News CA

Ma fille tu seras libre | Imparfaite tragédie

Désolé, votre navigateur ne supporte pas les vidéos.

« Tu m’as vendue à un vieux. »


Publié hier à
7 h 30

C’est sur ces paroles que débute Ma fille tu seras libre, une phrase laconique qui donne le ton du drame – ou plutôt de la tragédie – à venir.

Nous sommes au début des années 2000. Celle qui prononce ces mots est une gamine, dans un décor qui suggère l’Afghanistan (quoique le film ait été tourné à Chypre). Scène suivante, vingt ans plus tard, une femme à la longue chevelure noire, dénommée Zarmina, est accroupie dans une cuisine, le chandail taché de sang. « Vous êtes en état d’arrestation. »

Si on ne comprend pas d’emblée le motif ni surtout l’identité de la victime, on devine que tout cela a à voir avec cette première scène. Ce troisième long métrage de Bachir Bensaddek (La femme cachée, Montréal la blanche), scénarisé par Marie Vien (Le temps d’un été, Arlette, La passion d’Augustine), s’attaque effectivement de front à un sujet dérangeant dont on parle bien peu : le mariage forcé. Et toutes ses ramifications. Pensez : droits bafoués, poids des traditions et vies volées.

PHOTO VÉRO BONCOMPAGNI, FOURNIE PAR ENTRACT

Image tirée du film Ma fille tu seras libre

« Les femmes ne sont jamais libres en Afghanistan », ajoutera la gamine, vendue par son père à un homme de 65 ans, pour quelques lopins de terre, une bouchée de pain et quatre vaches. « Inch’Allah », marché conclu.

L’histoire ne s’arrête pas là. Prête à tout pour sauver sa fille, sa mère la donne ensuite, en douce et au péril de sa vie, en mariage à un homme plus jeune, exilé au Canada. Or cette liberté a un prix : en échange, celle-ci devra à son tour donner sa propre fille (Saba Vahedyousefi, vue dans Une langue universelle, saisissante de vérité) en mariage, à ses 15 ans.

Ça a l’air alambiqué dit comme ça. Et ça l’est. Mais on finit heureusement par y voir plus clair, bercés par la musique enveloppante de Catherine Major, à coups d’allers-retours dans le temps, entre le passé lointain en Afghanistan, un passé plus proche au Canada et le présent, les enfants devenus adolescents. Les années ont passé, et le fameux pacte a refait surface.

Saluons d’abord l’audace du sujet, engagé et tristement d’actualité, d’autant que plusieurs noms au générique sont d’origine afghane.

Mentionnons : Wazhma Bahar (très juste en Zarmina, mère au destin tragique), Saboor Sahak (son mari), Paeman Arianfar (l’oncle) et Firuz Ali Nazar (le fils, qui fait ses premiers pas au cinéma). Julie Le Breton, en amie aussi convaincante qu’improbable, complète la distribution.

Malheureusement, aussi louable que soit cette volonté de diversifier les rôles, celle-ci se fait au prix d’un jeu inégal. Certaines scènes (entre la mère et la fille, notamment) sont d’une infinie tendresse. D’autres (entre le frère et la sœur) sonnent carrément faux. Sans parler des raccourcis dans le scénario et de plusieurs invraisemblances (la grand-mère qui lâche un coup de fil d’Afghanistan à sa fille en prison, vraiment ?) qui font qu’on peine à y croire par moments.

C’est dommage, car le sujet, quant à lui, est bien réel. Le film se termine d’ailleurs sur ces mots : en 2010, une autre Zarmina a été battue par ses frères, pour avoir écrit quelques lignes d’amour et de poésie. Elle a fini par s’immoler. Ma fille tu seras libre lui est dédié. S’il ne fallait qu’une seule raison, glaçante s’il en est, d’aller voir ce film, elle est là.

En salle

Drame

Ma fille tu seras libre

Bachir Bensaddek

Avec Wazhma Bahar, Julie Le Breton, Saba Vahedyousefi, Firuz Ali Nazar, Saboor Sahak, Paeman Arianfar, Guillaume Cyr et Sophie Cadieux

1 h 29

6,5/10

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button