Guerre au Moyen-Orient: Donald Trump face à des résultats mitigés en Iran

L’opération militaire lancée contre l’Iran par Donald Trump, le 28 février dernier, devait éliminer la République islamique « en une nuit », à peine.
Six semaines plus tard, c’est finalement une toute autre histoire qui s’est écrite au Moyen-Orient, où le populiste a annoncé cette semaine un cessez-le-feu temporaire dans le conflit en prétendant avoir atteint ses objectifs sur le champ de bataille, et même les « avoir dépassés ».
Or, à l’heure du bilan, et alors que des pourparlers entre Téhéran et Washington doivent s’amorcer au Pakistan vendredi, la réalité semble un peu plus complexe pour le président américain.
De manière incohérente et désordonnée, il a promis beaucoup et, malgré la force de frappe de son armée et la violence de ses déclarations des dernières semaines, il se retrouve désormais face à très peu.
Principal objectif de la campagne militaire américaine et israélienne contre le régime des mollahs, l’éradication du programme nucléaire iranien pour empêcher le pays de se doter de l’arme nucléaire est loin d’avoir été atteinte.
Jeudi, l’Iran a exclu toute restriction à son programme d’enrichissement d’uranium dans la négociation à venir, qualifiant même les exigences des États-Unis en la matière de « vœux pieux qui seront enterrés », a assuré Mohammad Eslami, chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique.
Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), datant de février dernier, l’Iran posséderait 440 kilos d’uranium hautement enrichi pouvant servir à fabriquer un petit nombre de bombes nucléaires.
Mercredi, Donald Trump a affirmé qu’il n’y aurait « aucun enrichissement d’uranium » et que les États-Unis allaient travailler « avec l’Iran » pour « déterrer et éliminer » son stock d’uranium. Il a parlé de « poussière nucléaire », affirmant qu’elle était profondément enfouie en raison des frappes américaines sur les sites nucléaires iraniens.
La semaine dernière, le républicain avait laissé entendre que Washington pourrait accepter un scénario où l’uranium enrichi resterait en territoire iranien, ajoutant ainsi à la confusion dans une guerre amorcée sans stratégie de victoire et dont l’issue risque de manquer forcément d’un plan de paix.
Un régime qui tient
En frappant l’Iran, Donald Trump a voulu, un temps, créer l’opportunité d’un changement de régime, 47 ans après la révolution islamique et l’instauration d’une théocratie violente en Iran. Un changement qui, malgré la mort dans les premières heures du conflit du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, est encore loin de s’être produit.
Affaibli, certes, le régime continue de bomber le torse, faisant flotter mercredi les drapeaux de victoire au-dessus de la capitale, Téhéran, dans un geste de défiance envers le président américain qui, le 6 mars dernier, avait pourtant exigé une « capitulation sans condition » des mollahs.
Des milliers d’Iraniens ont également déferlé dans les rues pour rendre hommage à l’ancien guide suprême, 40 jours après sa mort, soulevant l’ire de plusieurs partisans du populiste. Le régime iranien « survit encore », a déploré mardi soir, à l’annonce du cessez-le-feu, Mark Levin, animateur de Fox News régulièrement encensé par Donald Trump. « Nous n’avons rien obtenu », a ajouté la militante d’extrême droite et proche du président Laura Loomer en évoquant des « terroristes iraniens [qui] jubilent ».
En février, frondeur, Donald Trump avait assuré que « ce régime apprendra bientôt que personne ne doit défier la force et la puissance des forces armées des États-Unis », dans le message vidéo diffusé pour annoncer l’amorce de sa campagne militaire contre l’Iran.
Or, 13 000 frappes plus loin, même si le Pentagone a déclaré avoir détruit 80 % des usines de production de missiles iraniens et que la Maison-Blanche disait mercredi avoir éradiqué 97 % des quelque 5000 mines navales iraniennes, Téhéran ne semble pas encore à la veille de céder, continuant même à maintenir une emprise militaire toujours problématique sur le détroit d’Ormuz, point névralgique pour le commerce mondial du pétrole dans la région.
Même si Donald Trump affirme depuis mardi que ce passage maritime est désormais ouvert, sur le terrain, la réalité semble le contredire, alors que Téhéran a annoncé cette semaine son intention d’instaurer un péage équivalent à 1 $ le baril transitant par ce détroit pour tenter de financer une reconstruction nécessaire après les attaques de « ses ennemis ». 20 millions de barils par jour y circulaient avant le début du conflit, offrant une possibilité de gain de 20 millions de dollars quotidiennement au régime iranien, qui souhaite être payé en cryptomonnaie, a-t-il annoncé, pour éviter les blocages possibles en passant par les systèmes financiers habituels.
Jeudi, la marine des Gardiens de la révolution iraniens a également rappelé sa mainmise sur ce passage étroit entre le golfe Persique et le golfe d’Oman en forçant les navires à le franchir en empruntant deux routes alternatives, proches des côtes de l’Iran, et ce, en raison de la présence de « mines » sur l’itinéraire habituel plus au large, a-t-elle prévenu.
Et dans le contexte, sans avoir atteint ses objectifs, Donald Trump n’a désormais plus peur de les reformuler dans son incohérence habituelle : mercredi, au lendemain de propos violents lancés contre l’Iran, le populiste a indiqué qu’il était désormais prêt à envisager la création d’une « coentreprise » entre les États-Unis et la théocratie iranienne pour instaurer des péages dans le détroit d’Ormuz. Et ce, même si un tel péage a été jugé « illégal » et « dangereux pour le monde », selon son propre secrétaire d’État, Marco Rubio.
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