Taxer plus les plus riches: oui, il faut en parler

Sans broncher, François Lambert, entrepreneur et vedette médiatique, a lancé « vos yeules » sur Facebook à Québec solidaire (QS), un parti politique.
En cette ère d’ultrapolarisation où l’insulte pullule déjà sur les médias dits sociaux, une personnalité publique de sa trempe descend les rejoindre dans le même caniveau ? En sommes-nous vraiment rendus là ?
De fait, son « si tu n’as jamais lancé une entreprise, ta yeule » n’est pas qu’une simple formule dépourvue d’esprit.
Au lieu d’appeler à la discussion, elle exige le silence. On dirait l’écho du fameux « toé, tais-toé ! », venu d’un temps qu’on croyait révolu.
Pourquoi donc ce « vos yeules »? QS aurait-il suggéré d’exiler les très nantis, de les empêcher de s’enrichir ou de les torturer en les obligeant à lire les œuvres complètes de Lénine reliées en cuir ?
En non. Il propose une taxe de 1 % pour les ménages dont les actifs nets sont de 25 millions de dollars ou plus et de 2 % pour 100 M$ ou plus. Ce qui, selon ses calculs, fournirait un revenu annuel de cinq milliards pour les services publics.
Une menace à la démocratie
Bref, la demande est que les plus riches paient un peu plus leur juste part au moment où les inégalités sociales et économiques montent en flèche.
Pour se justifier, M. Lambert invoque aussi que notre argent est « mal géré » par les élus. Tout un secret de Polichinelle, mais qui n’excuse en rien le fait que les très riches ne contribuent pas plus dans une société où 12 000 personnes dorment dans la rue.
Parce qu’un journaliste a dit son nom en questionnant les co-porte-parole Ruba Ghazal et Sol Zanetti, M. Lambert n’a pas digéré qu’il soit mentionné comme un de ceux qui ne souffriraient guère d’une telle taxe.
Il est chanceux. Ils auraient pu soulever l’exemple contraire de Claire Trottier. Alors qu’elle est une des personnes les plus riches au Québec, elle demande pour elle et ses pairs de payer plus d’impôts.
Le vrai bobo
L’automne dernier, en entrevue à La Presse, Mme Trottier constatait que « la fiscalité entourant le gain en capital est une injustice qui ne profite qu’aux riches ».
Elle se disait aussi « inquiète de voir que l’on accorde plus de crédibilité et d’attention aux riches, qu’on suppose hyper-intelligents, hyper-capables de résoudre les problèmes ». Eh bien…
Elle mettait le doigt sur le bobo : « On assiste à une accumulation de richesse et de pouvoir absolument hors de contrôle en ce moment. Ça fait en sorte que nos décideurs, souvent, vont prendre des décisions qui vont renforcer cette accumulation de richesse et de pouvoir pour la classe des plus riches. »
Ces constats ne viennent pas d’un groupuscule marxiste, mais d’une des Québécoises les plus riches, dont la conscience sociale est bien vivante.
Au lieu de commander le silence, à l’aube d’une campagne électorale, mieux vaut mettre cet enjeu sur la table et en discuter enfin ouvertement.




