, selon le bilan officiel. La plupart se trouvent près de la célèbre station balnéaire du Cap Ferret.
Dans la nuit de dimanche à lundi, une averse de quelques millimètres a ralenti la progression de l’incendie, au grand soulagement des pompiers. Mais à cause de la vague de chaleur à venir en France, ce répit risque d’être de courte durée.
Ailleurs dans le pays, d’autres incendies continuent de se déclencher à un rythme inhabituellement élevé à cause des vagues de chaleur successives et de la végétation très sèche. Les ressources sont déjà très mobilisées, à l’image des avions Canadair qui n’ont été que 2 à avoir été déployés la fin de semaine dernière en Gironde, sur les 12 normalement disponibles.
Bénévoles à la rescousse
Les pompiers peuvent compter sur l’aide de nombreux bénévoles, et sur celle d’habitants déterminés à défendre leurs habitations. À un kilomètre du terrain boisé où les pompiers arrosent le feu, des dizaines d’engins agricoles et de camionnettes les attendent sur le bord de la route. Équipés de citernes ou de cuves plus ou moins adaptées, ils se relaient pour apporter aux pompiers des milliers de litres d’eau.
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Frédéric Périssin-Faubert
« S’ils n’étaient pas là, on devrait aller chercher notre eau beaucoup plus loin, ça nous fait gagner de précieuses minutes », s’émeut le pompier Frédéric Périssin-Faubert, en plongeant le tuyau de son camion dans le petit bassin rempli par les agriculteurs, avant de retourner combattre l’incendie.
Près de lui, Didier Duc a parcouru plus de 300 kilomètres avec sa camionnette, à partir de son exploitation agricole en Charente-Maritime. « J’ai vu à la télévision que le feu avançait trop vite et que les pompiers étaient épuisés… j’ai voulu aider », indique simplement le sexagénaire.
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Didier Duc
« Il va y avoir de plus en plus d’incendies en France, ce serait fou de le nier », soupire Guillaume Poulon, un habitant de Cestas venu lui aussi aider les pompiers avec sa camionnette. Sylviculteur à la retraite, comme son père et son grand-père avant lui, il a passé sa vie à s’occuper des terrains boisés autour de Cestas.
« C’était une bonne idée à l’époque de cultiver le pin comme ça, mais avec les changements climatiques, dans les prochaines années, on va peut-être devoir s’adapter, regrette l’homme de 75 ans. En tout cas, quand on va voir ce que le feu a détruit dans les prochains jours, on va pleurer. »




