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Doit-on craindre l’hantavirus qui aurait infecté et tué des passagers d’une croisière?

Dans le cadre d’une croisière entre l’Argentine et le Cap-Vert, trois personnes sont décédées et trois autres, dont deux membres d’équipage, sont actuellement aux prises avec des symptômes respiratoires graves. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé à la suite d’une analyse de laboratoire que le passager hospitalisé aux soins intensifs d’un hôpital de Johannesburg est infecté par un hantavirus. Portrait de ce mystérieux virus.

On trouve des hantavirus partout dans le monde, y compris au Canada, affirme le Dr Donald Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill. Il s’agit d’une famille de virus qui se transmettent principalement d’un animal, en l’occurrence un rongeur sauvage, à l’humain. « Les rats et les souris transportent le virus sans être malades, mais celui-ci est présent dans leur urine, leur salive et leurs excréments. L’humain peut ainsi devenir infecté s’il inhale les poussières et les aérosols issus de ces excrétions contaminées. Plus rarement, il peut aussi l’être s’il est mordu par un rongeur infecté ou a eu un contact direct avec ses excrétions, comme en ramassant des excréments », précise le Dr Vinh.

Comment les passagers ont-ils été infectés ?

Les passagers et les membres d’équipage qui sont décédés ou qui sont dans un état critique ont probablement été infectés en inhalant des poussières ou des aérosols provenant des excrétions de rongeurs qui étaient montés à bord du navire, croit le Dr Vinh.

« Il y a quelques très rares cas où on croit qu’un hantavirus a pu se transmettre d’humain à humain. En Amérique du Sud, on a suspecté le virus Andes, qui fait partie de la famille des hantavirus, d’avoir été responsable de rares éclosions qui semblent liées à des transmissions de personne à personne, mais ce n’est pas très clair. Il y a toujours un doute, car il n’y a pas de preuve jusqu’à présent que c’est le cas. Et si on regarde l’ensemble des études, ce n’est pas concluant non plus. On a pu croire que c’étaient des transmissions d’humain à humain alors qu’il s’agissait d’éclosions à cause d’une source animale commune. On ne connaît pas les détails de la croisière, mais ce n’est probablement pas une transmission d’humain à humain, parce qu’il semble n’y avoir que six personnes gravement affectées [sur les plus de 150 personnes à bord du paquebot]. Autrement, il y aurait eu beaucoup plus de personnes malades sur le bateau », avance le Dr Vinh.

L’OMS a justement lancé une enquête pour déterminer l’origine de ces décès et de ces cas de syndrome respiratoire grave.

Quels sont les symptômes ?

L’hantavirus est dangereux dans le sens où il peut provoquer ce qu’on appelle un syndrome pulmonaire à hantavirus, qui engendre un œdème pulmonaire. De l’eau et du sang s’accumulent alors dans les poumons à une vitesse pouvant mener à une insuffisance respiratoire très rapidement, et conséquemment au décès. Mais si les personnes se présentent à l’hôpital dans la phase initiale de l’infection, qui ressemble en tout point à une grippe, mais qui dégénère toutefois rapidement en syndrome pulmonaire, on pourra probablement les sauver à l’aide de soins intensifs et en les mettant sur respirateur artificiel, explique le Dr Vinh.

Un autre membre de la famille des hantavirus, qui est présent surtout en Europe et en Asie, induit pour sa part une grave fièvre hémorragique (comme l’Ebola) et une insuffisance rénale.

Le taux de mortalité associée aux infections par hantavirus s’élève à environ 30 %. Et il n’existe aucun traitement ni même d’antiviral.

Des hantavirus au Québec ?

Deux éclosions ont été rapportées au Québec au cours des 20 dernières années, l’une en 2004 et l’autre en 2016. Le Dr Vinh a dépisté la seconde, qui comprenait trois membres de l’armée canadienne qui demeuraient au Québec, mais qui revenaient d’un entraînement en Alberta. « Ces trois personnes sont rapidement tombées gravement malades à leur retour au Québec. Il s’agissait d’une éclosion apparue au Québec, mais acquise dans l’ouest du Canada. Parce qu’elles se sont présentées à notre hôpital durant la phase grippale, on a pu les sauver grâce à des soins intensifs. Deux ont dû être intubées. Il s’agissait de trois hommes très robustes, âgés de 20 à 30 ans. Je ne dirais pas qu’une personne dans les 80 ans s’en sortirait aussi bien », raconte l’infectiologue.

Au Québec, comme ailleurs au Canada, c’est le virus Sin nombre (« sans nom » en français) qui est présent. Il infecte principalement les souris à pattes blanches qui vivent dans des environnements boisés où se trouvent des chevreuils. Ces souris peuvent aussi être infectées par la bactérie responsable de la maladie de Lyme.

Les personnes qui habitent Montréal et dont la résidence est fréquentée par des souris doivent-elles s’inquiéter ?

« Ce ne sont pas toutes les souris qui sont porteuses de ce virus. Ce sont surtout les souris à pattes blanches qui sont infectées par l’hantavirus. Chaque membre de la famille des hantavirus est capable d’infecter des espèces très spécifiques », répond le Dr Vinh.

Les souris qui s’infiltrent dans les habitations en zone urbaine sont la plupart du temps des souris domestiques, ou souris grises, qui ont un pelage gris, de grandes oreilles et une longue queue.

Le Dr Vinh appelle à la prudence alors que plusieurs se préparent à faire le ménage de printemps de leur garage, de leur cabanon ou de leur chalet à la campagne. Ces espaces clos sont possiblement infestés de rongeurs qui y ont trouvé refuge pendant l’hiver. Il faut aérer ces espaces clos pendant plusieurs heures avant de les nettoyer et porter un masque N95 ou plus parce que les balayer ou y passer l’aspirateur risque de soulever des poussières et des aérosols fortement contaminés qui pourraient induire des infections, recommande-t-il.

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