Internationaux d’Australie | Le nouveau départ de Gabriel Diallo

Gabriel Diallo se dirigeait vers son site d’entraînement lorsqu’il a répondu à l’appel vidéo de La Presse. Assis sur la banquette arrière d’une voiture, le jeune homme de 24 ans donnait des instructions au chauffeur. C’était vendredi matin à Melbourne. Jeudi soir au Québec. Un peu plus de 48 heures avant que Diallo n’entame le premier tournoi majeur de sa carrière sans Martin Laurendeau, son entraîneur des cinq dernières années.
Publié à
5 h 00
Il y a un peu plus d’une semaine, Diallo a annoncé la fin de son association avec Laurendeau. Unis depuis la fin du stage de Diallo à l’Université du Kentucky, Laurendeau et le gentil géant se sont laissés en bons termes, précise le 41e joueur du classement mondial.
Il y a quelques semaines, les deux hommes se sont rencontrés pour discuter de leur avenir. Et selon Diallo, il valait mieux que leurs chemins respectifs empruntent des voies différentes. « Ce n’était pas facile », explique le Montréalais au sujet de ladite conversation.
C’est quelqu’un que j’ai vu plus que mes propres parents. Lui, il m’a vu plus que sa femme. On a passé beaucoup de temps ensemble.
Gabriel Diallo, à propos de Martin Laurendeau
« C’est quelqu’un qui a été vital dans ma carrière, dans ma vie personnelle. Ce n’était pas une conversation idéale, mais on pense que c’était dans l’intérêt des deux. »
Diallo nageait dans les eaux de la 1000e place du classement mondial lorsque Laurendeau l’a pris sous son aile. Depuis, le joueur de 6 pi 8 po n’a cessé de progresser, jusqu’à devenir l’un des plus beaux projets du tennis canadien. L’an dernier, Diallo a atteint la 33e place mondiale. Il a aussi remporté son premier titre sur le circuit ATP, à Bois-le-Duc.
« On a eu une belle run ensemble. Il m’a énormément aidé dans ma transition chez les professionnels. Ça s’est bien terminé. On s’entend encore très bien. Il restera toujours quelqu’un d’important pour moi et il restera proche de moi et ma famille. Je lui souhaite le meilleur. »
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
L’entraîneur Martin Laurendeau et Gabriel Diallo en 2023
Apprendre différemment
Dans la voiture, Diallo portait le maillot d’une équipe de soccer allemande. Il ignorait de quelle formation il s’agissait. Nous lui avons fait remarquer, cependant, que le chandail bleu et jaune représentait surtout les couleurs du pays natal de ses deux nouveaux entraîneurs, les Suédois Johan Örtegren et Jonas Björkman. Le premier a notamment entraîné Grigor Dimitrov. Le second a déjà trôné au sommet du classement mondial en double.
« Ils essayent de me convaincre que la Suède est une plus grosse nation de hockey que le Canada. On a un problème », lance Diallo en rigolant. Avec « une team full Suède », comme il l’a décrite, il y aura « une période d’adaptation ». Surtout que la saison commence avec un tournoi du grand chelem.
« Je suis conscient de ça, même si j’ai envie de performer, de bien jouer, de gagner plein de matchs et de monter dans le classement. Ça peut ne pas nécessairement être la réalité. Je suis conscient de cette période. »
Jointe au téléphone, Valérie Tétreault, la directrice de l’Omnium Banque Nationale, abonde dans le même sens. « Il ne faut pas sous-estimer la période d’ajustements que ça demande quand on fait un changement de coach. Ils auront peut-être une nouvelle philosophie. On ne veut pas complètement dénaturer le jeu de Gabriel, parce qu’il connaît beaucoup de succès et on connaît son jeu. C’est axé sur la puissance. »
Selon elle, comme lorsque de nouveaux gestionnaires prennent la relève d’une entreprise, « ils veulent montrer pourquoi ils ont été engagés et ils voudront ajouter leur petite touche. Mais s’il y en a un dans les dernières années qui ne cesse jamais de nous surprendre, c’est Gabriel. Sa plus grande qualité, c’est son esprit de combattant. Juste ça, ça l’amène à gagner de gros matchs ».
Le défi
Il y a 128 joueurs dans le tableau principal des Internationaux d’Australie. Et parmi tout ce contingent, le tirage au sort a déterminé que Diallo affronterait Alexander Zverev, troisième raquette mondiale, dès le premier tour. La rencontre aura lieu ce samedi soir, heure du Québec.
PHOTO WILLIAM WEST, AGENCE FRANCE-PRESSE
Alexander Zverev à l’entraînement à Melbourne, vendredi
Comme les joueurs de tennis détestent parler de leurs adversaires et de leurs stratégies avant un match, nous avons demandé à Diallo comment il se préparerait, hypothétiquement, s’il devait affronter un joueur du top 5 dès le premier tour d’un tournoi majeur.
Bien conscient de notre stratagème, Diallo a tourné sa tête de gauche à droite en répondant : « Je ne vois pas de quoi on parle ici. »
Plus sérieusement, le Québécois paraissait emballé par le défi qui l’attendait. Même si, sans surprise, il aurait préféré affronter un adversaire moins bien classé pour pouvoir commencer son tournoi graduellement.
« C’est un gros challenge, reconnaît-il. Mais c’est pour ça qu’on s’entraîne. C’est pour ça qu’on met les heures, surtout ici en Australie quand tout le monde revient de la présaison. Je vais jouer sur un plus gros terrain, il y aura une grosse atmosphère et je jouerai contre un joueur de très bonne qualité. Le défi est élevé, mais quand on prend notre première raquette à l’âge de 5, 6 ans et qu’on regarde les joueurs à la télé sur le gros central, on rêve d’y être. Et c’est là où je suis rendu. »
Son plan de match, donc, « c’est de kiffer, de prendre plaisir et de jouer un tennis de qualité ».
Commencer du bon pied
Zverev et Diallo n’ont jamais croisé le fer. En carrière, le Montréalais a perdu ses quatre matchs contre des joueurs du top 5. Trois fois, cependant, il a forcé son rival à jouer une manche ultime.
Et dans ce contexte, il sera difficile d’analyser ou de juger le résultat de Diallo. Surtout en Australie. Principalement parce qu’il existe deux manières d’évaluer le rendement des joueurs à ce tournoi.
PHOTO NATHAN DENETTE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
Gabriel Diallo
Certains diront qu’il s’agit du premier tournoi d’importance de la saison et que le tableau est grand ouvert, puisque les meilleurs joueurs ne sont pas encore tout à fait au niveau. D’autres avanceront que comme tout le monde repart à zéro et que la plupart des athlètes arrivent en santé, les meilleurs doivent montrer leur supériorité et l’emporter.
« À chaque tournoi du grand chelem, tout le monde veut performer. Mais on est au début de l’année. L’année est longue. Tu prends les matchs comme ils sont », note Diallo.
« Tu essayes de sortir des blocs de manière assez explosive et rapidement. Mais il ne faut pas non plus que je me prenne la tête si ça ne se passe pas comme je veux ou si je performe en dessous des attentes. L’année est longue, j’aurai plein d’occasions de pouvoir performer et d’aller chercher des matchs. »
En plus, Diallo ne pourra plus compter sur l’effet de surprise des dernières saisons. Il a grimpé au classement, les joueurs le connaissent et savent trop bien qu’avec sa puissance, il peut rivaliser avec des joueurs mieux classés.
Nouvelle année, nouvelle équipe, nouvelles attentes pour Diallo. « Donc j’ai hâte de voir où tout ça me mènera. »




