Hockey féminin | La conclusion amère d’une grande histoire

(Milan) C’est probablement Hilary Knight qui a trouvé les mots les plus justes.
Mis à jour hier à
21 h 04
« Elle est une personne incroyable, une joueuse générationnelle, mais une seule d’entre nous deux peut gagner. On a tellement de points en communs. La seule différence, c’est qu’on ne joue pas dans la même équipe. »
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Les Américaines remportent l’or au hockey face aux Canadiennes.
C’est ainsi que Hilary Knight a rendu hommage à Marie-Philip Poulin. Elles sont les deux visages les plus connus de la rivalité entre le Canada et les États-Unis. Poulin a souvent eu le dernier mot, mais jeudi, c’était au tour de Knight, même si ce fut nettement plus compliqué que ce que plusieurs anticipaient.
Ce chapitre s’est clos sur une victoire de 2-1 des Américaines sur les Canadiennes en prolongation, dans le match de la médaille d’or du tournoi féminin.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Les joueuses et les partisans canadiens encaissent la défaite.
Megan Keller a inscrit le but en or. Bien alimentée par une longue passe de Taylor Heise, Keller a servi une tasse de café à Claire Thompson avant de glisser la rondelle sous le bloqueur de la gardienne Ann-Renée Desbiens.
Les Canadiennes aboutissent avec l’argent, après être passées à deux minutes de l’or.
C’est Knight, l’inspirante capitaine américaine, qui a créé l’égalité en toute fin de troisième période, quand les Américaines attaquaient à six, en faisant dévier entre ses jambes un tir de Laila Edwards.
Desbiens, généralement stoïque en entrevue, s’est présentée devant le contingent de scribes québécois les yeux rougis. « J’aurais voulu en arrêter deux de plus », a lâché l’auteure de 31 arrêts.
Immédiatement après le but gagnant, Desbiens s’est dirigée vers la bande près du banc canadien, là où chacune encaissait le choc. Poulin, à l’autre extrémité du banc, a passé une partie de sa frustration sur son bâton. La tête basse, appuyée sur la bande, elle a évacué ses émotions, jusqu’à ce qu’elle relève la tête et pose le pied sur la patinoire pour se diriger vers ses coéquipières, à commencer par Desbiens, la première qu’elle a enlacée.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Ann-Renée Desbiens pendant le match
Il n’y a pas grand-chose à dire dans des moments comme ça. Ça fait mal, il faut que tu te laisses faire mal. Ça va prendre du temps.
Ann-Renée Desbiens
Poulin, une autre qui filtre bien ses émotions devant les caméras, s’est présentée en conférence de presse casquette de Hockey Canada vissée sur la tête. Casquette dont la visière jetait de l’ombre sur des yeux bouffis qui, lorsqu’elle levait la tête, reflétaient la lumière des projecteurs.
« Je voulais dire aux filles que ce résultat ne les définit pas, que je suis fière d’elles, qu’elles se sont présentées. Malheureusement, on a perdu en prolongation, mais elles peuvent garder la tête haute », a dit la Beauceronne.
Digne résistance
-
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Kristin O’Neill (43) célèbre son but marqué en deuxième période avec Laura Stacey (7).
-
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Kelly Pannek (12) et Sarah Fillier (10) lors d’une mise au jeu
-
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Hayley Scamurra (16) et Claire Thompson (42)
-
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Jocelyne Larocque (3) et Abbey Murphy (37)
1/4
Les sept défaites de suite subies par les Canadiennes contre leurs rivales américaines n’auguraient rien de bon pour les unifoliées, surtout pas la bastonnade de 5-0 du tour préliminaire. Ils étaient nombreux – et l’auteur de ces lignes plaide coupable – à estimer qu’il s’agissait d’un tournoi à un pays.
Mais ce sont des Canadiennes revigorées qui ont débarqué à Santagiulia jeudi. Pendant que les Américaines ne créaient rien de bien menaçant autour de Desbiens, la troupe de Troy Ryan tentait quelques menaces en zone offensive. Menaces qui ont abouti en début de deuxième période, quand Laura Stacey a rejoint Kristin O’Neill dans une descente à deux contre une pour ouvrir la marque.
