CAN 2025 I Sénégal – Maroc (Finale) : Neil El Aynaoui, mais qui peut le stopper ?

Imaginez un peu : 31 juillet 2021 – 18 janvier 2026. En même pas cinq ans, Neil El Aynaoui (24 ans) a joué son premier match professionnel avec Nancy (lors d’une débâcle face à Toulouse, 0-4, en Ligue 2, à l’été 2021). Il a rejoint le RC Lens, alors qu’il évoluait en National, pour 600 000 euros (été 2023). Il a découvert la Ligue 1 (septembre 2023), puis il a pris part à sa première rencontre de Ligue des Champions (novembre 2023, contre le PSV Eindhoven).
Pour signer dans un grand nom du football européen, l’AS Roma, à l’été 2025 (contre 23 millions d’euros). Connaître ses débuts sur la scène internationale avec le Maroc (face au Niger, en septembre dernier, 5-0). Pour, donc, disputer sa première grande compétition de sélection, avec cette CAN. Et être à 90 minutes, ou plus, de remporter le premier trophée de sa carrière. Et quel titre, ce serait. Tout ça en quatre ans et demi. Tout simplement remarquable, et fou. “Sa carrière est vraiment linéaire, applaudit Maxime Nonnenmacher, un de ses plus proches. Nancy, Lens, Roma, la sélection… C’est impressionnant. Il gravit les échelons à toute vitesse, c’est incroyable.”
Regragui : “Il nous est un peu tombé du ciel”
Il sera une des clés de cette sublime affiche de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations entre le Maroc et le Sénégal. Rien que de dire cette phrase ajoute à la trajectoire irréelle de Neil El Aynaoui. Depuis ses premiers pas avec les Lions de l’Atlas il y a quatre mois, le natif de Nancy s’est très, très rapidement imposé comme un incontournable de Walid Regragui. A tel point qu’El Aynaoui n’a tout simplement pas raté une seule minute de jeu depuis le match d’inauguration de cette CAN, face aux Comores. “Il devait venir, il ne devait pas venir, souriait Walid Regragui après la qualification du Maroc pour la finale, au sujet du choix de son poulain de rejoindre la sélection l’été passé. A un moment donné, avec mon ego, parce que j’ai aussi un ego, j’étais à deux doigts de dire, ça y est, c’est terminé.”
Regragui : “Avoir confiance en moi ne m’empêche pas de travailler”
Video credit: Eurosport
Regragui fait référence aux hésitations multiples d’El Aynaoui avant de donner son OK à son sélectionneur. Ce qui a pu tendre leur relation, au départ. “Neil est totalement libéré, argumente Maxime Nonnenmacher. Ce choix de la sélection, il attendait juste le bon moment, il ne voulait pas précipiter les choses, il voulait un statut en club, pour être plus légitime. Il s’est senti prêt. Maintenant, il profite.” Regragui poursuit : “Heureusement, je remercie Dieu de m’avoir calmé avec mon caractère de… Pour ne pas avoir fermé la porte, d’avoir pris du recul, d’avoir encore discuté avec lui, pour le convaincre de nous rejoindre. Parce que c’est vraiment une pièce très importante aujourd’hui, et il nous est un peu tombé du ciel.”
“Il n’est pas conscient de ce qu’il est en train de faire”
Quand on appelle Maxime Nonnenmacher, on sent même dans la voix de son pote un certain étonnement de tout ce qui est en train de se passer. “C’est fou ce qu’il est en train de faire, lance-t-il. C’est magnifique.” Nonnenmacher dévoile une conversation avec son ami après la qualification face aux Super Eagles nigérians. “On l’a eu au téléphone, même lui, il ne réalise pas. C’est vraiment dingue. Je pense qu’il n’est pas conscient de ce qu’il est en train de faire. Il nous a parlé de tout, de rien… Mais il va jouer une finale de CAN ! C’est impressionnant, il est dans sa bulle.” Un El Aynaoui par ailleurs très impressionné par la ferveur des supporters et l’ambiance, qui risque encore de monter d’un cran dimanche face au Sénégal. Il paraît évident qu’il va vivre la plus grosse ambiance de sa vie, devant un Lens-Arsenal en Ligue des Champions dans un Bollaert incandescent (2023), par exemple.
