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« En parlant avec lui cinq minutes, j’ai compris qu’il était sincère » : Charles III, un influenceur vin royal

IN VINO VERY STAR – Il possède l’une des plus belles caves d’Europe, a fait exploser les ventes d’une vigneronne bordelaise en quelques jours, a couronné un sparkling anglais au détriment du champagne, et voit les maisons de Reims se battre pour son Royal Warrant.

Il y a une part avant-gardiste, chez Charles III, que ses contemporains ont longtemps pris pour de l’excentricité. Dès 1985, alors que personne ne l’écoutait, il a converti son domaine de Highgrove à l’agriculture biologique – moqué par la presse qui le surnommait alors « Prince des patates » – et son domaine a reçu sa certification bio complète en 1996. 

Durant quarante ans, il a parlé aux arbres, taillé ses haies à la serpette, défendu la biodiversité et l’agriculture durable devant des auditoires poliment sceptiques. Mais ce que les journaux britanniques prenaient pour les lubies d’un aristocrate désœuvré s’est peu à peu révélé être une véritable vision, qui donne aujourd’hui à son rapport au vin une singularité que nul autre chef d’État ne possède à travers le monde.

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Un domaine bordelais porté au firmament

Lorsque Charles III pose le pied à Bordeaux, le 22 septembre 2023, pour la première visite officielle d’un souverain britannique dans la capitale girondine, le programme est millimétré, entre rencontre avec maire écologiste, promenade en forêt expérimentale, et déambulation sur les quais. Avec un passage obligé dans le vignoble, forcément. Sur la Place de la Bourse, le CIVB lui tend un verre dans lequel n’a été versé aucun des crus classés auxquels on aurait pu s’attendre eu égard à son rang. Il s’agit simplement d’un pur merlot, sans soufre ajouté, en conversion bio, vendu quinze euros au domaine d’une certaine Noémie Tanneau, le Château Saint-Ferdinand, à Lussac Saint-Émilion, propriété de six hectares que cette jeune ingénieure agronome avait rachetée en 2020 et qui ne lui permettait pas encore de se verser un salaire. Le choix n’est pas anodin, puisqu’il s’agit de la vigneronne engagée de l’année. Le roi n’y est pas indifférent, et son approbation ne tarde pas à faire son petit effet. 

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Selon la vigneronne, le téléphone sonne sans discontinuer pendant des semaines, et les 3 000 bouteilles de la cuvée s’envolent en quelques jours. La suite de la visite bordelaise est tout aussi révélatrice. Au Château Smith Haut Lafitte, domaine biodynamique de Martillac, il découvre le pigeage manuel, « monte une rose » avec le tonnelier, rencontre tractoristes et œnologues, puis déguste un Smith Haut Lafitte 2005 – qui correspond au millésime de son mariage avec Camilla. Florence Cathiard, la propriétaire, qui l’avait brièvement croisé lors d’un match de polo en Angleterre vingt ans auparavant, témoigne : « En parlant avec lui cinq minutes, j’ai compris qu’il était sincère, qu’il croyait vraiment à la biodiversité et au bio ».

Bataille royale

C’est précisément là que l’histoire devient intéressante. Car si Charles III sait reconnaître un vin vibrant lorsqu’il le boit, il sait aussi préférer ses propres bulles à celles de ses alliés. Et alors que Churchill ne jurait que par les champagnes Pol Roger et qu’Elizabeth II se délectait de Bollinger, c’est désormais le Nyetimber, un mousseux produit dans le Sussex à quelques kilomètres de Londres, qui est aujourd’hui servi à la table royale. Un nouvel arrivant sacré meilleur vin effervescent du monde à l’International Wine Challenge – détrônant le champagne français pour la première fois de l’histoire de ce concours. Quoi qu’en pensent les plus fervents défenseurs du vignoble champenois, difficile de n’y voir qu’une coïncidence climatique, lorsque l’on sait que le réchauffement a rendu le sud de l’Angleterre propice à la production de vin proche de celle de la Côte des blancs. 

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Du côté des maisons champenoises, justement, la bataille pour la table royale se joue depuis la mort d’Élisabeth II, qui avait emporté avec elle les Royal Warrants de non moins de neuf champagnes. Il convient ici de rappeler que le Royal Warrant est bien davantage qu’un tampon sur une étiquette, mais un véritable adoubement. Laurent-Perrier, lié à la famille royale depuis 1979 – depuis la visite du jeune Prince de Galles au domaine des Nonancourt en compagnie de Lord Mountbatten – a été la première maison à recevoir le précieux sésame de Charles III. D’autres maisons attendent encore la grâce royale.

Ce que Charles III parvient à produire, sans jamais l’avoir prémédité, revient exactement à ce que les prescripteurs les plus affûtés font depuis toujours : il choisit avec cohérence, un intérêt réel, mais sans souci du paraître. Ce n’est pas la rareté ni le prix qui guident sa coupe, mais une question de conviction. Et cette vision, portée depuis Highgrove jusqu’aux coteaux de Lussac, finit toujours par faire vendre.

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