O’Neill mettait ainsi fin à une séquence d’invincibilité des Américaines de 352 min 17 s sans accorder de but. Une séquence qui en dit long sur la domination des États-Unis dans cette compétition.
O’Neill aurait passé une heure en entrevue si le Canada avait gagné ; elle a finalement pu traverser la zone d’entrevues sans se faire interpeller, parce que l’histoire de cette défaite résidait ailleurs.
La suite
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Pas la médaille espérée pour le Canada, qui en ajoute quand même une quinzième à ces Jeux.
On en revient encore à Poulin et à Knight.
Knight n’était pourtant pas la seule héroïne de cette victoire. Le but gagnant de Keller a été vanté par toutes les joueuses. Le repli défensif d’Abbey Murphy aussi ; c’est elle qui a privé Daryl Watts d’une échappée, quelques instants avant le but gagnant. « Le jeu du match », a tranché l’Américaine Laila Edwards.
Mais le but égalisateur de Knight avait une saveur tout aussi spéciale, sinon plus. « Elle est une légende. Les légendes réussissent des choses légendaires », a lancé Murphy.
Il faut savoir que Knight avait déjà annoncé que les Jeux de Milan-Cortina seraient ses cinquièmes et derniers JO. Des Jeux qu’elle a soulignés en demandant sa conjointe, la patineuse de vitesse Brittany Bowe, en mariage à Milan.
« Tu ne peux pas mieux scénariser une sortie », a estimé Kendall Coyne.
Poulin aurait elle aussi eu une sacrée histoire à scénariser, si la fin avait été heureuse. Blessée à une jambe en matchs préliminaires, elle est revenue au jeu après une absence de deux rencontres.
« J’étais assez bien enrubannée, ça a aidé à gérer la situation, a précisé Poulin, en anglais [les modérateurs n’ont pas permis aux journalistes québécois d’adresser des questions en français à la joueuse québécoise pendant le point de presse]. Dans le feu de l’action, tu l’oublies. Ce n’est pas une excuse. Ça faisait partie du match et on l’a géré.
« Je ne voulais pas causer de distraction, a-t-elle ajouté. Je ne me sens pas terriblement bien, mais ça fait partie du sport et c’est pour ça qu’on a des coéquipières. »
Poulin aura 35 ans en mars, et on comprend qu’elle devra gérer sa blessure au retour à Montréal. Ses 38 ans achèveront lors des Jeux de 2030. Y sera-t-elle ? Vient-elle de vivre son chant du cygne olympique ? « Je ne suis pas encore sûre », a-t-elle répondu.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Les Canadiennes avaient la mine basse en arborant leurs médailles d’argent.
Ses coéquipières comme ses rivales se sont assurées de lui donner une vague d’amour, au cas où. Prenez la teigneuse Abbey Murphy, qui s’est manifestée pendant la poignée de main.
« On s’affronte tellement souvent, parfois on dirait que je ne l’aime pas. Mais elle est une légende de notre sport, estime la numéro 37 des Américaines. Je voulais le lui dire, même si ça ne paraissait pas toujours que je la respectais. Mais c’est le cas. »
« Elle est la plus grande joueuse à avoir pratiqué ce sport, a ajouté Erin Ambrose, coéquipière de Poulin. Il n’y a aucune autre façon de le dire. Elle pourrait jouer jusqu’à 75 ans et elle sera encore la meilleure au monde. »
Que Poulin revienne ou pas, la question de la relève va se poser. Dans ce tournoi où Hockey Canada a opté pour l’équipe la plus âgée de son histoire aux JO, ce n’est toutefois pas ici que cette relève a pu se manifester.
Sortie de zone devant public
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Un enregistrement du balado Sortie de zone devant public.
Vous voulez assister au prochain enregistrement devant public de notre balado de hockey Sortie de zone ? Nous vous invitons le mercredi 25 février à 17 h 30 dans les studios de Cogeco, à la Place Bonaventure de Montréal. La microbrasserie Madawaska fournira pour l’occasion les consommations. Au plaisir de vous y retrouver !
Réservez vos billets




