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Le projet pétrolier au large du Canada Bay du Nord irait de l’avant

Les entreprises Equinor et BP pourraient finalement aller de l’avant avec l’exploitation du mégaprojet pétrolier en milieu marin Bay du Nord, au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Ce gisement pourrait produire des centaines de millions de barils au cours des prochaines décennies, dans un contexte où les experts du climat ne cessent de réitérer l’urgence de sortir des énergies fossiles. Les forages en eaux profondes seraient réalisés dans des milieux marins reconnus par l’ONU pour leur « importance écologique ».

Le projet, situé à 470 kilomètres des côtes canadiennes et à plus de 1000 mètres de profondeur, a été autorisé par l’ancien ministre de l’Environnement Steven Guilbeault en 2022, au nom du gouvernement Trudeau. Ottawa affirmait alors que l’extraction et la combustion de ce pétrole étaient compatibles avec les objectifs climatiques du Canada.

Après avoir repoussé en 2023 sa décision d’aller de l’avant ou non avec le projet, les entreprises Equinor et BP doivent annoncer ce mardi des investissements supplémentaires pour le développement de Bay du Nord, en vue d’une exploitation qui pourrait débuter en 2031.

Une entente aurait aussi été signée avec Terre-Neuve-et-Labrador concernant les retombées économiques pour la province. Une annonce officielle est prévue en fin de journée, après des semaines de rumeurs sur « une annonce significative ».

Un gisement majeur

Si elle va de l’avant, Equinor pourrait forer jusqu’à 60 puits d’exploitation sur une période de 30 ans, tout en poursuivant les forages exploratoires dans la zone que couvre le projet.

Au moment de l’approbation du projet par le gouvernement Trudeau, on évoquait un potentiel de 300 millions de barils de pétrole. L’Office Canada–Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers a toutefois confirmé par la suite une « découverte significative » de l’équivalent de 385 millions de barils qui, combinée aux autres découvertes faites dans le secteur, porterait le potentiel à 979 millions de barils.

Le projet Bay du Nord est cependant très attendu à Terre-Neuve-et-Labrador, où l’industrie est un poids lourd de l’économie.

Le gouvernement provincial espère d’ailleurs que d’autres projets iront de l’avant. Des appels d’offres pour des permis d’exploration sont prévus dans les prochaines années pour tenter de découvrir de nouveaux gisements pétroliers.

Écosystèmes vulnérables

Dans son rapport final sur le projet Bay du Nord, l’Agence d’évaluation d’impact du Canada écrivait que « compte tenu de la mise en œuvre des mesures d’atténuation, [elle] conclut que le projet d’exploitation de Bay du Nord n’est pas susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants ».

L’évaluation a néanmoins mis en lumière plusieurs questions environnementales. Le projet se situe dans une « zone d’importance écologique et biologique de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique », et s’étend dans des « écosystèmes marins vulnérables ».

Les forages seront également menés non loin d’un important « refuge marin » mis en place par le gouvernement fédéral pour atteindre ses objectifs de protection des océans.

Cette région maritime est par ailleurs reconnue comme un habitat important pour plusieurs espèces de poissons exploitées commercialement, 14 espèces d’oiseaux en péril, ainsi qu’une quinzaine d’espèces de mammifères marins, qui sont particulièrement sensibles à la pollution sonore sous-marine, et notamment celle des levés sismiques de l’industrie.

Dans le cas d’une fuite

Des experts de Pêches et Océans Canada ont par ailleurs fait une mise en garde contre les risques d’un déversement de pétrole brut dans leur analyse de l’étude d’impact du promoteur. Dans un document daté de janvier 2022, le ministère réfute les prétentions d’Equinor, qui affirmait dans son étude d’impact que le risque d’un déversement est « extrêmement faible ». « Si 40 puits sont forés en 30 ans, la probabilité d’un déversement extrêmement important est de 16 % », écrivent les experts fédéraux.

Des questions demeurent en outre sur les mécanismes prévus en cas de déversement à partir des fonds marins.

Selon les plus récentes informations disponibles. Equinor ne pourrait pas déployer immédiatement un « système de coiffage », qui est installé sur le fond marin pour bloquer la sortie du pétrole. La pétrolière n’en possède pas. Elle a plutôt prévu de faire venir cet équipement du Brésil ou de la Norvège. Le transport par bateau et l’installation nécessiteraient un délai de « 18 à 36 jours après l’incident », selon les données fournies par l’entreprise.

Parmi les 137 conditions fixées par l’ancien ministre Guilbeault lors de l’approbation du projet, au début du mois d’avril, on précise toutefois que le promoteur devrait déployer « immédiatement » cet équipement « dans la zone du déversement sous-marin non contrôlé ». Il devrait aussi forer un « puits de secours » pour stopper la fuite. Equinor estime que ce puits « pourrait être construit de 100 à 115 jours après l’incident ».

Equinor n’avait pas répondu à nos questions au moment de publier ce texte.

Plus de détails suivront.

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