La SAQ pourra écouler certains produits américains

Le gouvernement autorise la Société des alcools du Québec (SAQ) à recommencer à vendre certains produits américains, à savoir ceux dont la qualité « pourrait être altérée d’ici mars 2027 ». La totalité des bénéfices, qu’on estime à près de 9 millions, servira à financer des banques alimentaires.
Publié hier à
17 h 00
« Cette initiative, hors des cadres habituels, nous permet ainsi de diversifier les efforts pour soutenir les Québécois. Il s’agit d’une mesure exceptionnelle », a indiqué jeudi le ministre des Finances, Eric Girard.
Il assure que l’interdiction globale qu’a la SAQ de vendre les produits américains, imposée depuis mars 2025 pour répliquer à l’imposition de droits de douane par l’administration Trump, « demeure en vigueur ». Autrement dit, les bouteilles dont la qualité n’est pas en jeu d’ici mars 2027 ne pourront être vendues, et il est toujours interdit pour la société d’État de commander des produits des États-Unis.
La SAQ avait déjà annoncé en août qu’elle comptait se départir des produits plus sensibles ou qui affichaient une date de péremption. Des organismes de partout au Québec ont pu bénéficier de cette situation exceptionnelle : au total, 3763 caisses d’alcool américain ont été distribuées à 183 organismes, avait révélé La Presse à la suite d’une demande d’accès à l’information.
L’idée est donc d’offrir au public les bouteilles encore vendables pendant une période d’un an, afin de générer des revenus au profit des banques alimentaires, qui sont sous forte pression depuis un moment.
Si tous les produits concernés sont vendus – il s’agira surtout de bouteilles de verre clair, de crèmes ou de sakés –, jusqu’à 8,6 millions seront remis à l’organisme Banques alimentaires du Québec (BAQ). « On ne peut pas présumer que ça va être le cas, mais c’est l’objectif », affirme en entrevue la porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard. Son groupe projette de dépenser 4,9 millions en coûts opérationnels et rabais octroyés.
« Soulagement inespéré »
Un rabais de 15 % s’appliquera sur l’ensemble des produits américains qui recommenceront à être vendus par la SAQ. Ils ne seront toutefois offerts qu’en ligne ou dans une succursale SAQ Dépôt, où les rabais habituels de 5 % pour 6 à 11 bouteilles ou 10 % pour 12 bouteilles et plus s’appliqueront également.
À Banques alimentaires du Québec, le directeur général, Martin Munger, a salué le geste du gouvernement, jeudi. « Quelle nouvelle incroyable. Cette annonce remarquable représente un soulagement inespéré pour notre réseau, qui doit répondre à une demande toujours croissante », a-t-il réagi.
[Cette] initiative sans précédent aura un impact majeur et nous permettra de poursuivre la mission essentielle de notre réseau : soutenir les personnes aux prises avec l’insécurité alimentaire.
Martin Munger, directeur général de Banques alimentaires du Québec
Son organisme n’en est pas à son premier partenariat avec la SAQ. En fait, la société d’État a fait des banques alimentaires sa principale cause caritative depuis 15 ans.
Questionnée au téléphone, la directrice des communications de BAQ, Elodie De Smet, a indiqué que l’argent reçu sera « réparti équitablement dans la province au sein de [son] réseau ». Des discussions auront lieu en ce sens dans le cadre du budget 2026-2027 de l’organisme.
Climat tendu en trame de fond
Dans le contexte politique actuel, « on est bien conscients que la réaction ne sera peut-être pas la même pour chacun », prévient Linda Bouchard. « On va le savoir en offrant les produits, mais on pense faire au mieux actuellement », note-t-elle.
Récemment, la SAQ a suscité la controverse en annonçant un projet pilote avec Uber Eats pour la livraison de 150 produits sur l’île de Montréal à compter de la fin du mois de février.
Depuis, de nombreuses voix se font entendre pour dénoncer ce partenariat avec une entreprise américaine. D’autres ont des inquiétudes en matière de santé publique.
Au cabinet du ministre Eric Girard, on dit croire que le public reconnaîtra le bien-fondé de la décision de permettre la vente de certains produits américains. Sans cette mesure, les bouteilles auraient simplement dû être détruites, ce qui aurait impliqué des coûts importants, en plus de générer du gaspillage, a-t-on fait valoir.
« J’offre mon plein appui à cette initiative. […] En période d’incertitude, la solidarité est l’affaire de nous tous », a souligné la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, Chantal Rouleau, dans une déclaration.



