Bienvenue à Kingston-Falls | Quand Agatha Christie rencontre Les voisins

C’est vraiment très bien fait, Bienvenue à Kingston-Falls, la nouvelle série policière à la fois sautée et sérieuse de Robin Aubert, qui atterrit aujourd’hui sur l’Extra de Tou.tv.
Publié à
7 h 15
En six épisodes d’une heure, déposés en un seul bloc sur la plateforme payante de Radio-Canada, le cinéaste des Affamés flirte avec Agatha Christie et Les voisins, mais aussi avec les mondes singuliers de Fargo, de Twin Peaks et d’Inspirez, expirez. Il y a donc une vraie enquête de meurtre sordide à résoudre, mais les personnages impliqués dans cette affaire lugubre ont tous un côté flyé et truculent, sans que cette excentricité entache leur crédibilité.
Cette façon d’imaginer de la télé Mini-Wheats, aussi comique que bien réfléchie, n’est jamais évidente, et Robin Aubert, qui signe le scénario et la réalisation de Bienvenue à Kingston-Falls, a trouvé le bon équilibre, ce qui débouche sur des épisodes rigolos et intrigants.
Comprendre : on s’amuse tout en essayant de résoudre le puzzle avec le sergent-détective Gabriel Serpent (Maxime Le Flaguais), le chef du mini-poste de police local.
La première scène installe vite le ton original et décalé de cette minisérie de flics et de foufounes. Un cadavre a été enterré « fesses en l’air » dans le champ du fermier Hervé Lebrun (Guy Thauvette), à quelques mètres d’une énorme pancarte indiquant « Bienvenue à Kingston-Falls », une petite municipalité fictive du Centre-du-Québec, qui ressemble à Ham-Nord, Kingsey Falls ou Danville.
Le tueur a poussé l’audace jusqu’à stationner la roue avant d’un vélo orange dans la craque de l’arrière-train du mort, dont on ne connaît pas l’identité. Mais qui, dans ce bled paisible, a l’imagination, l’audace et les capacités de créer une mise en scène macabre aussi élaborée ? Et, surtout, quel message l’assassin tente-t-il de transmettre aux autorités ? Un souvenir du célèbre : attendez-moi au « rack à bécyks » pour que je vous pète la gueule ?
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Le sympathique Gabriel Serpent, qui arbore une flamboyante coupe Longueuil, interrompt son premier jour de vacances pour amorcer l’enquête. À ses côtés, la volubile médecin légiste Guylou (Micheline Bernard), qui fume des clopes dans sa morgue improvisée, observe des détails étranges sur le corps de la victime. Clairement, cette personne a passé un très mauvais quart d’heure avant d’être plantée, à l’extérieur, comme un vulgaire légume racine.
La collecte d’indices démarre rondement et permet aux téléspectateurs de rencontrer les habitants assez spéciaux de Kingston-Falls. À commencer par les cinq commères du cercle de tricot de la salle paroissiale, incarnées par Louise Turcot, Michèle Deslauriers, Lise Roy, Sophie Clément et Danielle Lépine. On les adore.
Se remettant lui-même d’un drame familial que je ne divulgâcherai pas, l’enquêteur Gabriel Serpent fréquente aussi le club de tricot. Une façon pour lui de socialiser et de canaliser ses mauvaises pensées, bref, une thérapie bihebdomadaire peu coûteuse.
PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA
Maxime Le Flaguais dans une scène de Bienvenue à Kingston-Falls
Ce personnage de sergent-détective cache plusieurs secrets, que l’on découvrira au fil des six heures de cette excellente minisérie. On sent chez Gabriel Serpent une forte mélancolie derrière son grand sourire et son attitude positive. Papa de jumeaux ados obsédés par les jeux vidéo, Gabriel parle peu de leur maman, qui n’apparaît qu’en photo dans la maison familiale.
On comprend également que Gabriel, qui conduit une vieille Coccinelle orange brûlé, a été forcé de retourner à Kingston-Falls, un endroit qui n’évoque pas chez lui de doux souvenirs. En plus, la Sûreté du Québec (SQ) menace de fermer et d’avaler son petit poste de police, où bossent deux agents (Martin Héroux et Luis Bertrand) un brin nonos, mais pas complètement inutiles.
PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA
Luis Bertrand et Martin Héroux dans une scène de Bienvenue à Kingston-Falls
L’enquête de Gabriel Serpent, que ses camarades appellent simplement Serpent, le conduira même à sa petite amie de l’école primaire, qui répond au joli surnom de Guidoune (Joanie Martel). Encore ici, un beau personnage haut en couleur que cette Guidoune mal engueulée, qui semble diriger un gang criminel.
Une ancienne collègue de la police de Montréal veille – à distance – sur Gabriel, un homme doux et bon, quand son passé compliqué le rattrape. Il s’agit de la capitaine Ginette Gariépy (Linda Malo), qui est la marraine des jumeaux de Gabriel Serpent.
De la grande ville, cette même Ginette Gariépy enverra du renfort à Kingston-Falls pour élucider cette histoire bizarre du vélo enfoncé dans une paire de fesses humaines. Sauf que personne n’apprécie la présence et l’aide de la sergente-détective Cynthia Quinn (Marie-Ève Milot), une alcoolique récidiviste aux manières carrées. Et comme un chien, Quinn pisse partout.
Au fil des épisodes, nous rencontrons la propriétaire (Muriel Dutil) du cacatoès Jérôme, des mariachis motivés, un porcelet volé, un théâtre de marionnettes et un pot de carottes fermentées.
Comme il le fait dans ses films, Robin Aubert a inventé une série intemporelle, ni rétro ni moderne. Comme si Kingston-Falls puisait autant dans le vintage que dans le contemporain sans que l’on puisse déterminer quand les épisodes se déroulent précisément.
Les personnages portent toujours les mêmes vêtements, ils utilisent des téléphones cellulaires à clapet ou des appareils fixes à roulette, ils manipulent des cassettes VHS, ils pianotent sur des ordinateurs qui ressemblent à ceux des années 1990 et ils évoluent dans un univers très années 1970 dans une palette de brun chocolat, d’orange terra cotta et de jaune moutarde.
J’ai beaucoup aimé Bienvenue à Kingston-Falls. Pour pousser le clin d’œil à Agatha Christie encore plus loin, on aurait même pu nommer le détective principal de la minisérie Hercule Poireau avec son intrigue de cadavre semé dans une terre agricole. Merci, Montréal, bonne soirée !




