L’incendie de l’église Saint-Paul apporte en fumée une page d’histoire

Le violent incendie qui a détruit lundi l’église Saint-Paul, dans le sud-ouest de Montréal, a fait disparaître le cœur d’un village qui était l’un des plus animés du nord du continent, soutient un amoureux du quartier.
« Avec le pensionnat Notre-Dame-du-Rosaire et l’hôtel de ville, la rue de l’Église était comme la Sainte-Catherine au tournant du 19e et du 20e siècles. Il y avait là une grande activité industrielle », rappelle Guy Gélinas, cofondateur de la Société d’histoire de Saint-Paul-Émard.
La façade de l’église Saint-Paul.
MCC
Il a appris lundi matin que l’église construite en 1911 avait été la proie des flammes. Il s’est rendu sur place pour constater l’état des lieux. « Tout est dévasté. Perte totale », confie-t-il au Journal, encore sous le choc, quelques heures plus tard.
Il se désole que ce bâtiment qui a célébré d’innombrables baptêmes, mariages et autres cérémonies religieuses ne soit plus qu’un tas de cendres. « Il y a quelques années, je suis monté au jubé et j’ai ouvert l’orgue Casavant qui jouait encore très bien », dit-il.
L’église Saint-Paul, le presbytère et l’ancien pensionnat Notre-Dame-du-Saint-Rosaire, rue de l’Église, Côte-Saint-Paul.
VdeM
Deux autres incendies
Situé sur la rive sud du canal de Lachine, à proximité de l’écluse de la Côte-Saint-Paul et de l’autoroute 15, dans l’arrondissement du Sud-Ouest, à Montréal, le quartier Côte-Saint-Paul est moins connu que Saint-Henri ou Verdun, mais son histoire est assez riche pour avoir été reconnue par le ministère de la Culture et des Communications en 1991.
Tant pour sa valeur architecturale que pour ses riches témoins artistiques – les vitraux de l’église étaient signés par un maître du genre, Guido Nincheri –, le quartier a connu une évolution soudaine quand on a construit le canal de Lachine en 1848. Des usines s’installent dans ce quartier afin de profiter de la voie navigable et des installations hydroélectriques à proximité.
Croquis de l’architecte Joseph-Arthur Godin qui conçoit la plans de l’église Saint-Paul, érigée en 1911.
BAnQ
Carte du quartier Saint-Paul en 1939.
VdeM
« Une première église est construite au tout début du village, mais elle est frappée par la foudre en 1999. La malédiction s’acharne parce que le nouveau bâtiment subit le même sort huit ans plus tard », mentionne M. Gélinas. Il faudra attendre 1911 pour que l’imposante église Saint-Paul voie le jour. On ne connaît pas la cause de l’incendie qui a frappé l’église, mais il a nécessité le déplacement de 150 occupants d’une résidence pour personnes âgées attenante.
Se retrousser les manches
Tout en étant profondément attristé par ce sinistre, M. Gélinas souhaite que les amoureux du patrimoine, comme lui, se retroussent les manches.
« Il faut préserver ce qu’il nous reste avant qu’il soit trop tard », lance-t-il.
Il s’inquiète en particulier de l’état de délabrement de l’ancien hôtel de ville de ce quartier, situé tout près de l’église détruite. Les rénovations coûteraient plusieurs millions de dollars, qui ne seront pas faciles à trouver. « Mais nous avons une responsabilité collective ! Notre devise n’est-elle pas : “Je me souviens”? »



