Un dernier tour de piste pour Legault

(Québec) C’était le dernier tour de piste de François Legault. Dans un discours émotif, le père fondateur de la CAQ a fait l’apologie de l’éducation, qui lui a permis de fonder Air Transat et de devenir premier ministre. « Avant de s’éclipser », il a émis trois souhaits pour l’avenir du Québec.
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12 h 48
« C’est une journée remplie d’émotion pour moi. Ça fait 7 ans et demi que je suis ici comme premier ministre des Québécois. C’est le plus grand honneur que j’ai eu dans ma vie. Mais il y a encore des jours ou je ne le réalise pas », a dit M. Legault dans son dernier discours dans cette fonction à l’Assemblée nationale.
Car M. Legault souffre du « syndrome de l’imposteur ». Le « p’tit gars de Sainte-Anne-de-Bellevue » vient d’un milieu populaire. « Mes parents n’ont pas fini leur 10e année. Mais ils m’aimaient », a-t-il lancé. Son père est mort jeune. « Il n’a pas vu ce que j’ai fait, ni chez Air Transat ni en politique », a-t-il dit, l’émotion dans la voix.
S’il a réussi, c’est parce que ses parents ont « toujours cru dans l’éducation », une valeur qui l’a guidé dans sa carrière politique. « Personne ne va douter que ma priorité, c’est l’éducation. L’éducation, c’est la clé pour grandir comme être humain, et c’est aussi la clé, le plus grand moteur de développement individuel et collectif », a dit M. Legault.
Trois messages pour l’avenir du Québec
Avant de « s’éclipser », il avait trois messages « pour l’avenir du Québec ».
Le premier, c’est qu’il ne faut pas abandonner l’interventionnisme de l’État dans l’économie, toujours nécessaire pour stimuler les grands projets en raison d’un retard historique des « canadiens-français », puis des Québécois, dans l’entrepreneuriat. « Je comprends, surtout quand on est en politique, que ce n’est pas facile de gérer le risque associé à ça. Quand on ne prend pas de risque, on n’avance pas. Il ne faut pas que les échecs nous paralysent », a-t-il dit.
Le deuxième est qu’il faut rester vigilant sur la protection du français. « Quand je regarde la situation à Montréal, je suis inquiet », a-t-il dit. Chaque député a la responsabilité de contrer ce « déclin ». « C’est vrai qu’avec les nouveaux arrivants, notre nation évolue, mais on a le droit de souhaiter que le Québec reste le Québec. On a le droit », a-t-il dit.
Son troisième message, c’est de rester optimiste. « Même si je viens d’un milieu populaire, quand j’avais 25 ans, je sentais que tout était possible », a-t-il dit. Malgré Donald Trump, les guerres et tout ce qui arrive sur la planète, il faut éviter le « cynisme ».
Chaque personne ici a la responsabilité de donner de l’espoir, donne de l’espoir aux prochaines générations, croire en l’avenir, croire en l’humain, croire en nous.
François Legault
Il a débuté son discours en saluant sa conjointe Isabelle Brais, présente dans les tribunes. « Elle a été avec moi pendant toutes ces années. Elle a fait des sacrifices pendant toutes ces années. Merci Isabelle ». Avant son discours, M. Legault a appuyé l’adoption du projet de loi 9 sur la Laïcité, et l’adoption du projet de loi 3 sur la transparence syndicale, deux éléments phares de son bilan législatif.
Pluie d’hommages
Avant le discours de M. Legault, plusieurs élus ont pu lui lancer des fleurs. En chambre, le leader parlementaire caquiste Simon Jolin-Barrette a pris la parole, ému. Faire ce discours sera « dissicile », a-t-il lancé à la blague. Il a peint le portrait d’un politicien proche du peuple, qui ne tolère pas qu’on méprise « notre monde ». C’est « l’écoute du peuple » qui a guidé M. Legault vers la construction d’une troisième voie, vers la « fin de l’immobilisme du débat entre les oui et le non ». Dans les tribunes, ses fidèles, qui ont collaboré avec lui depuis plus d’une décennie, étaient venus pour le saluer. Martin Koskinen, Claude Laflamme, Brigitte Legault, Guillaume Simard-Leduc par exemple. Sa conjointe, Isabelle Brais, était également présente. Dans les rangs caquistes, les larmes coulaient.
