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Alimentation | Encore trop de bois dans le fromage

Les emballages de fromage déjà râpé sont fort pratiques, mais afin d’éviter que les morceaux de fromage ne collent ensemble, les fabricants ajoutent de la cellulose, un ingrédient issu du bois qui empêche l’agglutination indésirable.


Publié à
5 h 00

La pratique est courante et permise. Toutefois, selon des tests faits par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), le taux de conformité pour le fromage râpé n’atteint que 55 % au pays.

Les tests faits par l’Agence voulaient précisément détecter l’utilisation excessive de cellulose, car ce n’est pas d’hier que l’on s’inquiète d’une trop grande utilisation de cet ingrédient par les fabricants.

« La pratique consistant à ajouter de la cellulose en excès comme agent de remplissage est frauduleuse et entraîne une perte financière pour les consommateurs, qui paient l’excès de cellulose au prix du fromage », indique l’agence fédérale dans son plus récent Rapport annuel sur la fraude alimentaire qui couvre la période allant du 1er avril 2023 au 31 mars 2024.

Le fromage râpé obtient la pire note de conformité de tous les aliments testés.

L’ACIA mène des tests ciblés et fait des activités de surveillance afin de prévenir et déceler la fraude alimentaire. Des enquêteurs vont dans les commerces, mais aussi parfois chez les importateurs et transformateurs. Ils y prennent des échantillons d’aliments sensibles, car plusieurs produits sont reconnus pour être altérés plus souvent que les autres.

Dans son programme de surveillance du marché, l’Agence s’est concentrée sur l’eau de noix de coco, la viande fraîche, les épices, l’huile de tournesol et le thé. Pour ces 5 catégories, 323 échantillons, pour l’ensemble du pays, sont passés sous la loupe des gens de l’ACIA.

L’eau de coco obtient une mauvaise note : un échantillon sur cinq était problématique – pour un taux de conformité de 79 %. A contrario, tous les échantillons de viande et d’huile de tournesol étaient conformes, alors que le thé obtient un score de 99 %.

Les épices, faciles à altérer, se sont révélées plus problématiques : 16 % des échantillons n’étaient pas conformes.

Il faut toutefois noter que la quantité de produits testés varie grandement d’une catégorie à l’autre ; avec seulement 19 huiles de tournesol qui sont passées sous la loupe contre 101 échantillons d’épices.

L’Agence a fait des études plus poussées pour les épices. On a vérifié dans certains échantillons de curcuma s’il y avait du colorant artificiel et la génomique a été utilisée pour s’assurer que des échantillons de safran n’avaient pas été trafiqués avec des adultérants connus.

Le cas de l’huile d’olive

Le volet des surveillances ciblées de l’ACIA s’intéresse aussi à des aliments susceptibles d’être fraudés, notamment l’huile d’olive, reconnue comme étant l’aliment le plus adultéré dans le commerce mondial.

C’est d’ailleurs l’huile d’olive (et les autres huiles coûteuses) qui, après le fromage râpé, a obtenu la plus faible note. Durant l’année d’étude, pratiquement le quart (24 %) des huiles testées n’étaient pas conformes. Elles peuvent avoir été coupées avec d’autres huiles moins chères, la fraude la plus courante pour l’huile.

Les enquêteurs de l’ACIA ont aussi testé des échantillons de miel (conformes à 88 %) et de poisson (taux de 92 %), deux catégories aussi régulièrement problématiques.

Dans son rapport, l’organisme fédéral prévient que les comparaisons d’une année à l’autre sont peu pertinentes parce que ses méthodes d’analyses changent. On peut néanmoins mentionner que lors de l’exercice précédent, 68 % des sacs de fromage râpé avaient été jugés conformes et que les échantillons d’huile d’olive avaient obtenu un score de 83 %. Les autres huiles (on pense noisette ou avocat) obtenaient un mince résultat de 62 %.

Le phénomène de la fraude alimentaire est donc bien connu.

Au total, 1035 aliments ont été testés pour cet exercice – des fruits et légumes biologiques et des jus de fruits faisaient aussi partie du lot.

L’Agence annonce avoir aussi vérifié 345 étiquettes pour s’assurer de leur conformité. On a notamment regardé les étiquettes de fruits et légumes bios. Sur les 46 vérifications, une seule n’était pas conforme, des betteraves néerlandaises.

Dans certains cas, comme la viande et le poisson, les agents font des tests d’ADN afin de s’assurer qu’il s’agit bien de l’espèce indiquée. D’autres projets sont en cours, dont un qui s’intéresse particulièrement au jus de grenade pour voir si le produit n’a pas été coupé avec des jus moins chers, de raisins ou de pommes, par exemple.

Lorsque des produits sont problématiques, ils sont retirés des tablettes et parfois détruits, mais l’Agence ne dévoile pas le nom des fautifs à cette étape.

Les consommateurs sont quand même relativement au fait de cet enjeu de fraude alimentaire. Le Baromètre CIRANO sur la perception des risques publié l’année dernière a calculé que plus du quart des Québécois (28 %) perçoivent la fraude alimentaire comme un risque grand ou même très grand. Trois ans auparavant, c’était toutefois une personne sur trois (32 % en 2022) qui avait cette même inquiétude.

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