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Des Jeux «disséminés» décevants pour le Canada

Le parcours des deux équipes de hockey et le total de médailles remportées seront peut-être les premières choses auxquelles on pensera spontanément, au Canada, au moment de dresser le bilan des Jeux d’hiver de Milan-Cortina. Mais c’était aussi le test d’une nouvelle forme de Jeux.

Au Canada, on pourra voir le verre à moitié plein, avec la défaite crève-cœur en prolongation de l’équipe féminine de hockey en finale contre leurs éternelles rivales américaines. Faisant office de négligées dans ce duel, les Canadiennes sont sorties comme des lionnes, au point d’avoir encore l’or autour du cou deux minutes à peine avant la fin du match. Mais c’était aussi la huitième défaite consécutive en matchs internationaux d’une équipe vieillissante qui n’avait presque pas changé depuis les Jeux de Pékin contre des Américaines puissantes et rajeunies.

Tout ce qu’on espère maintenant, c’est que les hommes auront plus de chance. D’autant plus que les Jeux de Milan-Cortina marquaient le retour attendu aux Olympiques des joueurs de la Ligue nationale de hockey, après 12 ans d’absence.

Les Canadiens se sont donné une frousse en quarts de finale, alors que ce sont eux, cette fois, qui ont forcé une prolongation dans les toutes dernières minutes de leur match contre la Tchéquie. Ils s’en sont donné une autre, en demi-finale contre la Finlande, en tirant de l’arrière presque toute la partie et en marquant le but gagnant avec seulement une trentaine de secondes à jouer en troisième période.

Le Canada contre Trump

Toujours enlevants, ces duels au sommet entre le Canada et les États-Unis revêtent une signification particulière depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump et l’escalade des tensions entre les deux pays.

Avant les Jeux, le Comité olympique canadien (COC) avait prévenu qu’à force de prendre du retard dans le financement de son sport d’élite par rapport aux autres pays développés, le Canada risquait notamment de se faire dépasser par les États-Unis au tableau des médailles pour la première fois depuis les Jeux de Sotchi, il y a 12 ans.

Sans surprise, la toute petite Norvège devrait encore remporter cette course, tant pour ce qui est des médailles d’or que du total des médailles. Plus inhabituel en ce qui la concerne, mais prévisible en raison de son statut de pays hôte, l’Italie devrait aussi finir très haut dans le classement, comme les États-Unis d’ailleurs.

Quant au Canada, il se dirigeait, vendredi, vers sa plus faible récolte depuis ses 17 médailles, dont 7 d’or, aux Jeux de Salt Lake City, en 2002.

Une affaire de détails et de chance

Avant les Jeux, le COC disait que « n’importe quoi entre 20 et 30 médailles serait bien » et que si un total de 30 médailles était envisageable, un pareil résultat serait quand même « extraordinaire » et « voudrait dire que tout est tombé en place ».

Force est de constater que cela a plutôt été le contraire qui s’est produit.

Parlez-en à la patineuse artistique Deanna Stellato-Dudek, qui s’est blessée quelques jours avant le début de ses Jeux avec son partenaire en couple, Maxime Deschamps, ou à la skieuse Valérie Grenier, qui a été disqualifiée de l’épreuve de descente à cause d’une courroie de bâton qui l’a lâchée au départ.

Ce n’est pas tant que les grands favoris ont tellement contre-performé, le champion des bosses Mikaël Kingsbury, par exemple, ayant remporté deux médailles, l’équipe de patinage courte piste cinq, les hockeyeurs deux, et les curleurs possiblement deux aussi. Certains athlètes ont même eu plus de succès que ce à quoi on s’attendait, comme Valérie Maltais et Laurent Dubreuil en patinage de vitesse longue piste.

Mais tout se joue sur des écarts tellement minces à ce niveau qu’un podium ou une quatrième ou onzième place tient parfois à des centimètres, un demi-point ou un dixième de seconde. Mikaël Kingsbury vous le dira, lui qui a perdu une médaille d’or au bris d’égalité.

Nouvelle ère

Au-delà de la course aux médailles, et à l’instar des Jeux d’été de Paris, il y a deux ans, les Jeux de Milan-Cortina étaient les premiers Jeux d’hiver d’une « nouvelle ère » visant à rendre l’événement plus soutenable financièrement et durable sur les plans social et environnemental.

Pour ce faire, on a notamment cherché à mettre à profit les infrastructures sportives dont le nord de l’Italie était déjà riche, 13 des 14 sites de compétition étant des structures temporaires ou déjà existantes.

Or, plusieurs de ces magnifiques installations étaient éparpillées aux quatre coins des Alpes et des Dolomites italiennes, les Jeux se tenant sur sept différents sites couvrant une superficie énorme.

« Bienvenue aux tout premiers Jeux olympiques disséminés », a-t-on annoncé à la cérémonie d’ouverture.

Sur papier, ce concept plus soutenable a tout pour plaire. Cela faisait des décennies que l’une des principales histoires qui entouraient les Jeux était leurs coûts prohibitifs et leur propension à accoucher de troupeaux d’éléphants blancs.

Aux Jeux de Paris, cela avait été un succès indéniable, notamment parce que plusieurs des installations étaient dans la Ville Lumière, ce qui posait un défi en matière de sécurité, mais concentrait l’action et produisait des images à couper le souffle.

Pour Milan-Cortina, l’éparpillement posait de tels défis logistiques que les déplacements entre les zones de compétition étaient découragés.

Tous contents, sauf les journalistes

Cette formule n’a pas semblé tellement déranger les athlètes. À les entendre, il y avait quand même un petit regret à ne pas pouvoir plus se mêler aux athlètes d’autres sports, mais on aimait la qualité des installations et le caractère convivial de plus petits sites de compétition.

Pour le public sur place, l’expérience olympique était bien différente, selon qu’on se trouvait en ville ou bien à la montagne.

À Milan, il était facile de ne pas savoir que des Jeux d’hiver avaient lieu. Pas seulement à cause du temps printanier qui y régnait, mais surtout parce que, mis à part les quartiers les plus touristiques, l’animation se concentrait autour de stades situés loin de tout.

À la montagne, c’était tout autre chose. D’abord, on n’y a pas manqué de vraie neige, contrairement à d’autres Jeux. Puis, les villages et régions environnantes y vivaient à l’heure et au rythme des Olympiques.

Ceux qui ont grogné le plus sont peut-être les journalistes. Dépourvus du pouvoir de multiplication ou d’ubiquité, ils ont été forcés de choisir leurs terrains de jeu.

Les Jeux à la maison

Mais tout cela n’a probablement pas eu beaucoup d’importance pour la très grande majorité des gens, pour qui les Jeux olympiques se vivent à travers des écrans.

Au début de la semaine dernière, deux Italiens sur trois avaient regardé la couverture des Jeux, ont rapporté leurs organisateurs, soit plus que lors des trois Jeux d’hiver précédents réunis. Dans le reste du monde, on a battu les cotes d’écoute des Jeux d’hiver de Pékin, tant à la télévision que sur les plateformes de diffusion continue. De nouveaux records étaient aussi en voie d’être établis sur les différentes plateformes numériques et autres réseaux sociaux, les comptes personnels des presque 3000 athlètes comptant, à eux seuls, presque un milliard d’abonnés.

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