Futur siège social de la Banque de la défense | Allez, Montréal, allez !

Si près de la victoire, il ne faudrait surtout pas l’échapper. Allez, Montréal, allez ! On ne parle pas du Tricolore qui est à un match de hockey de remporter la série contre le Lightning. On parle plutôt de la future Banque de la défense dont le Canada vient d’obtenir le siège social international.
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5 h 00
Bien joué !
Ce n’est pas tous les jours que le pays attire un grand organisme multilatéral qui pourrait ultimement regrouper une quarantaine de pays européens et asiatiques. Le leadership exercé par le premier ministre Mark Carney a convaincu les pays fondateurs, justement réunis à Montréal, de voter à l’unanimité pour le Canada.
Mais pour Montréal, la partie n’est pas encore gagnée.
Toronto, Vancouver et Ottawa convoitent aussi le siège social qui pourrait créer 500 à 1000 emplois, selon la présidente de la Banque de développement du Canada, Isabelle Hudon, qui a mené les négociations1.
Sans contredit, Montréal est la mieux placée pour accueillir la future Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (Banque DSR), car elle est la seule ville à combiner trois atouts essentiels.
Premièrement, la métropole québécoise dispose d’une industrie financière solide, avec des institutions de premier plan comme le Mouvement Desjardins, la Banque Nationale, La Caisse, mais aussi une Bourse (MX) spécialisée dans les produits dérivés et la gestion de risque.
Deuxièmement, c’est à Montréal que l’écosystème de la défense est le plus développé au pays, notamment avec de grands acteurs comme Bombardier, CAE ou CGI. Que ce soit en aérospatiale, en intelligence artificielle ou encore dans le secteur naval, la province compte plus de 430 entreprises impliquées en défense, qui sont responsables de près du tiers des exportations canadiennes du secteur.
Troisièmement, Montréal est la capitale internationale du Canada. C’est une ville très « onusienne », avec des agences comme l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Après New York et Washington, c’est ici qu’on retrouve le plus grand nombre d’organismes internationaux dans les Amériques – 68 pour être précis.
D’ailleurs, Montréal peut compter sur un large bassin de travailleurs hautement bilingues (56 % de la population parle français et anglais, contre 7 % à Toronto et Vancouver) et multilingues (24 % de la population parle trois langues, contre 13 % à Toronto et 12 % à Vancouver).
Bref, Montréal a tout pour attirer cette nouvelle banque internationale qui aura le mandat de faciliter le financement d’entreprises dans le milieu de la défense. L’enjeu est de taille. Un tel siège social amènerait une visibilité accrue sur la scène internationale, des emplois de haut niveau et de nombreuses retombées indirectes.
Alors que l’instabilité géopolitique force tous les pays à rehausser leur sécurité, le Québec doit s’assurer d’obtenir sa juste part des retombées économiques des contrats militaires. Des sommes astronomiques sont en jeu. Ottawa vient de dévoiler une stratégie industrielle de la défense de 500 milliards de dollars.
Chaque province tire la couverture de son côté. Mais les retombées sont très difficiles à suivre. La reddition de comptes manque cruellement de transparence, comme l’a dénoncé la vérificatrice générale du Canada après avoir analysé le programme des retombées industrielles et technologiques (RIT).
Ce programme prévoit que les entreprises étrangères qui reçoivent un contrat militaire d’Ottawa doivent investir un montant équivalent dans l’économie canadienne. Une vraie manne ! Mais faute de suivi, on a du mal à savoir combien d’argent a réellement été investi chez nous.
Une plus grande transparence est urgente, alors qu’Ottawa négocie des contrats mirobolants. À lui seul, l’achat de 12 sous-marins pourrait coûter entre 60 et 120 milliards sur l’ensemble du cycle de vie.
L’un des deux fournisseurs potentiels, la sud-coréenne Hanwha, a promis cette semaine de construire au Canada des véhicules militaires, ce qui aiderait l’industrie automobile ontarienne, assommée par les droits de douane de Donald Trump. Le fournisseur rival, l’allemande TKMS, a l’intention de collaborer avec Bombardier.
Qui sera choisi ? Quelle province sortira gagnante ?
Pour faire valoir ses intérêts, l’Ontario s’apprête à lancer une association regroupant l’industrie de la défense. Il serait utile d’avoir un équivalent au Québec, où les différents secteurs de la défense travaillent en vase clos sans nécessairement se connaître.
Le Québec gagnerait aussi à élaborer une stratégie industrielle pour définir ses priorités en matière de défense et tracer la marche à suivre. Avant d’annoncer son départ, l’ancien premier ministre François Legault avait présenté un plan économique en réponse au nouveau contexte mondial. On y trouvait quelques pages sur la défense.
Mais un plan de match plus étoffé serait un atout de plus pour gagner le siège social de la future Banque de la défense.
1. LISEZ l’article « Banque de la défense : le discours de Davos a fait la différence, selon la négociatrice »