Mais la demi-finale contre le Nigeria a comme été une nouvelle étape franchie tant il a épaté tout le monde. Ancien coéquipier à l’AS Nancy-Lorraine, Gaëtan Bussmann a bien fait un constat qui illustre Neil El Aynaoui : “Quand on le voit faire les 120 minutes, et qu’il effectue des courses en profondeur à la 119e… Derrière, le tir au but inscrit, sans le visage marqué, avec lucidité et courage. Quand je l’ai connu à Nancy, il allait jusqu’au bout. Je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi endurant, qui pouvait répéter autant les efforts, tout en étant lucide.” Bussmann se souvient encore, bluffé, des résultats des tests athlétiques de l’époque.
Neil El Aynaoui en action lors du barrage aller de Ligue Europa entre Lens et Fribourg
Crédit: Getty Images
Pourtant, le défi physique était primordial face au Nigeria, mais… “Tu joues contre un milieu costaud, et, finalement, il contrôle ça, et on se dit, mais jusqu’où il peut aller ?, s’interroge Maxime, le pote. A chaque fois, quand il arrive à Lens ou à la Roma, on se demande : est-ce qu’il n’a pas atteint un plafond de verre ? Et il montre à chaque fois que non. Là, la CAN qu’il fait, c’est impressionnant. Il arrive, pas de temps d’adaptation, il performe direct, il est déjà un élément central. Avec le caractère d’aller tirer le tir au but en premier face au Nigeria. Cela montre une force de caractère et une personnalité énorme.”
Franck Haise : “L’homme est vraiment de grande, grande qualité”
Formé à l’ASNL, Neil El Aynaoui avait vécu une première partie de sa jeunesse à Barcelone (il avait débuté le foot à Gava, à côté de la capitale catalane). Il adorait Andrés Iniesta, mais n’avait jamais été voir un match au Camp Nou, à l’époque. Lui qui, évidemment, est issu d’une famille de sportifs. Avec, en tête, un père, Younes, ancien grand joueur de tennis (meilleur classement : 14e). “L’histoire est belle de prolonger l’histoire de son père, souligne Maxime Nonnenmacher. C’est quelque chose de beau.” “Tel père, tel fils, s’enthousiasmait encore Walid Regragui. Je me rappelle d’un match de son père, à l’US Open, contre (Andy) Roddick. Je pense qu’il a le même état d’esprit. On espère, Inch’Allah, que lui également ait un fils qu’il donne au Maroc, avec le même ADN.”
L’entourage, un avantage loué par tous nos intervenants. “Quand on a autant de qualités, d’intelligence, et quand on est bien entouré, en général, il se passe de bonnes choses”, promet Franck Haise, pour Eurosport. Gaëtan Bussmann ne dit pas mieux : “Je connais ses valeurs. Il est très respectueux, toujours à la recherche de conseil. Il a toujours fait les bons choix. A Rome, il a choisi un projet où le coach (Gian Piero Gasperini) colle parfaitement à ses qualités.”
Franck Haise revoit encore arriver à La Gaillette, le centre d’entraînement du RC Lens, ce jeune garçon qui ne connaissait pas la Ligue 1. Pas franchement surpris par ce qu’il voit devant sa télévision depuis décembre, celui qui a récemment quitté l’OGC Nice rembobine : “Même s’il y avait de la réserve de sa part au départ, il a tout de suite montré de très grosses qualités, beaucoup d’humilité, de soif d’apprendre. Pour un joueur très, très complet. Et, en plus, l’homme est vraiment de grande, grande qualité. Je ne suis pas étonné. Et je pense que ce n’est pas terminé.”
A l’image du leitmotiv propre à Neil El Aynaoui, on ne va pas brûler les étapes, mais il est clair que l’ascension du milieu de terrain marocain semble évidente dans un futur proche. “Il peut aller encore beaucoup plus haut”, imagine Gaëtan Bussmann. “Il entre dans une autre dimension, c’est mérité, conclut Maxime Nonnenmacher. C’est magnifique pour lui. C’est tout à son honneur, ça montre son humilité et le professionnalisme du joueur. Une victoire à la CAN, ce serait dingue. Il entrerait dans l’histoire, ce serait fou.”




