Cancer du septum nasal | La reconstruction d’Isabelle Brouillette

La vie d’Isabelle Brouillette a basculé le 20 novembre 2024, lorsqu’elle a appris qu’elle avait un cancer du septum nasal. Alors qu’elle s’apprête à remonter sur les planches, la comédienne nous a raconté cette épreuve, dont elle ressort avec une certitude : ce métier qu’elle pratique depuis 30 ans, elle n’a pas envie de le quitter.
Publié le
12 janvier
Elle était à Alma, en tournée avec la pièce Deux femmes en or, quand elle a reçu son diagnostic. « Cet appel, je l’attendais et je le redoutais », relate Isabelle Brouillette, qu’on a rencontrée dans un café bondé du boulevard Saint-Laurent la semaine dernière – sa première entrevue depuis que le ciel lui est tombé sur la tête.
« Au début, tu tombes dans un gouffre. Tu te dis : c’est terminé. J’ai une maladie qui va peut-être prendre ma vie, mais si je survis, elle va me prendre mon travail. »
Isabelle Brouillette n’a plus de nez depuis qu’elle a été opérée, le 17 décembre 2024. Elle porte depuis deux mois seulement une prothèse nasale faite sur mesure – plus précisément une épithèse. Pourquoi en parler officiellement maintenant ? « Pour me sentir libre. Comme ça, si vous me croisez, vous saurez ce qui est arrivé. On ne fera pas semblant. »
Les semaines suivant l’annonce ont été « comme un accident de char qu’on voit venir » sans pouvoir l’éviter, dit Isabelle Brouillette, qui en fait le récit avec aplomb.
Avec un diagnostic comme ça, les nouvelles sont de plus en plus catastrophiques chaque jour. Ça ne se digère pas, ça se prend en pleine face. C’est la peur chaque seconde, jusqu’à la veille, où j’ai dit let’s go, enlevez tout ce qu’il y a à enlever.
Isabelle Brouillette
Quand elle s’est réveillée après l’opération, elle a su qu’en plus du nez, on lui avait retiré cinq dents, et que son palais n’avait pas pu être reconstruit. Après avoir été hospitalisée pendant 25 jours, elle a suivi des traitements de radiothérapie pendant deux mois, en février et mars 2025. Des traitements hyper forts, qui brûlent la langue, les glandes lacrymales et salivaires.
« J’ai été tellement diminuée pendant cinq mois. Mon médecin me répétait : C’est un marathon, madame Brouillette. Ça va prendre un an. Et pis là, l’année te semble infinie. Et tu te dis : Mais comment je vais faire pour passer à travers ça ? »
Sa voix se casse, pour un rare moment, pendant notre entretien de 45 minutes. Elle dit s’être raccrochée, quand elle était « au plus bas du plus bas », à deux choses : la psychologue qui lui avait dit que cette épreuve était « surmontable » – « Parce que la peur que j’avais, c’était de ne pas être capable de m’accepter » –, et ce conseil que lui avait donné une amie médecin. « Elle m’a dit : Continue de voir chaque petite chose positive autour de toi. » Elle s’arrête encore, essuie une larme.
« Ç’a été mes deux ancrages. Je me souviens, je suis dans mon lit, connectée par six fils, je ne suis pas capable de respirer par le nez, et là, je fais un effort et je me dis : Ah, le drap est doux. »
Et puis il y a un peu plus de lumière chaque jour, et les choses « deviennent de plus en plus possibles ». Comme lorsqu’elle a pu recommencer à parler, grâce à un obturateur qui a remplacé son palais. « Mais ma diction est moins bonne qu’avant. Je travaille très fort pour améliorer ça ! La salive, c’est aussi un défi, mais je sens que ça change. »
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Dans tout ça, jamais Isabelle Brouillette ne s’est dit qu’elle pourrait en profiter pour changer d’orientation professionnelle. « J’ai 56 ans, je ne vais pas apprendre un autre métier. Et puis, c’est ça que je sais faire ! »
Reste à savoir… si on l’engagera encore. Elle jouera dans deux pièces cet hiver, Changer de vie, de Catherine Léger à la Licorne à compter du 20 janvier, et Visages, d’Alexia Bürger, en avril à l’Espace Go. Mais qu’en est-il de la télé ?
« J’aimerais ça. Mais qui va le faire en premier ? », répond celle qui a incarné Julie Faubert dans STAT, pour ne nommer qu’un seul personnage parmi les dizaines de rôles qu’elle a tenus au petit écran.
PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA
Isabelle Brouillette a incarné la psychiatre Julie Faubert dans STAT.
« Ça amène à poser beaucoup de questions. Pourquoi on ne voudrait plus montrer mon visage à la télé ? C’est sûr que les femmes de mon âge sont plus à l’étape de se demander si elles vont faire du botox. Moi… je suis à une autre phase. Mais je suis prête. Je ne suis pas gênée de ce dont j’ai l’air. »
Bien sûr, il a fallu apprendre à se regarder dans le miroir. « Contempler l’abysse », comme elle dit. « Mais ça va, c’est correct. » Qu’a-t-elle découvert sur elle dans tout ça ? « Que j’aimais beaucoup rire : mon besoin de fun est plus grand que la douleur. Que mes valeurs, elles ne sont pas dans mon apparence. Que je suis capable de porter encore une lumière. Et que le stress, ce n’est pas bon ! » Elle rit, mais elle est sérieuse : il n’est plus question de vivre avec un agenda surchargé.
Je suis la même que j’étais, mais c’est exigeant comme situation. Ça va demander une énergie immense, de chaque jour, chaque instant.
Isabelle Brouillette
Quand elle pense à son retour sur les planches, Isabelle Brouillette est émue – c’est le seul autre moment de l’entrevue où elle versera une larme. « Je visualise quelque chose de lumineux, brillant, puissant. J’espère apporter la nouvelle vibration et l’énergie qu’il y a dans mon souffle. »
L’automne prochain, elle lancera un livre sur son histoire – elle peint et écrit depuis un an pour sublimer, pour ne pas oublier, pour partager. « Ce sera un lieu de réflexion, pas d’apitoiement. Je veux continuer d’aller chercher l’extraordinaire dans l’ordinaire de la vie. »
Changer de vie, à La Licorne, du 20 janvier au 6 mars
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Visages, au Centre national des arts, à Ottawa, du 19 au 28 mars, et à l’Espace Go, du 14 avril au 9 mai
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