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Pénurie énergétique à Cuba | Le désespoir, l’incertitude et les solutions

La fin du ravitaillement en kérosène aux avions est officiellement entrée en vigueur, mardi à Cuba. Partout sur l’île, plongée dans une pénurie énergétique, les habitants voient leur quotidien se compliquer, l’incertitude croître. Et pour lutter contre la crise, certains se tournent maintenant vers des options de rechange au carburant.


Publié à
15 h 00

C’est fait : Cuba ne fournit plus les avions qui décollent de ses aéroports en kérosène, le carburant utilisé en aviation commerciale, une mesure qui sera minimalement maintenue jusqu’au 11 mars.

Ce geste est le plus récent développement d’une crise énergétique qui s’aggrave depuis le début du mois de janvier, lorsque le Venezuela a interrompu son approvisionnement en pétrole vers l’île des Caraïbes après la chute du président Nicolás Maduro.

Contactés par La Presse, plusieurs résidants de Cuba témoignent d’une situation complexe, dont la gravité augmente d’heure en heure. Le quotidien est perturbé, plusieurs ressources essentielles manquent, le coût de la vie explose et la disponibilité de l’électricité est pratiquement un jeu de hasard.

« À cause de la nécessité et de la rareté des denrées, les gens se font voler, vider leurs maisons parfois en plein jour », déplore Lisandro Cabezas, au téléphone. « C’est triste parce que je crois aux gens de mon pays. Je ne pensais pas qu’on pouvait se rendre si bas », ajoute celui qui tente de prendre cette crise comme une occasion d’aider son entourage.

« Après 67 ans du même système sans voir de solutions, beaucoup des gens sont désespérés. Ils veulent quitter le navire », soutient le professeur de yoga de La Havane, faisant référence à l’instauration du régime communiste après la révolution cubaine en 1959.

Dans le pays de 11 millions d’habitants, il devient ardu de prévoir quand on pourra cuisiner, faire du lavage ou réaliser toute autre tâche qui requiert une bonne connexion au courant.

Pour Carlo Figueroa, la pression imposée par les États-Unis constitue un « acte d’agression qui ne vise pas une élite ou un secteur spécifique, mais tout le monde ».

En s’attaquant au symbole qu’est Cuba, […] ils s’en prennent à l’âme de son peuple et le font de la manière la plus barbare qui soit.

Carlo Figueroa

L’animateur de radio qui vit à Colón souligne toutefois « la capacité de résilience » des Cubains, et estime que « les gens gardent leur vitalité ».

La vie au ralenti

Juan Ariel Toledo Guerra ne vit plus à Cuba, mais sa famille proche y est toujours. En se fiant à ce qu’elle lui rapporte, il confie à La Presse depuis les États-Unis que leur réalité est « devenue physiquement et émotivement épuisante ». Avec les pannes d’électricité qui se prolongent parfois sur plusieurs jours, « la vie quotidienne devient un exercice continuel d’improvisation et de survie », selon lui.

Ce qui domine aujourd’hui, c’est le désespoir et l’incertitude. Plusieurs se sentent piégés dans une situation qui ne fait que se détériorer.

Juan Ariel Toledo Guerra

Il y a quelques jours, un jet de mesures a été mis en place pour limiter les effets de la crise par le gouvernement communiste du président Miguel Díaz-Canel.

PHOTO HANDOUT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président Miguel Díaz-Canel

Parmi celles-ci, on compte une semaine de travail de quatre jours, le télétravail dans les administrations et entreprises d’État, ainsi que des restrictions de vente de carburant. Les trajets de bus et de train entre provinces sont également réduits. Certains établissements touristiques ont fermé partout au pays, et les journées dans les écoles et universités seront soit plus courtes, soit sous forme semi-présentielle.

Sur place, les citoyens se tournent maintenant vers des solutions. À La Havane, capitale du pays des Caraïbes, on aperçoit des vendeurs de charbon de bois et, chez les mieux nantis, des panneaux solaires.

Yurisnel Agosto, commerçant de rue, a par exemple confirmé à l’AFP qu’il n’a jamais « autant vendu » de charbon de bois. Lui qui vendait seulement aux restaurants de pizza ou de grillades, il compte de plus en plus de particuliers parmi ses clients.

« Nous avons déjà un générateur, mais ce n’est plus suffisant », témoigne à son tour Sandrine Exposito, une Française qui tient un hôtel dans la capitale, à La Presse. Au moment d’échanger, elle sortait d’une réunion pour investir dans l’énergie solaire, sous forme de « système voltaïque avec inverseur, batteries et panneau solaire ».

Elle note que la vie tourne « au ralenti » et qu’il y a moins de touristes, mais se réjouit de se déplacer à vélo, évitant les problèmes liés aux véhicules et au manque de carburant.

Alain Ratthé, un Québécois qui se rend régulièrement à Cuba et qui y connaît plusieurs personnes, raconte que certains de ses amis « vont travailler et dorment sur place trois jours, en raison du manque d’essence ».

Il suggère qu’Ottawa pourrait « envoyer des cargos d’eau potable et du carburant », lui qui estime que les besoins sont criants. « S’ils n’ont pas connu le chaos total, ils vont le connaître », commente-t-il au sujet des locaux.

Sur la scène politique canadienne, le chef intérimaire du NPD, Don Davies, a justement déclaré mardi que le Canada devait apporter un soutien immédiat à Cuba face à « l’escalade de l’agression » de l’administration Trump.

Le contexte de crise à Cuba a poussé plusieurs transporteurs aériens – incluant Air Canada, Air Transat et WestJet – à annuler leurs vols à destination de l’île. Ceux-ci comptent tout de même rapatrier leurs voyageurs déjà présents.

Avec l’Agence France-Presse

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