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Divorce entre millionnaires | Le juge refuse d’accorder 220 millions à l’ex-épouse

Une « guerre sans merci ». Une « guérilla judiciaire ». C’est par ces épithètes guerrières qu’un juge décrit le divorce acrimonieux d’un richissime couple québécois. Malgré la conduite « répréhensible » de Monsieur, son ex-femme n’a reçu qu’une fraction des quelque 220 millions réclamés.

« Au-delà des millions de dollars laissés sur le champ de bataille, [les parties] se sont infligé des blessures et ont entraîné dans leur sillage de nombreuses victimes collatérales, au premier chef leurs enfants », a conclu le juge Bernard Jolin de la Cour supérieure, dans un jugement-fleuve de 191 pages rendu le mois dernier.

La Presse a suivi ce procès hors norme en 20251. Nous avons surnommé les parties Cédric et Mona pour faciliter la compréhension de l’histoire, puisque leur identité est protégée par la loi. C’est aussi pourquoi nous devons omettre plusieurs éléments du dossier.

Dix ans de litige. Un procès de 30 jours. Un registre judiciaire (plumitif) de 374 entrées. Des millions de dollars en honoraires d’avocats. Cette « bataille judiciaire » hors norme a sollicité « abondamment les précieuses ressources judiciaires », selon le juge Jolin.

Cédric et Mona ont fait vie commune pendant plusieurs années à partir des années 2000. Leur quotidien était « haletant ». Mona menait de front une « brillante carrière », alors que Cédric faisait atteindre de nouveaux sommets à ses entreprises. Des témoins l’ont décrit comme un homme « bouillant, impulsif et bagarreur ».

Si Mona était relativement fortunée, Cédric, lui, était immensément riche. Son patrimoine était dix fois plus élevé que celui de son épouse.

Leur train de vie était fastueux. Un manoir de 7000 pieds carrés. Un immense chalet sur le bord d’un lac. Des voyages en jet et dans des hôtels de luxe. Une armée d’employés à leur service : cuisinières, gouvernantes, femmes de ménage et chauffeurs.

Mais à leur rupture, dans les années 2010, les hostilités sont lancées. Cédric met même Mona en filature. C’est le début d’une décennie d’âpres litiges au cours de laquelle Cédric adopte une « conduite répréhensible » et un « comportement blâmable », conclut le juge.

Par exemple, énumère le juge, Cédric dépose des demandes par « malice », refuse de collaborer, s’en prend aux procureurs de Mona, critique et insulte son ex-femme et menace de poursuivre ceux qui aident financièrement celle-ci.

En outre, seul Cédric est l’« artisan de la guérilla judiciaire », a tranché le juge.

Après leur séparation, Mona vit des années de vaches maigres, notamment en raison de la rupture des relations d’affaires entre son entreprise et celle de Cédric. Ses revenus passent de 665 000 $ à environ 113 000 $ pendant plusieurs années. Leur divorce mène Mona au « bord de la faillite ». Elle s’y trouve d’ailleurs toujours. Quant à Cédric, son patrimoine a continué de bondir.

Pas de « coentreprise familiale »

Mona réclamait 220 millions à son ex-mari pour son apport « exceptionnel » à l’augmentation de la valeur du patrimoine de Cédric, grâce à ses conseils stratégiques. Selon elle, ils formaient une « coentreprise familiale », même si elle ne détenait pas de part de l’entreprise de Cédric et n’y jouait aucun rôle officiel.

Or, le juge Jolin a rejeté la thèse de Mona. Même si de nombreux éléments peuvent « militer » en faveur d’une coentreprise familiale, la preuve ne démontre pas que Mona a suffisamment contribué au succès de l’entreprise de Cédric. Ainsi, le juge a refusé de lui accorder les 220 millions. Précisons qu’elle réclamait 297 millions au début du procès, mais qu’elle a réduit cette somme en mars 2025.

Cependant, le juge reconnaît que Mona s’est appauvrie pendant la relation. Il lui a ainsi octroyé 650 000 $ pour « enrichissement injustifié », dont 300 000 $ pour ses services rendus à l’entreprise de Cédric et 350 000 $ pour son rôle « prépondérant » auprès des enfants et des résidences.

C’est d’ailleurs Mona qui a assumé « seule » la charge mentale associée aux enfants et aux responsabilités domestiques, alors que Cédric était loin du foyer, selon le juge.

« Cela dit, le Tribunal retient que le temps consacré par Madame au bénéfice de la famille ne l’a pas contrainte à suspendre sa carrière. Si cette réalité ne fait pas obstacle à une compensation, il faut en tenir compte dans la détermination du montant », affirme le juge.

L’explication de Cédric « pas crédible »

Alors que le procès était terminé, Mona a obtenu la réouverture de la preuve l’an dernier après avoir découvert que Cédric avait acheté une luxueuse résidence de 12 millions de dollars tout juste avant le procès en utilisant un prête-nom2.

À la barre, Cédric n’a pourtant rien dit à ce sujet ni sur l’achat d’une villa de 26 millions à Saint-Tropez, lorsqu’il a été interrogé sur ses propriétés.

Après coup, Cédric a tenté de justifier son silence en affirmant que son acquisition était un investissement, alors que la question ne portait pas sur cela. Une explication qui n’est « pas crédible », selon le juge.

« Il est pour le moins singulier qu’il énumère des propriétés acquises au fil des ans et dont il estime la valeur totale à 14 millions, tout en omettant deux résidences acquises dans les mois précédents pour une valeur combinée d’environ 38 millions », affirme le magistrat.

Le juge a également conclu que Cédric avait utilisé un prête-nom pour « dissimuler » son acquisition à Mona.

Ainsi, le juge a ordonné à Cédric de payer 1,2 million à Mona en « provision pour frais », afin qu’elle puisse payer une partie de ses frais d’avocats. Sa situation financière demeure néanmoins « critique », convient le juge, puisqu’elle a englouti 5 millions en honoraires.

Mona obtient aussi 1 million de dollars pour compenser les « difficultés économiques découlant de la fin de la vie commune ».

Finalement, le juge octroie 47 000 $ par mois en pension alimentaire au bénéfice des enfants du couple, et ce, malgré la majorité de l’un d’entre eux. À cela s’ajoutent 2 millions de dollars en arrérages de pension alimentaire depuis 2016.

Le juge convient que ces montants sont « importants » et « peuvent heurter », par exemple des dépenses de 20 000 $ par année en vêtements. Toutefois, les enfants ont le droit de bénéficier du même train de vie qu’avant la rupture de leurs parents, rappelle-t-il.

Le juge conclut sur une note d’espoir.

« Aujourd’hui, animé d’un optimisme teinté de candeur, le Tribunal se plaît à espérer qu’elles [les parties] panseront leurs plaies et sauront tourner la page sans s’attarder sur un passé aujourd’hui inaltérable, mais en profitant d’un avenir qu’elles ont la liberté de définir. »

Le jugement a été porté en appel par Mona. Il a toutefois été impossible de consulter l’avis d’appel, puisqu’il s’agit d’un dossier de divorce.

Ni Mona ni Cédric n’ont souhaité faire de commentaires.


1. Lisez l’article « Un divorce “extrêmement litigieux” qui monopolise le tribunal »


2. Lisez l’article « Une maison de 12 millions et une villa à Saint-Tropez relancent les hostilités »

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