«24 en 24»: un télé-crochet réchauffé en cuisine
Pas encore une télé-réalité de concours culinaire ? Eh bien, oui. Après MasterChef en versions québécoises pour concurrents adultes ou enfants. Après Un souper presque parfait ou Nuls en chef. Surtout, surtout, après Les chefs ! bientôt à sa quinzième saison à Radio-Canada, voici donc 24 en 24, à TVA.
Il s’agit d’un autre concept emprunté aux États-Unis. 24 in 24: Last Chef Standing est apparu il y a deux ans sur le Food Network aux États-Unis, comme MasterChef vient du réseau Fox.
En présentant les candidats de 24 en 24, la coanimatrice Julie Bélanger parle de « la compétition culinaire la plus intense jamais vue au Québec ». Elle a certainement raison puisque, comme son titre l’indique, celle-ci fait s’affronter 24 chefs pendant 24 heures consécutives. Un marathon des chaudrons sans pause, tourné en continu donc, pour créer des centaines de plats décidant du sort de leurs créateurs. La très enlevante série médicale The Pitt a repopularisé récemment une unité de temps dans une production télévisée, modèle déjà exploité par la très complotiste 24 heures chrono au début du siècle.
Le gagnant de 24 en 24 empochera 24 000 $, évidemment. Ce qui peut sembler beaucoup pour une journée complète de travail à « 1000 $ de l’heure », comme le souligne le coanimateur, le cuisinier propriétaire Chuck Hughes. Dans les faits, le magot représente une infime portion du budget de l’émission et à peu près le coût de diffusion d’un seul spot publicitaire de 30 secondes. D’ailleurs, ce genre d’émission sert (surtout ?) à faire du placement de produits, cette fois dès l’ouverture pour Œufs du Québec.
Tous les candidats travaillent déjà en cuisine dans de plus ou moins grands restaurants, souvent comme propriétaires, parfois dans des établissements étoilés, dont Anthony Vien, de Tanière3. Ce dernier et Audrey Sévigny étaient de la 11e saison des Chefs !, et Guillaume Caron a même été finaliste de la dernière édition. Même l’animatrice Julie Bélanger vient de là puisqu’elle a animé les premières compétitions radio-canadiennes avant de devenir une vedette de TVA. Sandra Plourde, elle, a gagné la compétition télévisée MasterChef Québec.
Sept autres femmes participent avec elle au nouveau concours. Le monde de la restauration demeure traditionnellement très masculin. La télé-réalité Les chefs ! n’a jamais couronné une gagnante en 14 saisons, et ses premières éditions ne comprenaient que des juges mâles. Par contre, 24 en 24 comprend deux chefs autochtones : Dominique Lalonde, propriétaire et cheffe pâtissière de Kîsisam, en Outaouais, et Maxime Lizotte, qui possède un restaurant à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent.
Comme l’aménagement (des îlots de travail, un garde-manger, une salle de repos), le montage nerveux ne réinvente rien. On passe des travaux en cuisine aux commentaires et confidences livrés a posteriori par les concurrents. Les observations banales des juges en rajoutent.
Toutes les heures, un pro de haut niveau se joint aux deux animateurs pour départager les plats. Les perdants doivent s’affronter pour finalement déboucher sur la cruelle expulsion. Ils seront six à tomber dès le premier bout, mais Le Devoir n’a vu que le premier épisode.
Les concepteurs rivalisent d’imagination pour éviter de répéter sans cesse le même schéma culinaire. Dès les premières minutes, les joueurs doivent couper des oignons en dés, monter des œufs en neige et presser des citrons le plus rapidement possible pour ensuite choisir une protéine et concourir en duo pour la confection d’un plat. Comme d’habitude, les participants courent constamment et semblent toujours sur le point de manquer de temps.
On se demande quand même à qui s’adresse ce énième concours. Les pros livrent des assiettes dignes d’un restaurant en quelques dizaines de minutes, mais n’est-ce pas le minimum attendu ? Comme ils sont beaucoup à s’affronter, le travail de chacun et chacune est à peine suivi, et bien malin qui pourra y trouver de l’inspiration pédagogique, en tout cas dans les extraits visionnés. De ce point de vue MasterChef Junior Québec reste imbattable avec des leçons pour tous les jours fournies par des enfants de 8 à 12 ans…