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Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a lui-même été ému par l’allocution de M. Jolin-Barrette. « À tous ceux qui disent que les députés sont des plantes vertes […] allez visionner cette allocution. Il y a du beau en politique », a-t-il dit. « François Legault aime profondément le Québec. Tout le reste découle de ça. Il aime profondément les Québécois. Et malgré nos désaccords profonds sur ce que l’avenir doit nous réserver, jamais je n’ai douté une seule seconde de sa sincérité dans cet amour du Québec », a-t-il dit.
Il a également demandé à François Legault ce qu’il a retenu des refus qu’il a reçu d’Ottawa depuis son arrivée au pouvoir, et a profité du moment pour critiquer le Parti libéral du Québec.
François Legault lui a répondu. « Les objectifs du PQ et de la CAQ sont proches », a-t-il dit. Amateur de hockey, il a cité l’entraîneur-chef des Canadiens de Montréal, Martin St-Louis, qui résume sa pensée : « faut prendre ce que la game te donne.
Le chef parlementaire libéral André Fortin était au Cégep lorsque M. Legault s’est lancé en politique. C’était, à ce moment, son député. Les voisins de M. Fortin « parlaient avec fierté du nouveau jeune député », un homme d’affaires qui s’est joint au Parti québécois, pour immédiatement devenir ministre. « La grande prise de François Legault […] Ils avaient raison d’être fiers, avec le parcours qu’il a eu », a dit M. Fortin.
Pandémie
Ruba Ghazal était également au Cégep lorsque M. Legault s’est lancé en politique. « Vous avez marqué l’histoire récente du Québec. Des crises, des tempêtes, une pandémie mondiale, ce n’est pas rien. Les Québécois, pendant cette période très difficile, ont vu l’homme bienveillant qui aime son peuple. Ils vous ont fait cadeau d’une majorité historique en 2022 », a lancé la co-porte-parole de Québec solidaire.
Homme d’affaires, puis politicien, François Legault a été élu pour la première fois en 1998. Il a marqué l’histoire politique du Québec en fondant son propre parti, la Coalition avenir Québec, après sa rupture avec le Parti québécois. En 2018, il réussit son pari et brise un demi-siècle d’alternance entre le PQ et le Parti libéral en prenant le pouvoir. Le dernier à avoir réussi le coup, a fait remarquer Bernard Drainville, c’est René Lévesque. M. Legault a lui-même souligné en discours que René Lévesque a été la grande inspiration de sa vie politique.
Et il n’a pas été épargné par les partis d’oppositions. Avant les bons mots, « on va lui faire le cadeau d’une vraie bonne dernière période de questions », a lancé le chef parlementaire libéral, André Fortin. Le libéral a souligné que le premier ministre Legault est revenu en politique pour l’éducation. « C’était sa grande priorité », a-t-il affirmé. Et pourtant, le taux de diplomation au secondaire « a chuté sous la gouverne » caquiste, de 76,2 % à 72,9 %.
M. Legault a répliqué en soulignant qu’il a haussé significativement – 31 % – le salaire des enseignants québécois. C’était la première fois, a-t-il dit, qu’un gouvernement québécois haussait de façon différenciée le salaire de certains corps d’emplois, « aussi bizarre que ça puisse paraître ». « Je viens d’une famille ordinaire, comme on peut dire, et la raison pourquoi j’ai réussi à faire mon chemin, entre autres, en affaires, c’est à cause de l’éducation. Et on a investi comme jamais, là, 58 % d’augmentation du budget », a-t-il lancé.
À Ruba Ghazal, qui critiquait son manque d’appui au milieu communautaire, il a répliqué que son gouvernement a doublé le budget de ces organismes, de 1,1 milliard à 2,2 milliards. « On peut-tu convenir au moins que c’est un petit peu exagéré qu’on n’a rien fait », a lancé M. Legault. Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon lui a préféré ne pas poser de questions au premier ministre sortant.



