Dupont – Jalibert, au diable la complémentarité ?

Antoine Dupont et l’équipe de France à l’entraînement avant le match contre l’Irlande
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Le rugby n’est pas encore devenu la NBA, mais la prolifération des statistiques s’appliquant au ballon ovale va dans ce sens. Du nombre de mètres parcourus aux (de plus en plus usitées) passes décisives, en passant par les défenseurs battus et le pourcentage de plaquages réussis, les données ne manquent pas pour estimer l’impact d’un joueur. Cette approche mathématique se heurte à des détracteurs, pour qui se fier au ressenti conserve bien plus de valeur, tandis que la vérité demeure sans doute à mi-chemin, entre instinctifs et cartésiens.
Puis il y a ceux qui réconcilient tout ce beau monde. C’est le cas de Matthieu Jalibert et d’Antoine Dupont, dans le domaine offensif, du moins. Leur pouvoir de nuisance pour les défenses adverses se lit via Opta (voir ci-dessous) autant qu’il s’admire au stade ou devant sa télévision. C’est avec une charnière constituée de ces deux générateurs d’espaces et d’émotions qui ont peu d’équivalents dans le monde, que la France va tenter de déstabiliser l’Irlande, en ouverture du Tournoi jeudi à Saint-Denis (21h10). Mais qu’en est-il de leur complémentarité ?Illustration statistiques Jalibert et Dupont – OptaCrédit: Other Agency
Dupont, un double demi unique
Il y a un an, lors du match inaugural du Six Nations 2025, l’omniprésence de Dupont avait sauté aux yeux. Une action pour l’illustrer ? Celle du premier essai français, durant laquelle, en sortie de ruck, le numéro 9 des Bleus avait effectué une course de neuf pas en travers vers l’arrière, avant de décocher une passe au pied millimétrée pour Théo Attissogbe. Romain Ntamack, son ouvreur, était sur ce coup un spectateur privilégié de son inspiration, alors que c’est bien souvent au demi d’ouverture que revient la responsabilité d’ainsi mettre sur orbite un ailier.
A l’issue du large succès des Français face aux Gallois (43-0), Patrick Arlettaz, entraîneur de l’attaque tricolore, avait décrit le rôle de décisionnaire de Dupont, dans les colonnes de Sud Ouest : “On essaie de lui donner un maximum de solutions, lui nous déclenche des différences, soit par ses choix, avec son intelligence pour trier le jeu, soit par ses qualités individuelles.” Cette phrase donne envie de confier une telle mission à Matthieu Jalibert. Mais en dessaisir Antoine Dupont ressemblerait à une hérésie, eu égard à son influence positive.
Qui se ressemble…
Là est le problème de leur association, mais aussi l’excitation qui en résulte. Une sorte de créativité commune, que Gaël Fickou a évoquée dans le podcast Rugby Confidential : “Ce qui me surprend le plus chez ce mec [Antoine Dupont], c’est son audace. Il tente des trucs de dingue… un peu comme Matthieu Jalibert.” Comparaison que ne renie pas le capitaine des vainqueurs sortants. “[Jalibert] adore ce jeu d’attaque dans lequel je me retrouve beaucoup, donc on a pas mal de similitudes, considère Dupont. Je pense qu’on a la même mentalité rugby.”
Toujours est-il qu’un 9 “éjecteur” pourrait permettre à l’ouvreur de l’UBB de dicter le jeu, choisissant quand attaquer la ligne ou non. Alors qu’en présence d’un relayeur susceptible de beaucoup porter le ballon pour trouver seul la faille, ou la créer pour un avant, l’impression qu’il y a deux capitaines à la barre est latente. “Je pense qu’on se pose des questions là où il n’y en a pas, balaye Baptiste Serin (remplaçant jeudi au Stade de France), cité par RMC. Peu de charnières dans le monde peuvent aligner deux talents comme ça. Il y a une osmose à trouver, mais elle va être facile.”
Le Grand Chelem pour le XV de France ? “Prématuré” selon Dupont, qui éteint tout début d’enflammade
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Qui dit lumière sur Jalibert, dit ombre de Ntamack
D’autant plus que les deux hommes se côtoient régulièrement en sélection depuis que Fabien Galthié est aux commandes. Ils ne partent pas de zéro. Eclipsée par le feuilleton de la blessure de Dupont et la traumatisante défaite d’un point face à l’Afrique du Sud en quart de finale, l’analyse du duo qu’ils ont formé à plusieurs reprises lors de la Coupe du monde 2023 incite même plutôt à l’optimisme. Et le revers déploré en Angleterre, l’année passée, est plus à imputer à des maladresses grossières qu’à un mauvais rendement de la charnière.
“Il aime relancer”, dit Dupont au sujet de son compère, soulevant un point positif : la propension du Bordelo-Béglais à orchestrer les contre-attaques depuis le troisième rideau – Galthié a mentionné mardi qu’il couvrait le poste d’arrière – lui offre un potentiel deuxième terrain d’expression, en cas de faible utilisation de son flair en premier attaquant. Crucial pour Jalibert, qui a un coup à jouer, à un an et demi du Mondial 2027, alors que Ntamack (absent pour cause de douleur à un rein) postulera pour Galles – France (15 février), d’après Midi Olympique.
Un Romain Ntamack dont la réputation, jadis en grande partie fondée sur des fulgurances, est devenue celle d’un gestionnaire idoine aux côtés d’Antoine Dupont, son partenaire en club. C’est par effet de contraste avec cette alchimie frappante que le duo Dupont – Jalibert peut susciter la crainte d’une relative incompatibilité. Mais cette crainte est bien légère, par rapport aux sueurs froides que la doublette doit inspirer aux staffs des autres nations. Qu’ils se penchent sur les statistiques des deux artistes, ou qu’ils décortiquent leurs coups d’éclat.
“Un accident de jeu”, non, Dupont n’est pas traumatisé par l’Irlande
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