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Parlons de Samuel Montembeault sans hypocrisie

C’est irrésistible. Ça fait de la peine de voir Samuel Montembeault l’avoir autant échappé. J’ai envie d’avoir de la peine pour lui. Mais attendez un instant.

Il n’opère pas à cœur ouvert. Sa vie n’est pas en danger. Il vit un échec. C’est tout. Comme tellement de monde. Et il doit trouver une façon de s’en sortir, comme tellement de monde.

Comme la maman qui vient de se faire domper avec deux jeunes enfants et un salaire insuffisant pour garder sa maison.

Je comprends. Chaque geste de cette maman n’est pas scruté à la loupe comme ceux d’un gardien du Canadien. Et la pression qu’il subit en occupant un des postes les plus stressants dans le monde du sport rend tout ça difficile.

Mais Samuel Montembeault ne mérite pas plus de pitié ou de sympathie que n’importe qui devant un échec.

Il y a un an, il était un des meilleurs au monde dans ce qu’il fait. Ce n’était pas de la chance.


Photo Martin Chevalier

Comment est-ce possible qu’il soit rendu si mauvais ? Arrêtons de faire semblant de défendre ses performances. Il n’est pas l’ombre de lui-même. Ce n’est plus le même gardien.

La seule conclusion

Ça peut arriver à des gars qui sont vaches ou qui aiment beaucoup trop la boisson. Ce n’est pas son cas.

La seule conclusion et j’ai la prétention de croire que je suis dans le bullseye, c’est qu’il a perdu sa confiance et est frappé par l’anxiété de performance.

Ce n’est pas si compliqué à faire comme constat.

Ce phénomène de l’anxiété de performance me fascine. J’ai écrit quelques fois là-dessus. C’est complètement fou de constater à quel point notre cerveau peut avoir un contrôle vicieux sur notre corps. C’est incroyable.

J’ai été pogné avec ça une partie de ma vie. J’ai joué au baseball au niveau junior élite. J’étais plus moyen que bon. Quand ça allait bien, ça allait bien. Sinon, c’était épouvantable. Je détiens le record pour le plus grand nombre d’erreurs dans une manche.


Photo Martin Chevalier

Je jouais au troisième but. Je pense que j’ai fait quatre erreurs. La balle voulait toujours venir vers moi. Je n’ai plus jamais voulu jouer à cette position-là. J’en fais encore des cauchemars, 18 ans plus tard. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je voulais me transformer en perceuse pour tourner et disparaître dans le sol.

Je ne le savais pas, mais j’étais frappé par l’anxiété de performance. Il n’y avait aucune chance que je fasse quoi que ce soit de bon. J’étais figé.

Le cerveau nous rend fous

Quelque 15 % des Québécois ont reçu un diagnostic d’anxiété. Quand tu gardes les buts du Canadien et que ça se met à aller mal, j’ai tendance à croire que ça devient exponentiel comme risque d’être anxieux.

Je le répète. Ce que le cerveau nous fait faire dans ce temps-là, c’est surnaturel.

Une des sommités au Québec pour comprendre tout ça, c’est le fascinant chercheur Vincent Huard Pelletier, de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il travaille avec des athlètes depuis quelques années et il est un des premiers au Canada à mettre le doigt sur l’anxiété dans le sport.

Je vous dresse quelques exemples de ce que ça peut donner sur le corps, après ma discussion avec lui :

– Tu peux avoir mal au ventre, des crampes et des tensions musculaires ;

– Tu peux avoir mal à la tête ;

– Tu peux avoir les mains qui tremblent et une sensation de faiblesse ;

– Ta vision périphérique est réduite.

Ce dernier point, ça me fait le plus capoter. L’homme, depuis des millénaires, a été conditionné à se concentrer sur le prédateur devant lui. Donc, naturellement, dans une situation de stress, nos yeux vont faire comme les hommes des cavernes et un peu s’embrouiller sur ce qui se passe autour pour avoir le focus principalement sur ce qui est devant nous. Ce n’est pas du charabia. C’est prouvé. Et quand tu es un gardien de but, ça ne doit pas être l’idéal quand tu ne vois pas ce qui se passe autour de toi.

Les exemples ne se limitent pas à ça. Il y a une perte de motricité fine. Parlez-en aux golfeurs. Il y a des problèmes de respirations qui mènent à une mauvaise coordination et à une fatigue. Le rythme cardiaque augmente, ce qui vient nuire à la précision des mouvements ou rend les décisions impulsives. La tension musculaire rend les gestes moins fluides, de là la sensation d’être figé. Les capacités cognitives sont réduites. On devient moins brillant, plus lent. On oublie la base. On peine à lire ce qui se passe devant nous. Tout semble aller soudainement plus vite.

Bon, vous comprenez mon point. Quand tu es un gardien de la LNH, ça ne marche pas.

Pas de solution rapide

Mon collègue Jonathan Bernier a eu quelques infos hier. Semble-t-il que rien n’est laissé au hasard et qu’on essaie de comprendre : qu’est-ce qui se passe avec Samuel Montembeault ?

Je le vois être complètement déjoué par un tir de loin et je suis incapable de croire à autre chose qu’une perte de confiance et le fait qu’il soit nerveux. Il aurait arrêté ça les deux doigts dans le nez l’an dernier.

Et tout ça ne se règle pas en claquant des doigts en minimisant à quel point le cerveau peut nous faire perdre nos moyens.

Si je me goure avec mon évaluation, tant mieux. Qu’il revienne et démontre qu’il est encore le même le gardien qu’on a vu s’imposer. Sinon, ça ne sert à rien de le relancer dans l’action tout de suite, comme tant d’équipes qui ne comprenaient rien à la santé mentale ont pu faire.

Ce n’est pas aussi simple, mais ça se règle. En attendant, le kid Jacob Fowler et Jakub Dobes prendront le relais. Je pense qu’on va revoir le vrai Samuel Montembeault. Je ne sais pas quand, mais ça va arriver.

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