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Patinage artistique | Fournier Beaudry et Cizeron en tête : « On est venus ici pour gagner l’or »

(Milan) C’est le genre de statistique qu’on préfère chuchoter, pour ne pas déranger le destin. Comme on le fait pour un match parfait au baseball, après sept manches. Alors approchez-vous.


Mis à jour le
9 février

Encore plus.

Nous sommes seuls ? Voilà : Laurence Fournier Beaudry est sur le point de réaliser un exploit monstre. Elle est en position de force pour devenir, mercredi, la première Québécoise médaillée d’or en patinage artistique aux Jeux olympiques. Et seulement la deuxième personne qui a grandi dans la province, après David Pelletier.

Lundi, Guillaume Cizeron et elle – qui représentent la France – ont obtenu 90,18 points dans le programme de danse rythmique. C’est mieux que les Américains Madison Chock et Evan Bates, champions du monde en titre. Mieux aussi que les Canadiens Piper Gilles et Paul Poirier, qui patinent ensemble depuis 15 ans. Mieux que quiconque, en fait.

PHOTO FRANCISCO SECO, ASSOCIATED PRESS

Piper Gilles et Paul Poirier

Je rappelle qu’il y a 13 mois, ni Laurence Fournier Beaudry ni Guillaume Cizeron n’avait de partenaire de danse. La Québécoise venait de voir son complice et amoureux être suspendu six ans – sanction levée depuis. Quant au Français, il avait pris sa retraite, après le départ de sa partenaire. Les deux amis, qui s’entraînaient à Montréal, ont choisi d’unir leurs efforts. Avoir gravi les échelons si vite, dans la tempête en plus (voir la chronique ci-dessous), c’est franchement impressionnant.


Lisez la chronique « Dans l’œil du cyclone »

« On a fait la meilleure performance qu’on pouvait, a commenté Cizeron à sa sortie de la glace. Ce n’était pas parfait à 100 %. C’est sûr qu’on sait très bien ce qui est parfait et ne l’est pas quand on patine. C’est un petit peu le piège de tomber là-dedans, et d’oublier de profiter du moment. Mais on a quand même réussi à se rendre jusqu’à la fin avec un mélange de concentration et de plaisir. »

Et de libération. Les deux l’ont souligné dans leur point de presse. « On a brisé la glace pendant le concours par équipes, a expliqué Fournier Beaudry. On a réussi à libérer un peu les nerfs qui étaient présents au début des Jeux. »

« On est venus ici pour gagner l’or, a-t-elle poursuivi. C’est une grande ambition. »

PHOTO GABRIEL BOUYS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron

Le duo franco-canadien a séduit la foule en dansant sur Vogue, de Madonna. Il a aussi profité du soutien bruyant des patineurs de vitesse et des hockeyeurs français – notamment d’Alexandre Texier, m’a assuré une collègue française. Leur chant, calqué sur Seven Nation Army, des White Stripes, résonnait dans tout l’aréna lorsque Fournier Beaudry et Cizeron sont allés s’asseoir pour attendre leur note.

« Ça faisait vraiment chaud au cœur, a souligné Cizeron. C’est ça, l’expérience olympique. Avoir l’esprit d’équipe. Car au-delà des performances, je pense que ce sont les relations qu’on noue à travers ces Jeux qui laissent des souvenirs mémorables. »

Les Américains sont provisoirement deuxièmes, à moins d’un point, et les Canadiens Gilles et Poirier, troisièmes. « Nous sommes arrivés ici insatisfaits de nos performances des derniers jours, a reconnu Poirier. Ça nous a permis d’aiguiser notre focus. Aujourd’hui, ç’a été un plaisir de patiner. »

Le programme libre sera présenté mercredi.

Plus tard dans la soirée, les Québécois Marjorie Lajoie et Zachary Lagha ont eux aussi réussi leur meilleur pointage de la saison en danse rythmique. « Je pense que c’était une bonne performance, a indiqué Lajoie, sauf pour un petit truc dans une rotation pour moi. On a eu une belle connexion avec la foule. Je suis contente qu’on ait eu notre meilleur pointage de la saison, même si on ne pense pas trop [aux notes]. »

Ce sont leurs deuxièmes Jeux. La première fois, c’était à Pékin, en pleine pandémie. « Ils s’étaient qualifiés dans un aréna vide. Quand Marjorie m’a appelée pour m’annoncer la bonne nouvelle, elle était seule dans sa voiture », se souvient sa mère, Julie Carignan.

Cette fois, le clan Lajoie est venu en gang. J’ai compté une vingtaine de supporteurs : ses grands-parents, ses parents, ses frères, son amoureux, ses oncles – dont un « directement de Seattle » –, ses tantes, des amies… Pour tout vous dire, à un moment donné, j’ai perdu le fil. Peut-être m’en manque-t-il deux ou trois.

« Il y en a des patineurs qui sont stressés lorsqu’il y a trop de monde, m’a souligné son père, Jean-Benoit. Pas Marjorie. Elle aime ça, performer devant des gens. Plus il y a de monde, plus elle sent l’énergie de la foule. »

À l’issue du premier programme, Lajoie et Zagha occupent la neuvième place.

Il y a quelques semaines, les Canadiens Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac ont dû changer la musique de leur programme en catastrophe. Une question de droits d’auteur. Ils sont passés de Prince à… Tom Jones.

Dans les circonstances, ils étaient fort heureux de leurs 74,35 points, qui les placent provisoirement en 15e position. « On a essayé de garder le plus possible notre ancienne chorégraphie, m’a expliqué la patineuse québécoise. C’est quand même un long processus de tout chorégraphier et ajuster les détails. On a procédé à l’inverse de ce qu’on fait d’habitude. On a adapté la musique à notre chorégraphie. »

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac

Je ne suis pas un grand danseur. Niveau Fred Caillou – dans mes meilleurs jours. Mais il me semble que patiner sur Prince et sur Tom Jones, c’est quand même un grand écart, non ?

Elle : « Prince, c’était plus au fond. Il y avait plus de drive. »

Lui : « Alors que Tom Jones, c’est plus le fun. »

Elle : « Un peu plus arrogant. »

Lui : « Matcher ces énergies-là, c’était un peu compliqué. »

Elle : « Mais là, on commence à apprendre toutes les nuances de la musique ! »

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